semaine 48

Pronostic impossible et constat cruel

Edito par Jean Rebuffat, le 26 août 2021

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N'importe quel endroit sur Terre peut être le centre du monde... (Document Wikipedia libre de droit)

L'opinion publique, souvent, compte sur la perspicacité des journalistes pour prédire ce qui va se passer, alors que le métier consiste surtout à diffuser, expliquer ou commenter ce qui s'est passé, ou, à la limite, ce qui se passe. On comprendra que si des services de renseignement aussi développés et possédant autant de moyens se plantent dans les grandes largeurs quant à l'avenir de l'Afghanistan, à voir leurs prédictions déchiquetées par la réalité, un observateur des choses du monde peut difficilement faire mieux. Et pourtant, depuis quelques jours, combien de fois n'ai-je pas dû répondre à cette question: que va-t-il se passer?

Il y a bien entendu quelques bases au raisonnement. Les forces occidentales s'en vont pour le 31 août, les talibans ont pris le pouvoir et quinze ans se sont écoulés depuis qu'ils en ont été chassés. Ce facteur temps est aléatoire. Il est peu probable que les talibans ont changé du tout au tout mais le pays qu'ils dominent, tenu à bout de bras, a touché à certaines choses, les réseaux sociaux sont plus difficiles à contrôler et la possible volonté de ne pas se faire mettre au ban des nations, voire être chassés du pouvoir, tout cela représente des facteurs qui pourraient nuancer le souvenir que l'on a d'eux. Ils ont intérêt à appliquer l'adage pour vivre heureux, vivons cachés, à se faire oublier et à éviter quelques évidents excès, sans compter, naturellement, que le plus grand danger pour eux est de refaire de la zone un repaire de terroristes islamistes prêts à tuer pour imposer leur barbarie passéiste. Mais les promesses n'engagent que ceux qui y croient et entre ce qu'ils annoncent et ce qu'ils font, des discordances font craindre que ces nuances pourraient n'être que minimes.

On reste tout de même pantois, pour nous retourner vers l'arrière, devant le gâchis actuel et on a juste envie de s'écrier: tout ça pour ça! Pour une nouvelle guerre, pour un nouvel exode qui en prime, risque de priver le pays d'une partie de ses cadres, pour une probable nouvelle misère absolue – car comment les nouveaux maîtres du jeu vont-ils même pouvoir faire tourner l'économie?

Le pronostic est impossible mais le constat, cruel.

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