semaine 21

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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

Portrait de André Fromont
Haïculs bénis/André Fromont par André Fromont

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20 mai 2018

Unléger parfum

Un léger parfum

Une goutte... et le vase
S’ouvre une crise
Imprévisible
Rien ne convient au fleuve en crue
Sans une plainte
Il avance
Il monte
Il ravage
Son milieu et ses marges

A chaque instant fuyant
Un amour est perdu
A chaque signal d’alarme
Un amour est perdu
A chaque fusion froide
Un amour est perdu
A chaque dernier mot
Un amour est perdu
A chaque désir effacé
Un amour est perdu
Sans raison précise

Pedro vire au gris
Le feu dans les veines
Britt joue le silence
Sur ses charbons ardents
May cogne à la porte
Inutile d’insister
Bogdan abat son jeu
Dos au mur
Anne s’oublie
Dans l’horreur du vide

Une goutte... et le vase
S’ouvre une crise
Imprévisible
Rien ne convient au fleuve en crue
Sans une plainte
Il avance
Il monte
Il ravage
Son milieu et ses marges

Et pourtant
Un léger parfum
Trouble
L’obscurité

&

14 mai 2018

Le retour même

Le retour même

Une nuit solitaire
Long soupir
Derrière un rideau gris
Humide
Tout était prêt
Dans le tunnel du temps
Pour les tremblements du mystère
Les pousses folles
Les vols planés
Emerveillé par la réapparition du même
Yves a le regard troublé
Il manque d’air
Sous les arbres encore nus
L’hiver se brise
Contre un monde qui palpite et chante
Dans le tunnel du temps
Yves respire et s’abandonne
A la fanfare
Soleil

&

08 mai 2018

Un siège en terrasse

Et si
Vraiment
Rien ne s'était passé
Les piétons figés dans le passage
Et ça ne s'arrête pas là
Simple
Simple simplicité
Glissade retenue sur la peau d'un chien nu
Céline suit la mode
Elle est hors d'elle
Elle veut se faire voir
Céline veut bouger
Dans sa main gauche
Elle a la vitesse de la lumière
Simple
Simple simplicité
Immobile Céline
Sur la passage pour piétons
Et ça ne s'arrête pas là
Quand rien ne se passe
J'offrirais une goutte de ma semence
En échange
D'un siège en terrasse
Simple
Simple spectacle

&

28 avril 2018

Toute puissance/Petits riens

Toute-puissance/Petits riens

Ainsi
En lisière du monde
Le fil du temps passe inaperçu
La terre en tremble
C'est le prix à payer
Une catastrophe se prépare
Action dans le burn-out
Les lois secrètes du réel
Toujours entre-deux-guerres
Indomptées
Avec en creux
Les plages solaires du rêve
Indomptées

En avant
Toute-puissance
Final de feu
Odeur de poudre
Au fond des sens
En un jeu de hasard qui n'en est pas un

Freine alors
Attendrissement
Grâce infinie
D'un monde perdu
Détails idiots
Ni vrais ni faux

Passion d'un mariage arrangé
De toute éternité
Oui
Le hasard n'en rate pas une
En lisière du monde
Où le fil du temps passe inaperçu

&

19 avril 2018

Paréidolie

Un nuage, deux nuages
Je peux savoir
Jamais comprendre
Mais que voit-on ?
La répétition générale
D'un univers sans limite
Sans cordon ombilical
Rite de passage
Pour souffre-douleur
Mauvaise foi
Dévoration de l'autre
Allergie aux baisers
Toi, ta rivière écume
Tu vois des formes dans les nuages
Et voilà ton pied qui danse
Avec le vent
Et ton corps suit
Ça chauffe
Tu fuites en avant
Sur le droit chemin
Tu achètes en seconde main
Les indices disséminés
De ton passage sur terre
Ni une ni deux
Cerise et gâteau
Ton histoire est vraie
Leurs lois fourbes
Leur roulettes russes
Je peux comprendre
Jamais savoir
Mais que voit-on ?
Peut-être le vent et tes nuages...

&

05 avril 2018

Indéfiniment

Dans un non lieu
Indéfiniment
La déesse mère
Avance
Elle se gonfle de
L'éternel recul des neiges
L'eau coule de ses yeux
Sur l'ombre d'un sourire
Sublime lenteur
Elle est force des choses
Elle a les choses en main
Elle avance
Indéfiniment
Elle est agitation migratoire
Elle est tous les oiseaux
Sublime lenteur
Vers ailleurs
Elle est toutes les longueurs d'ondes
Elle est le temps
Indéfiniment
Elle est sourire, elle est son ombre
Elle est sublime
Lenteur
Elle est ailleurs

&

24 mars 2018

Le ciel ne l'arrête pas

Un soleil orange
Sur un horizon intact
Epouse cette ligne à franchir
Que les dieux nous envient

Un homme bien chaussé
Le ciel ne l’arrête pas
Son œil brille
Quand les vents froids balaient son nez
Sa faim de loup
Le pousse à tous les départs
Il est pures formes
Comme nuages
Il se ride dans les fissures
De l’état sauvage
Il est pure force
Quand il nage dans un lac perdu
Dans un coude lumineux
Et secret
L’homme bien chaussé
Crépite
Sur la terre ferme
Blanche, inexplorée
Là où aucune route n’est tracée
Il aperçoit l’insensé
Dans cette absence d’ombre
La force de ses bras
Écarte
Pourriture et cliquetis
Sonneries et soubresauts
Sombres obstacles et surgelés
Recoins glauques et vieilles haleines
L’homme bien chaussé
Sait qu’une pointe d’envie
Tue tout désir
Il marche ici même
Sous nos yeux
Le ciel ne l’arrête pas

&

18 mars 2018

Vouloir en venir

Les extrémités se touchent
Le diable est dans les détails
L’infini se multiplie
Dire adieu aux amis
Au petit jour
Marcher
Entrer dans un bar
Boire un caffè ristretto
Lire l’univers dans le marc
Marc de l’univers
Bar de l’université
Renverser le hasard
Sortir au-delà
Quelqu’un vomit sur le trottoir
Un reflet de lune m’attire
J’y marche
J’affronte les détails et le diable
Je multiplie l’infini
Je mouche les extrêmes
J’inspire un trou d’air impur
Le hasard me renverse

avril 2008

&

12 mars 2018

Animal et sacré

Voilà
Une halte forcée
Dans un lieu oublié
Des chercheurs d'or
Titien efface ses traces
Ne pense plus
À rien
Il est un dernier enfin premier
Un visage perdu lui revient
De sa bouche fine et aimée
Surgit un troublant chant de louve
Qui efface les sons du monde
Et fait rêver la lune
Titien est seul au monde
Il écoute cette musique ancienne
Et chante
Une onde
Sans dessus dessous
Féconde cette terre du milieu
Ce lieu oublié
Des chercheurs d'or
Pour Titien
Rien n'existe
Que ce chant choral
Animal et sacré
Cette mystérieuse fermentation
D'amours oubliées

&

04 mars 2018

Dans les arbres voisins

Dans les arbres voisins
Aucun oiseau ne chante
À l'arrière-plan
Un mur de flammes
Le vent se lève
La pluie se calme
Hugo aime ses peurs
Sa part d'obscurité
Il chante une version oubliée
D'un blues rural
Qui dit l'ombre d'un nuage
Le prix à payer
Toujours
Pour les crises de nuit
Hugo est amer
Le corps tendu
Il a payé
Bouffées de colère
Retenues
Il longe la rivière
Le lieu en impose
Hugo en marche
Se creuse en volcan éteint
Il étouffe les signes avant-coureurs
Des désastres imminents
Hugo imagine la fin
Le cœur ouvert au silence
Rien ne presse
Ce sera juste un moment perdu
Il fixe les moutonnements
Du monde organique
En haut, en bas
Il reprend le vieux blues au refrain
Il danse
En longeant la rivière
À l'ombre d'un nuage

&

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