semaine 32

Relâchement et paradoxes

Edito par Jean Rebuffat

Dans la vie d'avant, que l'on frôle à nouveau, au café, au resto, au théâtre, au spectacle, au foot, il y avait des bons moments et il est humain de souhaiter les revivre avec le moins de contraintes possibles. Relâcher, soit, mais... et l'autre monde, celui d'après, faut-il y renoncer? Photo © Jean-Frédéric Hanssens

Tant en France qu’en Belgique, l’heure est paradoxale. Alors que jamais auparavant, il n’y a eu autant de cas de covid, voilà que les autorités annoncent des relâchements importants dans les mesures prises pour éviter que la vague omicron ne noie les soins de santé. En même temps, comme dirait l’autre, les congés de maladie se multiplient, mettant à mal l’école et l’économie, car si le variant actuel tue moins que le delta, il n’en rend pas moins les gens malades, suffisamment pour qu’ils ne travaillent pas, et comme il est très contagieux, il se répand énormément parmi les jeunes, et même les très jeunes, qui n’en souffrant pas, propagent le virus.

Le mal-être, évidemment, qui cause des congés de maladie parfois de longue durée, n’est pas dû qu’au virus, quel que soit son variant, mais au surcroît de travail qu’il a causé et qu’il cause encore dans certains secteurs, ainsi qu’aux changements dans la vie quotidienne de tous qu’il a engendrés. Retrouver la vie d’avant est devenu un leitmotiv alors qu’au début de la pandémie, voici deux ans, on espérait que précisément, on allait inventer la vie d’après. Certains, même, remercient le virus qui a réussi là où le politique patinait: respecter les engagements en matière d’émission de dioxyde de carbone…

L’idéal serait évidemment de retrouver les côtés plaisants de la vie d’avant avec les avantages globaux de solutions qui n’ont contre elles que d’avoir dû être imposées, comme le télétravail. Qu’est-ce qui empêche de rendre obligatoire une partie relativement importante, la moitié environ, par exemple, des horaires de travail à distance? Bien sûr cela n’est pas parfait et les snacks autour des entreprises ne feront pas de bonnes affaires. Mais nulle société n’évolue jamais. Qui, à part les intéressés et quelques nostalgiques, a pleuré sur la mort des photographes ou des vidéoclubs, rapidement tués par le tout numérique ? Et après- demain, qui ne voit que le métier de pompiste est en danger de mort?

Il serait temps, justement, d’admettre que l’évolution actuelle est irréversible et de commencer à faire en sorte que les grands gagnants de cette troisième révolution industrielle paient leur quote-part moins déloyalement et qu’on envisage sérieusement d’arrêter ce capitalisme de l’indiscrétion et de la plus-value par des mesures à suffisamment grande échelle pour qu’elles aient un sens. L’Union européenne y pense. Timidement. Elle qui se plaint de la désaffection populaire qui la touche, pourrait-elle comprendre qu’y aller carrément aurait aussi l’avantage de démontrer qu’elle est utile et qu’elle ne se borne pas à des petits arrangements médiocres ou des ravalements de façade qui aboutissent à faire élire comme présidente du parlement européen une personnalité aussi rétrograde qu’une femme hostile à l’IVG?

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