semaine 08
Portrait de Thierry Robberecht
Allo, allo, quelle nouvelle

Le fauteuil

Le 07 janvier 2017

Il ne sait plus si son grand ami a flirté avec sa petite amie ou si quelqu’un lui a asséné une vérité nue, pure et tranchante comme la lame d’un couteau mais blessé, il est sorti du bistrot où ses amis font la fête. Fuir c’est si simple, il a l’habitude, mais où aller ? Il marche sans but précis à travers la foule et le troupeau de voitures jusqu’à ce qu’un bus passe devant lui. Pas n’importe quel bus. Le bus qu’il a pris pendant des années, le bus qui le conduit vers son enfance, le bus qui va chez sa mère. Il monte sans payer comme s’il était chez lui. Le bruit, l’odeur et les passagers, tout lui est familier. Les conversations des passagers, il les a déjà entendues Pas besoin de prévenir sa mère. Elle sera là, elle est toujours là, à l’attendre, assise dans le fauteuil, près de la fenêtre comme un phare. Elle lui viendra en aide et soignera ses blessures. Absorbé par ses pensées, il ne s’est pas rendu compte que tous les passagers sont descendus. Le bus est à lui. Encore un arrêt et il sera chez sa mère. Dans la rue, il ne peut plus échapper à la lune qui est pleine et si blanche. Avec cette lune qui inonde la rue, les réverbères sont dérisoires et vulgaires. Les réverbères sont la lumière des putains. La rue est vide. Pas de putains, pas de passants, pas de voiture. Ni chien, ni chat. Personne ne peut survivre à l’intensité de cette lune sauf lui. Il ne s’étonne pas de posséder les clefs de l’immeuble. On a toujours en poche les clefs de chez soi. Il grimpe les escaliers quatre à quatre comme il l’a toujours fait et, essoufflé, il pénètre dans l’appartement plongé dans le noir.

- Maman ? Il avance dans le salon en direction du fauteuil où toujours, elle est assise. Elle se trouve là depuis si longtemps qu’il a l’impression de voir sa silhouette.

- Maman ? Il s’approche encore. C’est à ce moment que la lune éclaire le fauteuil où devrait se trouver sa mère. Elle ne s‘y trouve pas. Dans la lumière de la lune, c’est la première fois qu’il est sur le point de découvrir le tissu qui recouvre le fauteuil mais elle s’est assise à cette place si souvent, sa mère, elle l'a attendu là si longtemps que le motif a disparu. A la place du dessin, on voit la trame du tissu. Et sous la trame, tout est noir.

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