semaine 33

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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

Portrait de André Fromont
Haïculs bénis/André Fromont

Marquenterre

Le 08 mai 2017

&

Image: 

Dans ce ciel d'automne
Un fracas de scierie
Implose le silence
Un sursaut de vieille peur me colle à l'écorce d'un saule
De ma tranchée
Mes yeux affolés découvrent l'envol d'une famille de cygnes
Mon corps crispé injecte dans chacune de ses cellules
Une liqueur apaisante
Que je bois chaque jour à la beauté de l'oiseau sauvage.
Que vive en chaque inspiration
Ce terrible baiser de l'effroi qui tue
Et de la splendeur qui bruit.

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Un petit détail
Incertain
Une clé, une serrure,
Un trésor ?
Rien de visible
Il faut attendre
Viendra un homme très expérimenté
La lune prendra position
Pente douce
Vers l'orient
Une ombre douce aussi
Un dessin sur le sol
De forme humaine
La terre tremble
La lumière s'éloigne
Poussières
De l'inanimé émerge alors
Un frisson
De vie

Devant ton nez
Se découvre ton monde
Ta maison
Une falaise
L’océan
Des dunes de sable infiniment
Un arbre

Tu connais
La brique humide
Le granit brûlant
Le varech
L’air qui semble pur
L’écorce blessée d’une signature

Derrière ton nez
Tes yeux
Contemplent l’univers
Un bébé
Une peinture craquelée
Un nuage rose
Une horloge
Un vieux chinois

Tu vois
Une peau plissée
Un sein pincé
Un mouvement lent
Des chiffres
Un homme qui rit

Pas loin
Tes oreilles entendent
La nuit
Un ronronnement
Un hurlement tendre
Un bruissement
Une rengaine
Un clic, un clac

Tu distingues
Une chatte
La télévision qui diffuse
Une fille qui s’habille
Barbara
Des sons qui usent

Autour de ton nez
Ta peau
Reçoit le monde
Une piqûre
Une froidure
Une tiédeur
Une touffeur
Un frisson

Tu es touché par
L’araignée
Une chambre froide
Ta couette
La forêt tropicale
La fin de l’automne

Sous ton nez
Ta langue
Et
L’amertume
La brûlure
L’enfermement
La liberté
Le nirvana

Elle goûte
Le radis noir
L’aphte blanc
Le régime sec
Le vent du sud
Le Chianti gallo nero

Ton monde entier
Dans le mouchoir
Où tu te mouches

Seule la morve ment

2006

Mort
Abandonné
Gonflé par l'eau
Attiré par le feu
Déplacé par le vent
Aspiré par la terre
Enraciné
Silencieux
Prêt pour la vie
Pour un lent décollage
Vers la lumière
Qui en parle ? Tous en parlent
Un doigt sur les lèvres

Trois silhouettes tranquilles assistent à ce rituel secret
Les pieds dans la boue
Ils regardent l'orage qui passe
Le ciel en feu
Crache ses glaces
Le premier grêlon tue le premier perce-neige
L'arbre résiste
Pétards
Pétards
L'obscurité efface les silhouettes
Trois points de suspension
Le silence à nouveau
Retour du ciel bleu

Des morts
Abandonnés
Gonflés par l'eau
Attirés par le feu
Déplacés par le vent
Aspirés par la terre
Enracinés
Silencieux
Prêts pour la vie
Pour un lent décollage
Vers la lumière
Qui en parle ?
Tous en parlent
Un doigt sur les lèvres

Tout recommence aujourd'hui

Angelo joue la victime
Angela le console
Le fleuve est sur ses rives
Le bruit du fond de l'eau
Et le bruit du fond de l'air
Ne sont qu'ombres
Plus sombres que la nuit noire
Que lave la pluie incessante
Et les types trempés, perdus
Au centre du fleuve
Voyagent à l'aveugle
Sur les caprices du courant
Les yeux au ciel disparu
Ils entendent la plainte d'une seule feuille
Là, dans le verger immergé
Ils entendent
Les eaux battantes
Le vent égaré
Le ciel qui cogne les vagues
Le bruit du fond de l'eau
Et le bruit du fond de l'air
Ne sont qu'ombres
Plus sombres que la nuit noire
Angela pleure
Angelo s'est noyé

2017

Les lèvres du hibou

Le hibou somnole
A l’abri du tilleul
A la lumière du jour
Il cauchemarde
Une faillite brutale
De son commerce de rongeurs
Ses vastes yeux
Ignorent les lèvres qui s’ouvrent
Au bas du ciel
Rouge vif azur
La bouche crache un crachin sombre
La noirceur apaise le nocturne

Vise le panneau routier
Le métal se troue, se déchire
Des bleus se répandent
Des formes naissent
Es-tu artiste, soldat ?
Tire une balle sur un enfant…
Encore artiste, soldat ?
Lève–toi et marche au pas
Ça ne marche pas, soldat

Becs et roquettes
Explosent les matières
Chaudes et froides
Tout ce qui tue n’est pas mortel
Dit le faucon à l’assemblée
La terre boit sang et selles
Les dieux boivent la souffrance
Des femmes aux yeux félins
Cuisent les coqs qui crânent
Dans leurs poêles frémissantes

2006

Le pot belge

Fusée
Un coureur chargé
Un fumeur expulsé
Une averse inversée
Une fille bleue parfumée
Un champignon écrasé
Spores fumées brumes
Pot belge
Fusée
Tous pédalent
Dans un paysage borné
Les yeux blessés par des larmes glacées
Un homme à gauche pédale et dit
Chouette une cause
Un homme à droite
Pédale et crie
Liberté chérie
Vivent les nouvelles peurs
Un homme en gris sprinte
Cervelle en feu
Vers de juteux dividendes
Un griot freine en grinçant
Ébranlé par le peloton rapide
Il se pose au pied de l’arbre
Pense
Aïe
Ils élèvent leurs enfants en dieux véloces
Qu’ils n’aiment pas
Il roule paisiblement une cigarette
Tabac de la Semois
Taffe belge
Fusée
Il fume en soufi
Comme un soleil noir
Crêpé de blancheur
Compose un immense paysage
En volutes fines
Une ronde de cyclistes basanés
Y poursuivent sans fin
Une fille bleue
Parfumée
Au pot belge
Seringue

04/02/2007

Madame François Ment

Madame François Ment
De l’Allée G
Six geais font du foin
Devant votre tombe
Les jeunes arbres pressent leurs tuteurs
Et grincent
Eugène Ysaïe sans âme
Est silencieux

Il pleut

Je presse le pas
Ça presse
Les toilettes sont closes
Les robinets ouverts

Les généraux moulés en bronze
Coulent et
Font désordre

Halte
Chuchote une sentinelle
Pelouse de dispersion

Dites
Les patriotes
Je vis
Moi
J’ai la dalle
Et je me tire

Ixelles, cimetière, 2 juillet 2007

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