semaine 48

Du gaz dans l'eau (et inversément)

Edito par Jean Rebuffat, le 30 septembre 2022

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Capture d'écran du site officiel de Nord Stream. Le dernier communiqué de presse nous apprend que pour réparer les dégâts, il faut en tout état de cause attendre que tout le gaz se soit échappé des tuyaux. Nulle allusion à la guerre.

La guerre en Ukraine prend chaque semaine une tournure plus inquiétante. La fuite en avant de Vladimir Poutine s’est doublée d’une fuite de méthane en Baltique, très probablement causée par un sabotage plutôt acrobatique, dans le gazoduc qui amenait jadis – c’était l’an passé – le gaz russe vers principalement l’Allemagne. Qui a fait le coup? Et pourquoi? Chacun accuse l’autre. Le manichéisme, qui noircit l’ennemi et blanchit ses propres errements, s’est installé en maître. Vilains Russes, vilans Occidentaux…

Dans le discours d’annexion des quatre nouvelles républiques russes, Poutine (qui ne contrôle même pas physiquement ces zones dans leur totalité) a dit bien des choses hallucinantes, mais aussi quelques-unes qui sont fondées, notamment sur le double discours des Occidentaux et leur incapacité à convaincre ceux qui ne pensent pas comme eux. On peut bien sûr le lui retourner. Son propre discours est impérialiste et sourd à autrui.

Que faire? La comparaison avec les accords de Munich ne vaut pas entièrement, tout d’abord parce que l’arme atomique a changé la donne même de la guerre, et ensuite parce qu’autant la puissance militaire du IIIème Reich avait été sous-estimée, autant l’efficacité de l’armée russe a été surestimée – par le monde entier. Au troisième jour du conflit, la vue de ces impressionnantes suites de chars se dirigeant vers Kiev avait laissé croire à un écrasement rapide des Ukrainiens. Cette faiblesse, c’est un danger supplémentaire à l’échelle planétaire. Aussi vaniteux, borné et paranoïaque qu’il puisse être, Poutine se rend parfaitement compte que son empire pourrait lui échapper et doit admettre que des centaines de milliers de ses compatriotes ont préféré l’exil à la mort, se fichant pas mal du prestige séculaire de la Russie et ne voyant nullement en l’Ukraine, qui ne l’a pas envahie, l’agresseur dans une guerre qui n’est pas patriotique. Car Napoléon et Hitler avaient essayé d’annihiler la Russie en l’envahissant et la réaction russe, finalement victorieuse, fut extrêmement coûteuse en vies humaines et en dégâts matériels, s’appuyait là sur un sentiment national profond. Tout à fait comparable à celui des Ukrainiens agressés aujourd’hui.

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