semaine 39

Le héros broyé

Edito par Jean Rebuffat, le 02 septembre 2022

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En 2013. Photo © SpreeTom / Creative Commons Wikipedia

Le hasard de ma vie de journaliste m’a envoyé assez longuement à Moscou en juin 1987, c’est-à-dire très peu de temps après que le nouveau – et relativement jeune – maître du Kremlin depuis 1985, Mikhail Gorbatchev, eut déterminé et longuement expliqué en 1986 quelle serait désormais la politique de l’URSS, rendant célèbre la glasnost et la perestroïka.

La glasnost n’était pas une invention. La parole était libre, personne n’avait plus peur de dire ce qu’il pensait. Et donc ne manifestait aucune retenue dans la critique… de celui qui permettait la critique. Car la perestroïka était certes une nouvelle politique mais assez hybride, entre une certaine libéralisation mais l’envie de réussir un nouveau concept, le marché socialiste. C’était trop vite pour les uns, trop lent pour les autres. Il faut bien comprendre que Mikhail Gorbatchev n’a jamais eu la volonté de faire exploser l’Union soviétique et qu’il était, avec certes ses importantes nuances, un produit du parti communiste, lequel était en fait pratiquement l’état tout entier. À cela s’ajoutait ce que par dérision on a appelé la doctrine Sinatra, en allusion à la célèbre chanson My Way, le refus de se mêler des options prises par les autres pays du bloc de l’Est.

C’est ce qu’on veut et qu’on peut retenir de lui. Plus d’intervention sanglante façon Budapest 1956 ni même plus sournoise façon Prague 68, là où pour la première fois, mais durant quelques mois, on essaya comme Gorbatchev un peu moins de vingt ans après, d’allier liberté d’expression et de mouvement avec système socialiste, c’est clair que c’était fragiliser le mur de Berlin…

Dans un article (écrit en anglais), Nina Bachkatov compare le président qui vient de mourir à un héros grec broyé par un destin cruel, comme écrasé par des dieux en général hostiles entre eux et désireux, avant de régler leurs propres comptes, de se débarrasser du gêneur commun. Une chose m’apparaît certaine, c’est que l’actualité nous apprend que la dislocation de l’empire soviétique n’a pas amené les lendemains qui chantent que naïvement, l’Europe pensait pouvoir très rapidement accueillir…

Lire l’article de Nina Bachkatov dans son blog, Inside Russia and Eurasia.

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