semaine 21

Bellicisme, pacifisme

Edito par Jean Rebuffat

Le protocole secret du pacte germano-soviétique d'août 1939. (Source: Wikimedia)

La Finlande et la Suède, apeurées par la proximité d’un voisin russe menaçant, comptent demander leur adhésion à l’Otan. On peut les comprendre. Mais on peut aussi réfléchir sur l’effet pervers de toutes les alliances militaires. Que nous apprend l’histoire? Que comme toutes les structures, ces alliances sont porteuses de conflits, même quand c’est malgré elles et même s’il peut s’agir d’une protection illusoire. Pour être loin de tout angélisme, il faut admettre aussi que la statut de neutralité n'offre aucune garantie non plus. En 1914, la Belgique était neutre et ce statut, garanti par les trois grandes puissances voisines, le Royaume Uni, la France et l’Allemagne, n’a pas empêché celle-ci de lui faire la guerre. En 2022, l’Ukraine était tout aussi neutre, même s’il est clair que cette neutralité n’était que de façade. Les guerres sont souvent déclenchées pour anticiper la guerre. C’est exactement ce qui s’est passé cette fois-ci.

Pas plus que Staline, Poutine n’a jamais manifesté dans sa politique étrangère le moindre scrupule à privilégier le bellicisme plutôt que le pacifisme. Faut-il rappeler que si l’Armée rouge, en effet, fut un élément majeur de la victoire contre le nazisme, au prix d’un véritable hécatombe, l’URSS profita du pacte germano-soviétique pour avoir les mains libres dans ce qu’elle estimait être sa zone d’influence, à savoir les pays baltes, la Finlande, la Roumanie et la Pologne. Vladimir Poutine figure parmi les défenseurs a posteriori de ce pacte, dont le protocole secret montre en quelle estime le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes est en général tenue par les grandes puissances.

Après le démantèlement de l’Empire soviétique, il aurait été sage de négocier sérieusement la dissolution des deux alliances antagonistes que formaient l’Otan et le Pacte de Varsovie. Encore une fois, on peut parfaitement comprendre que les pays baltes n’aient pas eu envie de revivre ce qu’ils avaient vécu et qu’ils prirent l’adhésion à l’Otan comme une garantie d’existence. Toutefois, cela se basait sur un présupposé qui n’était plus de mise. Ni l’Otan ni le Pacte de Varsovie n’ignoraient où étaient leurs vraies frontières et se gardèrent bien d’intervenir dans la zone d’influence de l’adversaire. Mais à partir du moment où ces frontières devinrent mobiles et où la plus grosse partie du glacis soviétique passa dans l’autre zone d’influence, les règles du jeu avaient changé et la faiblesse de la Russie, au début de ce siècle, avaient rendu ce changement apparemment peu risqué. C’est ainsi que les pays baltes sont membres de l’Otan. Dès lors, pourquoi pas, en effet, la Finlande? De manière stratégique et militaire, cela ne change objectivement pas grand-chose. Mais la géopolitique n’est pas faite de que considérations épurées; s’y mêlent des sentiments de grandeur nationale, de xénophobie aussi, de méfiance (justifiée ou non), de mythologie historique ainsi que de facteurs psychologiques liés à la personnalité des dirigeants. La Russie elle-même possède toujours une enclave en dessous des pays baltes et son aviation n’est pas respectueuse de l’espace aérien suédois, preuve qu’elle considère qu’elle est là chez elle et qu’elle n’a pas envie que l’on puisse lui contester cet état de fait.

Ce tableau n’est guère réjouissant. Il amène à se poser une question que l’on espérait obsolète: n’est-ce pas la guerre finalement plutôt que la paix le destin de l’homme? Hélas, où reste le pacifisme, existe-t-il même encore? Ceux qui réfléchissent librement et sans haine, les entend-on? On se croirait revenu un bon siècle en arrière. Pour le plus grand bonheur des marchands d’armes et pour le plus grand malheur des peuples.

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