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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

Nantes, lieu unique

Pérégrinations par Lucie Van de Walle, le 23 août 2017

Le Lieu Unique, emblématique du dynamisme culturel de la ville de Nantes©L.VdWalle

Installé à Nantes dans les vestiges de l'ancien site de la biscuiterie LU (Lefèvre-Utile), le Lieu Unique - nom qui manifestement combine l’ancien et le nouveau - est ce qu'on appelle aujourd'hui un "Hub " culturel.

Selon une programmation résolument ouverte sur l'art actuel, ce Lieu Unique qui est aussi un lieu de partage, abrite théâtre, concerts, performances audacieuses, espace d’exposition avec des événements qui font date. On y trouve aussi, par exemple, des ateliers de philosophie, de culture numérique, ainsi qu’une brasserie, une librairie et un hammam. Ce Lieu Unique vissé sur l’esprit de curiosité permet de prendre le pouls de la vie nantaise.

Et Nantes va bien. Ses aménagements urbains, son esprit jeune et festif, ses solutions alternatives, sa politique culturelle et environnementale de développement durable initiée il y a déjà 20 ans font que la ville entière est ce Lieu Unique. Une première option qui a probablement permis de développer le reste est que la ville est largement - donc pas seulement le centre historique - réservée aux piétons. Concession aux automobilistes, un système d'accès très limité est prévu pour les livreurs et les voyageurs devant rejoindre leur hôtel. Une demi-heure chrono, de quoi décharger les bagages et gagner soit un parking payant ou les zones gratuites où l’on trouve des navettes qui vous déposent là où il faut. Un petit temps d'adaptation plus tard, tout le monde apprécie le calme de la ville et son rythme humain. Des trams et autobus électriques sillonnent quelques avenues stratégiques.

Probablement les édiles nantais ont-ils bien géré les pôles commerciaux. D’après ma micro enquête et mes observations sur place, les nombreux « petits commerces » du très grand « piétonnier» commercent, chacun retrouve son lieu de travail à pied en se félicitant de n’avoir pas rencontré de bouchon ni le stress du métro. Pas davantage de marchands de malbouffe n’infestent les zones les plus touristiques.

On peut se demander comment nos hommes politiques, spécifiquement ceux de Bruxelles, n’ont pas, avant de fournir à la capitale un « piétonnier » minable et qui le reste même agrémenté de quelques oliviers et figuiers, eut l’idée de visiter cette ville de Nantes tout à fait exemplaire. À cet égard, d’autres villes européennes méritent aussi un détour. De ce point de vue, pour Bruxelles, le flop est monumental. Mais, avec la volonté et les avis d’experts expérimentés sur la question, l’appoint de quelques architectes urbanistes et d’espaces verts et la contribution de nos meilleurs artistes dont notre pays ne manque pas, il n’est pas trop tard pour redresser la situation. Croisons les doigts.

Mais que viennent donc chercher les touristes à Nantes ? En fait, ce que les Nantais y trouvent au quotidien, et c’est réjouissant. Il n’y a que peu de villes - et j’en ai déjà parcouru pas mal - au monde qui ont une dynamique culturelle aussi vivifiante. Baba ! J’en demeure baba !

Contrairement à ce qu’on se plait à ignorer chez nous, la culture est pourvoyeuse d’emplois et attire nombre de personnes prêtes à risquer quelques jours de loisirs pour se frotter à l’inattendu en rencontrant l’art dans l’espace public. En effet, contrairement aux statues et monuments chargés de glorifier des personnages historiques ou rappeler des valeurs morales rassurantes, la ville de Nantes met partout en valeur ses architectures singulières et des œuvres d’art interpellantes qui font le miel de la population nantaise, des visiteurs et des spécialistes.

À cela viennent s’ajouter des barbecues urbains, des potagers tout aussi urbains par exemple installés sur les ex-ronds-points précédemment dédiés aux bagnoles.

Pas mal de monde se déplace aussi à Nantes pour visiter les fameuses « Machines de l’Ile » occupant une part des anciens hangars navals. Issus du spectacle de rue et des scénographies urbaines (notamment de la troupe Royal de Luxe) François Delarozière et Pierre Orefice sont les co-auteurs de ces machines mobiles esthétiques et ingénieuses. Situées à la croisée des « mondes inventés » de Jules Verne, de l’univers mécanique de Léonard de Vinci et de l’histoire industrielle de Nantes, ces machines animées par des techniciens sont un véritable spectacle vivant.

Tout a commencé par le fameux Grand Eléphant déambulant avec ses passagers. Puis est venue la Galerie des machines et son bestiaire géant puis, à l’extérieur, le grand Carrousel des Mondes Marins, composé de trois manèges superposés et que je n’ai pas manqué d’essayer, vu qu’il est prévu autant pour les adultes que pour les enfants. Le premier niveau est dédié aux abysses, le second niveau aux fonds marins et le troisième niveau à la surface de la mer. Toutes ces machines font beaucoup d’heureux et un nouvel épisode davantage lié au végétal est en cours de construction. Mon seul bémol vient d’un marchandisage bien au point à la manière d’un Disney World. Cherchez l’erreur ! Évidemment, cela représente un joli jack-pot !

Nantes est aussi son Musée d’Arts (contemporains bien entendu), rouvert en juin dernier ; son intéressante saison d’opéra, qui compte aussi des productions propres ; ses 43 festivals en tout genre ; ses innombrables structures culturelles, 322, je crois et aussi 20 lieux d’exposition. De quoi damer le pion culturel à bien de grandes capitales européennes.

Tout n’est certainement pas entièrement rose pour tout le monde en cette ville dédiée à l’art et à l’invention et qui mérite une foule d’adjectifs positifs. Mais l’air du temps tourné vers la qualité de la vie semble bel et bien bénéficier des vents favorables qui soufflent sur l’estuaire de la Loire.

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