semaine 19

Il y a un an, il y a un siècle

Edito par Jean Rebuffat, le 19 mars 2021

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Portez un masque ou allez en prison, proclame la jeune femme. Nihil novi sub sole... Photo d'archives D.R.

D'ordinaire, à cette époque de l'année, on pense vacances, printemps, on rêve voyages, contacts et l'on sourit intérieurement. Pour la deuxième année consécutive, en fait de vacances et de voyages, pour les privilégiés, c'est sauve-qui-peut vers la campagne ou la mer, où certes, les restaurants seront tout aussi fermés qu'à la ville, mais où il y a de l'espace; pour les contacts, officiellement, on attendra encore un peu.

Le pire, mentalement, est que tout cela était prévisible. On décrie souvent les froids experts comme des robots braqués sur des chiffres, particulièrement les statisticiens capables d'intégrer les données et de prédire ce qui se passera dans tel ou tel cas.

Au départ c'était d'ailleurs très simple: on n'avait rien pour lutter contre le coronavirus. Il n'y avait que deux scénarios: attendre l'immunité collective sans rien faire de particulier ou limiter la casse en prenant des mesures extrêmes, comme un vrai confinement qui permettait aux canards de se promener dans Paris et au virus d'arrêter de circuler. On manquait de masques, de respirateurs, on ne savait pas trop comment soigner les malades.

La planète entière a fini par se résigner au second scénario, très coûteux par ailleurs, car l'hécatombe était évidente. Je suis retombé sur une prédiction d'il y a treize mois, qui estimait la première solution – ne rien faire et accepter la pandémie – comme devant entraîner dans les pays ouest-européens, où les systèmes de santé certes aux ceintures serrées par des économies dont on aurait mieux fait de se passer sont néanmoins performants, une perte de la population oscillant entre 0,45 et 1% (outre les décès traditionnels). Chiffre mesquin par rapport aux grandes pestes de jadis, qui faisaient parfois plus de trente fois pire mais comparable avec la pandémie de grippe dite espagnole qui choisit surtout ses victimes parmi les gens âgés de 20 à 40 ans et qui poussa d'ailleurs à recommander des gestes barrière et à ne pas bouger de chez soi – un siècle plus tard, on n'a rien inventé de mieux, tout au moins dans la première phase.

Là où nous en sommes à présent, c'est que les outils de calcul sont plus puissants et qu'on peut multiplier les hypothèses en jouant sur plusieurs variables. Par exemple, en estimant les dégâts supplémentaires qu'un variant comme le variant anglais peut causer, étant plus méchant et plus contagieux. Et c'est là que ça s'est compliqué au niveau de la décision car si on ne peut pas encore éradiquer la pandémie – seule solution, le vaccin qui aboutit à l'immunité collective en faisant extrêmement peu de dégâts –, on peut la contenir plus ou moins fort, plus ou moins bien.

C'est ce qui explique les approches différentes que l'on constate par exemple entre France, Belgique et Luxembourg. Elles ne diffèrent d'ailleurs, à bien y regarder, que par des détails. L'objectif est le même, limiter la casse, éviter la surcharge hospitalière et entamer une course de vitesse entre vaccination et pandémie. Et quand j'écris limiter la casse, c'est aussi la casse économique plutôt que la casse mentale; la patience collective, on le sent partout, et donc l'adhésion aux mesures quelles qu'elles soient, est en chute libre, surtout que chacun d'entre nous a ses préférences légitimes qui pourraient être mieux rencontrées – ce qui est vrai, à ceci près qu'elles nécessiteraient d'autres mesures plus contraignantes pour autrui. Éternel débat entre l'aspiration au bonheur personnel avec sa dose d'égoïsme consubstantiel et le respect d'autrui avec la dose d'agacement qui peut naître du sentiment qu'autrui fait moins que soi.

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