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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

La femme de ma vie est d'un autre siècle

Emois et moi par Jean Rebuffat, le 28 juillet 2017

Un mot résume tout et décrit l'enthousiasme des vieille et jeune générations Rebuffat. Photo © Jean Rebuffat

Laureline, c'est bien simple, quand j'étais jeune, c'était la femme idéale. Lecteur assidu de Pilote (mâtin, quel journal!), j'avais vu apparaître Valérian, agent spatio-temporel, qui démarrait ses folles aventures dans l'espace-temps en dénichant la perle rare au milieu d'une forêt au Moyen-Âge et qui la ramenait dix-huit cents ans plus tard en son siècle au mépris de tous les règlements.

Je ne suis pas amateur de science-fiction. À part les Chroniques martiennes de Ray Bradbury, je n'ai aimé que cette BD peuplée de planètes étranges, d'espèces mystérieuses et de complots ourdis par les éternels méchants. Parce que j'aimais Laureline, rapidement devenue la dominante du binôme, mais aussi parce que j'aimais l'esprit humaniste avec lequel ces superflics sans superpouvoirs voyageaient dans ces mondes baroques. Linus (Pierre Christin) et Jean-Claude Mézières enchantaient mes vingt ans.

Et puis vous savez comment ça se passe, la vie. Laureline avait beau repousser les demandes en mariage de son Valérian, je sentais bien qu'elle l'aimait malgré son côté gamin irresponsable – peut-être parce qu'il l'avait sortie de la forêt, on n'est pas obligatoirement ingrat dans un monde imaginaire. Et puis il la faisait rire. Aux cupides et gentils Shingouz, en trilogie comme liberté égalité fraternité, j'aurais bien acheté les renseignements utiles pour évincer le héros mais j'étais jeune journaliste et je n'avais même pas d'argent dans mes cheveux. J'ai laissé choir les chimères et je suis entré dans des amours du XXème siècle (j'en suis aussi souvent sorti).

En 1989, j'étais en vacances dans les Landes et par un après-midi de pluie, à Mimizan, je suis entré dans un cinéma où l'on jouait «Le Grand Bleu», de Luc Besson, malgré l'affiche qui disait avec raison: n'allez pas voir ce film, il dure trois heures et demie. Depuis lors, et encore que je connaisse et apprécie une Nikita, c'est toujours avec des pincettes que j'ai suivi la carrière grandiloquente de Luc Besson.

Pourquoi est-ce lui, sinon parce qu'il en a les moyens, qui sort à présent Valérian et Laureline de la naphtaline? Son Valérian a un visage poupon de face et de profil, s'il était chauve, on jurerait le vieux Zorglub. Les sourcils de sa Laureline sont trop sombres et trop fournis, je ne peux pas tomber amoureux! Pourtant j'irai voir le film, la tentation est trop forte. Je serai déçu mais je retournerai en librairie pour me racheter la vraie Laureline de papier, qui sera à moi pour toute la vie. Après tout nous devons avoir le même âge. Et je la léguerai à mon fils François, qui visitant l'expo à la Cité des Sciences à La Villette à l'âge que j'avais quand elle apparut de son Xème siècle, m'a posé une question simple et pertinente (c'est le spécialiste de la question pertinente): «Comment as-tu pu me cacher une bande dessinée pareille?». Je sens que Thorgal aura désormais de la concurrence. Au fait, j'ai aussi toujours eu un faible pour Kriss de Valnor.

Exposition à la Cité des Sciences et de l'Industrie, à Paris, jusqu'au 14 janvier 2018 (l'espace-temps est vaste...). Métro Porte de Pantin (ligne 5) ou Porte de la Villette (ligne 7). Entrée (billet Explora, qui permet la visite de plusieurs expositions, dont celle-ci): de 9 à 12 €.

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