semaine 21

Désunion, réunions, union

Edito par Jean Rebuffat, le 06 mai 2022

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Le chemin est long... (Photo © Jean Rebuffat)

Ainsi la gauche française s’est-elle accordée pour présenter sous l’acronyme Nupes (1) des candidats uniques aux prochaines élections législatives françaises. On peut rêver bien sûr à la victoire, encore que jusqu’ici, la majorité présidentielle, dans l’histoire de la Vème République, ait toujours été confortée depuis la double erreur de l’abandon du septennat et de la mise en concordance de la durée des deux élections majeures en commençant par la présidentielle, ce qui lui donne de facto la prééminence. Adieu, la cohabitation. On peut aussi se demander pourquoi ce qui n’était pas possible avant la présidentielle l’est soudain devenu – et aussi, si de la part de tous ces partis, la part du sauve-qui-peut n’a finalement pas été la motivation majeure, y compris dans le chef des Insoumis.

À la première de ces questions, il n’est pas compliqué de répondre. La réponse se trouve dans le singulier et le pluriel: l’élection présidentielle, les élections législatives. Il est clair que dans le premier cas, les questions d’ego sont plus fondamentales que dans le second. À la deuxième de ces questions, c’est plus malaisé car moins univoque – ou même carrément équivoque.

Bien sûr l’accord est présenté comme une victoire commune. On rappelle les glorieux précédents, le Front populaire de 1936, le programme commun dont personne ne se souvient qu’il sauta avant 1981, ce qui n’empêcha pas François Mitterrand d’être élu. On souligne que les quatre partis ensemble ont quitté certains de leurs totems: par exemple, l’Europe, comme si la désobéissance à certains de ses totems à elle avait été respectée par l’Union européenne elle-même, participant au célèbre quoi qu’il en coûte qui a agi à complet contrepied des sacro-saintes règles d’austérité prônées jusque-là. Mais si tout était clair et réglé, pourquoi serait-il nécessaire de garantir l’existence d’un groupe parlementaire distinct à chacune des quatre composantes?

Car c’est là le véritable enjeu, vital pour la survie de chacune d’entre elles. L’accord, ce n’est pas un programme commun véritable, c’est un socle de coalition à la belge, ce qui n’est pas péjoratif en soi, mais on sait les divergences d’interprétation et les tensions que cela engendre en cas d’accession au pouvoir; c’est un dénominateur commun plutôt qu’un projet de société. C’est mieux que rien. Dans le système électoral français actuel, où les minorités sont laminées, il vaut en tout cas mieux que l’opposition existe autrement qu’à la marge à l’Assemblée nationale.

(1) L'acronyme signifie Nouvelle Union Populaire, Ecologique et Sociale. En latin, nubes veut dire nuage. De là à dire que c'est nébuleux...

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