semaine 43

Il n'y a rien de plus politique que le sport

Edito par Jean Rebuffat

N'étant pas à une contradiction près, l'UEFA a tenté de se dédouaner de l'interdiction faite d'illuminer le stade de Munich par les couleurs de l'arc-en-ciel... en transformant de même son logo. C'est sans doute ce qu'on appelle du football panique. (Capture d'écran)

Non, bien sûr, l'UEFA (Union européenne de football) ne s'occupe pas de politique. Sport et politique n'ont rien à voir, la chanson est fredonnée depuis un siècle et demi. Le drame du sport, justement, c'est qu'il est extrêmement politique, je dirais même, politique avant tout, peut-être même encore plus politique qu'économique, ce qui n'est pas peu dire quand on voit les enjeux financiers du sport et encore plus les bulles spéculatives qui y prospèrent.

Il est déjà politique de le prétendre au XIXème siècle. Le sport est une affaire sinon de riches du moins de gens aisés ayant le temps et l'argent nécessaires à se payer des loisirs. D'où l'hypocrisie du sport amateur, Pierre de Coubertin et le reste, qui a résisté un siècle aux évidences qu'on ne voulait pas voir. Et pourtant dès le départ, le sport s'est malgré tout vu approprié par les classes moins aisées. La popularité du football ne tient pas qu'à la relative simplicité de ses règles; pour y jouer a minima, une pelouse et une balle suffisent.

Au XXème siècle, pensez-vous sérieusement qu'Adolf Hitler et Joseph Staline, pour ne prendre que ces deux sinistres exemples, trouvaient que sport et politique n'avaient rien à voir?

Et à l'inverse, des gestes glorieux sanctionnés comme le poing dressé à Mexico n'étaient-ils pas posés précisément parce que le sport est aussi une caisse de résonance en matière politique ou idéologique, et pour bien d'autres domaines que l'ersatz de guerre et l'exacerbation cathartique des chauvinismes qu'il permet? Pour le plus beau comme le plus brutal. En 1972, à Munich, la prise d'otages des athlètes israéliens était-elle imaginée pour faire joli ou pour frapper délibérément les esprits, et surtout les niais qui pleuraient non pas sur ces vies gâchées ni sur les raisons d'actes désespérés, mais surtout sur la perte de leur illusion, le sport n'a rien à voir avec la politique? Et les boycotts de 1980 et de 1984 aux JO?

Et même l'exclusion de l'Afrique du Sud, si c'était pour la bonne cause, était éminemment politique. Alors, il faudrait qu'on nous explique pourquoi, pour une autre bonne cause, le respect des LGBT, on fait mine que non, ne confondons pas sport et politique.

Le stade de Munich n'était pas pavoisé aux couleurs de l'arc-en-ciel? Eh bien, c'est l'UEFA qui a perdu le match. Et d'une façon très politique. En ne voulant froisser personne – c'est si susceptible, l'extrême-droite! – l'UEFA a blessé beaucoup de monde.

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