semaine 29

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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

Portrait de André Fromont
Haïculs bénis/André Fromont par André Fromont

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14 mai 2018

Le retour même

&

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Le retour même

Une nuit solitaire
Long soupir
Derrière un rideau gris
Humide
Tout était prêt
Dans le tunnel du temps
Pour les tremblements du mystère
Les pousses folles
Les vols planés
Emerveillé par la réapparition du même
Yves a le regard troublé
Il manque d’air
Sous les arbres encore nus
L’hiver se brise
Contre un monde qui palpite et chante
Dans le tunnel du temps
Yves respire et s’abandonne
A la fanfare
Soleil

11 mai 2018

Ma rencontre avec Max Tétar.

Mardi 8 mai, jour de commémoration nationale, un soleil d’été qui invite à la promenade. 15h30, la bonne heure pour photographier le mur de la rue des Cascades à Ménilmontant. Je regroupe la smala, c’est-à-dire, ma femme et Darling, mon caniche et hop nous voilà partis « en reportage » dans un Paris déserté par ses habitants, tandis que les touristes investissent le centre muséal de « la plus belle ville du monde ».

Buttes-Chaumont, rue des Pyrénées, rue des Cascades. Je confie à chaque membre du commando sa mission : ma femme doit rester dans la voiture à l’affut d’éventuelle contractuelle en quête de verbalisation ; Darling, caniche toy de son état, 3kg500 toute mouillée, est chargée de la protection physique du véhicule. Armé de mon appareil photo, un grand angle car la rue est étroite, j’aperçois l’objectif. Et surprise, l’artiste en train de terminer sa fresque. Bel endroit pour une rencontre. Pour quelques minutes d’échanges avec Max Tétar, avec un rouleau étroit dans la main droite et un pot de peinture dans la gauche. Après quelques phrases d’introduction pour me présenter et dire mon intérêt pour son travail, nous entrons « dans le dur », la genèse de sa fresque. Le dialogue in situ avec Max Tétar est aisé et permet de comprendre ce qui me passionne depuis des lustres, la création artistique en train de se faire.

Max Tétar m’explique avec une incroyable gentillesse et une infinie patience comment il procède. En amont de l’exécution de la fresque il doit connaître le support, sa surface bien sûr, mais aussi la matière dont il est fait. En fonction de ces informations, il choisit deux couleurs : une pour le fond, une pour le trait. Ces deux couleurs doivent être certes différentes pour que le trait ressorte mais pas trop. Max est bien davantage amateur de l’harmonie, du camaïeu, que des couleurs qui éclaboussent, les couleurs vives et a fortiori les couleurs fluorescentes ou phosphorescentes. Aujourd’hui, il a choisi deux couleurs on ne peut plus sobres : le noir pour le fond et un gris assez soutenu pour le trait. Il a également choisi ses outils : un rouleur large pour le fond et un rouleau plus étroit pour le trait. Somme toute, une grande économie de moyens : deux pots de peinture, deux rouleaux. D’autant plus que contrairement à de nombreux street artists, Max ne fait pas de croquis préalable (de sketch disent les happy few).

Max arrive donc « au pied du mur » et après avoir peint le fond, commence à peindre les « traits » en partant d’un axe de symétrie central. Central, à vue de nez. Il ne s’agit pas de savants (et inutiles) traits de construction. Il trace des traits donc en partant d’un « à peu près centre » et, dans un premier temps, reproduit les traits de manière symétrique. Les traits droits succèdent à des courbes, parfois liés, parfois discontinus. Dans ce « dessin », pas de préméditation, pas de volonté de reproduire un objet du réel. Pas de plan d’ensemble non plus. Max laisse s’installer le dialogue entre lui et le support. Les formes qu’il trace sont des éléments de réponse au questionnement du support, des compléments aux formes proches. Parfois il ménage des continuités dans le trait, comme la vue de dessus d’un savant labyrinthe, parfois il rompt la continuité, casse le « chemin », enchaîne sur des motifs abstraits en opposition graphique. La fresque s’étend de part et d’autre de son centre et plus on tend vers les bords (haut/bas, droite/gauche) plus des éléments asymétriques surgissent.

Comme de nombreux objets possèdent des axes de symétrie centraux, on croit reconnaître là une tête de fauve, ailleurs la forme stylisée d’un oiseau. Ce ne sont pas des illusions, mais des projections individuelles de notre bibliothèque de formes. En fait, Max Tétar ne stylise rien, il ne reproduit rien. Il peint.

Dire que l’œuvre de Max Tétar est abstraite, c’est un truisme. Cela n’explique rien. Tâchons d’aller un peu plus loin, un peu plus profond.

D’abord un indice, Tétar n’est pas son nom de famille. C’est son blaze. Un nom d’artiste qui n’a pas été choisi pour la forme de ses lettres comme pour certains artistes ni pour sa consonance. Tétar vient du « têtard ». Tétar, c’est un têtard sans queue. Pas de confusion, je ne dis pas que Max…Non, le têtard sans queue est un têtard qui est en pleine métamorphose et qui devient une grenouille. Max a choisi ce mot générique pour affirme son acceptation du changement. Je ne suis pas sans savoir (euphémisme !) que certains artistes font toute leur carrière en se répétant, en bafouillant. D’aucuns diront que c’est ça le style : la reconnaissance de traits communs dans un ensemble de productions. Max accueille le changement, se laisse pousser par les alysés du hasard (Ah là, j’ai fait fort !) Max se moque comme de l’an 40 du style, de la carrière etc. Il sait d’où il est parti, du tag. Il est passé par le graff, à Paris d’abord, à Rennes, à Toulouse, à Paris aujourd’hui. Il peint et dessine de superbes compositions habité par le désir de faire de belles choses et de les partager. On comprend mieux la définition qu’il fait de son travail (pourquoi toujours chercher à définir une œuvre ? J’ai déjà dit tout le mal que je pensais de ce vilain défaut des critiques et des galeristes de ranger une œuvre dans une boite avec une étiquette).

"Mon travail se situe entre la peinture et l'écriture, le tag, l'art brut, l'écriture automatique, l'expressionnisme abstrait, la peinture gestuelle, l'art primitif, l'art aborigène, etc. Je recrée des rituels de peintures, des gestes d'écritures ou de peintures non réfléchis et spontanés, guidés par la gestuelle du corps qui trace et de la surface qui reçoit."

Bref, définir par des « entre » et des « etc. », par ce que ça n’est pas et par ce que ça pourrait être est…vague. Ce n’est pas la réponse qui est insuffisante mais la question ; c’est une question qui ne se pose pas. Dire qu’on peut voir dans le travail de Max Tétar des influences, des filiations, c’est certain, personne ne part de rien. Max a fait de solides études de graphisme. Il connait la peinture, aussi bien les techniques que son histoire. Ses connaissances théoriques et pratiques ont été intégrées non comme les pièces d’un puzzle (le puzzle terminé les pièces qui le constitue restent inchangées) mais plutôt comme un cocktail délicat dont on reconnait le goût sans être capable d’en identifier les éléments constitutifs. Ses études, son expérience de plus de 20 ans (il est né en 1977) forment un « fonds » dans lequel Max puise, en laissant l’aléatoire, le hasard, la nécessité, la contingence, l’air du temps, son humeur, le support, la peinture décider. Il compare son travail assez volontiers à l’écriture automatique chère aux dadaïstes et, il est vrai, même si comparaison n’est pas raison, que les démarches sont cousines : pour écrire automatiquement encore faut-il savoir écrire, se laisser pénétrer par l’inattendu, le hasard, conçus comme des vecteur de la créativité.

 

L’Oulipo a été une traduction littéraire du dadaïsme en peinture jusqu’à faire de la recherche du hasard la source de la création. Pour sortir des idées toutes faites, des stéréotypes, des « prêts à penser », pour inventer quelque chose qui n’a encore jamais existé, il convient de casser nos cadres de pensée et laisser entrer l’inconnu et ainsi, peut-être « Le cadavre exquis boira le vin nouveau ». Max Tétar avec une grande modestie emprunte un chemin qu’il invente à chaque pas. Bravo l’artiste !

 

PS/ les oeuvres de Max Tétar sont diffusées par la galerie "Le cabinet d'amateur", Paris.

 

 

 

Image: 

Le mur rue des Cascades, Ménilmontant.

Détail du motif central.

Symétrie et rythmes colorés/

Max Tétar devant sa fresque.

La fresque de M.Tétar qui a précédé la fresque en noir et gris.

Détail.

Traits, courbes, espaces clos.

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10 mai 2018

La Poste, j'y crois pas, dit son PDG

Il y a des infos qui, à force, sombrent aussitôt dans l'indifférence générale, même chez celles et ceux qui auparavant - mettons dans les années soixante, septante - auraient hurlé au scandale: trop de coups reçus entre-temps, trop de revers et de désillusions, à force de voir s'écrouler les édifices du service public et pas seulement.

Là, pourtant, il y avait matière à avaler de travers le café matinal. L'interview du PDG de La Poste, Koen Van Gerven, dans L'Écho, 7 mai 2018. Et c'est asséné sous forme de citation placée en titre d'article: "Le nombre de boîtes aux lettres va chuter". Inéluctable, dit-il. La baisse du nombre de lettres, en recul de 6,4% au dernier trimestre 2017, confère à bon nombre des 14.000 boîtes aux lettres du pays un air d'obsolescence et, pire, allume de désagréables clignotants. Peu auparavant, signalait le même L'Écho (14 mars 2018), l'entreprise publique postale avait fait piètre impression à la Bourse malgré d'excellents résultats en termes de chiffre d'affaires (+ 38% au dernier trimestre 2017), sa valeur boursière chutant de 22% - et ce, principalement, en raison de la "faiblesse des volumes affichés dans la division «courrier»", le fameux recul de 6,4% étant supérieur à celui "escompté par les analystes". À entendre Van Gerven, une baisse de 6% l'an est gérable; au-delà, dit-il, "d'autres interventions sont nécessaires". C'est que voyez-vous, à 7%, la perte de revenus grimperait à 90 millions d'euros.

Placé devant un tel "défi" pour son produit phare, le patron lambda, imagine-t-on, commencerait par retrousser ses manches. Il plancherait sur les "interventions nécessaires" à mettre en œuvre pour redresser la barre. Et puis, avec ses copains du marketing: réfléchir à comment améliorer les ventes du produit. C'est vrai ailleurs, ce n'est pas vrai à La Poste. "Il n'y a pas de formule magique pour faire face à cela", dit benoîtement Van Gerven. En réalité, il n'a de formule d'aucune sorte. La Poste, il n'y croit pas. Ça marche mal? Fatalitas! Supprimons des boîtes aux lettres.

C'est un peu comme si Carlos Ghosn, PDG du groupe Renault, pour réagir à un recul des ventes, en venait à conclure que, les bagnoles, c'est fini, faisons autre chose, en achetant par exemple une multinationale états-unienne du "e-commerce" (chocolats Godiva, etc.)1. Ou Jan Boone, PDG de la biscuiterie Lotus, idem: ça vend un peu moins, cessons toute pub, diversifions! Ils seraient virés aussi sec, comme dans toutes boîtes normales où le patron tiendrait de tels propos. Mais, La Poste, pas une boîte normale2.

Ce n'est pas là qu'on va réunir les "créatifs" pour peaufiner une campagne de pub tous azimuts pour inonder le pays de panneaux vingt mètres carrés avec des messages de type éducation populaire.

Par exemple: LES LETTRES DE CHARLES DICKENS ONT ÉTÉ RÉUNIES EN 12 VOLUMES. ET VOUS, VOTRE DERNIÈRE LETTRE, ELLE DATE DE QUAND?

Il est vrai qu'à l'époque, première moitié du 19ème siècle, à Londres, l'envoi d'une lettre coûtait deux fois rien, et que les boîtes aux lettres étaient levées jusqu'à dix fois par jour3.

Ou encore: LA CORRESPONDANCE DE MARX ET D'ENGELS TOTALISE 35 VOLUMES. LÀ-DEDANS, PAS UN SEUL SMS, PAS LE MOINDRE MAIL. DÉ-ENCLAVIEZ-VOUS ET ÉCRIVEZ UNE JOLIE LETTRE À UNE ÂME-SŒUR!

Certes, les 35 volumes, richement annotés, doivent encore être publiés, c'est en cours dans le cadre de la nouvelle édition complète des œuvres de Marx en 114 tomes4 lancée en 1975, dite MEGA2.

On verrait bien ces panneaux illustrés de belles reproductions de lithographies représentant ces auteurs mais si les créatifs insistent pour un Marx en T-shirt Guevara fumant un pétard, pourquoi pas? Dickens, alors, plutôt en "drag queen" transgenre. Faut ce qui faut.

Ah! N'oublions pas. En fin d'entretien, Van Gerven avance l'idée que, par souci d'économie, les lettres pourraient être acheminées plus lentement. Voilà qui n'a aucune importance. Du temps de Goethe, une lettre mettait facilement plusieurs jours entre deux villes, et personne, mais alors personne ne s'en trouvait malade. Goethe, pour mémoire, 50 volumes, sa correspondance...

1La similitude ici avec la multinationale US Radial rachetée par La Poste 820 millions de dollars en octobre 2017 est évidemment fortuite.

2Sur la descente aux enfers programmée de La Poste, voir l'analyse fouillée de Maxime Vancauwenberge dans les Études marxistes n°115, http://www.marx.be/fr/content/la-libéralisation-de-bpost -quels-impacts-sur-les-conditions-de-travail-et-sur-le-service-pu, publication hélas suspendue sine die en 2017 (la gauche PTB ne fonctionne manifestement plus qu'en mode 2.0).

3Selon la recension de la sélection en un volume de la correspondance, TLS n°5680 du 10 février 2012.

4Voir sur le sujet l'instructif "Ce qu'est Le Capital de Marx", Michael Heinrich, Les Éditions sociales, 2017.

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09 mai 2018

« Sacrifier la France à la bagatelle »

Mardi 1er mai

 André Breton estimait qu’une idée reste sans valeur si elle n’éveille pas un sentiment.

 Dans les discours de la Fête du Travail, combien d’idées seront émises qui n’éveilleront point de sentiment ?

 Et combien de sentiments seront perçus qu’une idée n’aura pas éveillés ?

                                                           *

 Les bilans de Mai’68 continuent de déferler sur les ondes. Et une fois encore, il importe de souligner que si des spasmes sociétaux engendrèrent des formes libératrices dans les mœurs, la pilule contraceptive ne figurait point dans le palmarès. Elle était apparue en pharmacie dès l’année précédente, grâce à la loi que Lucien Neuwirth, député gaulliste, fit adopter contre son camp, avec l’appui de la gauche (la contraception par voie orale figurait d’ailleurs dans le programme du candidat Mitterrand lors de la campagne de 1965). Á cet égard, il convient aussi de corriger une autre idée reçue que plusieurs commentateurs distillèrent (voir Calepins, 7 avril 2018). Dans leur livre Jamais sans elles. Des femmes d’influence pour les hommes de pouvoir (éd. Plon, 2015), Patrice Duhamel et Jacques Santamaria précisent que c’est Yvonne de Gaulle, recevant beaucoup de lettres de femmes en détresse, qui convainquit son mari de légiférer en la matière, aussi étonnant que cela puisse paraître. Catholique pratiquante, elle veillait même à ce que des personnes divorcées ou coupables d’adultère ne fréquentent pas l’Élysée. Mais c’est pourtant elle qui influença le Général car c’est lui qui était radicalement opposé à cette réforme, comme le relate Alain Peyrefitte (C’était De Gaulle, éd. Gallimard, 2002) : «La pilule ? Jamais ! (…) On ne peut pas réduire la femme à une machine à faire l’amour ! (…) Si on tolère la pilule, on ne tiendra plus rien ! Le sexe va tout envahir ! (…) C’est bien joli de favoriser l’émancipation de femmes, mais il ne faut pas pousser à leur dissipation (…) Introduire la pilule, c’est préférer quelques satisfactions immédiates à des bienfaits à long terme ! Nous n’allons pas sacrifier la France à la bagatelle ! » Sacrifier la France à la bagatelle ! L’expression émailla les histoires et anecdotes concernant le Général. Contrairement à bien d’autres, celle-ci ne fut sans doute pas apocryphe puisqu’elle revint encore dans ses propos lorsque le projet Neuwirth fut soumis au Conseil des Ministres. De Gaulle en usa pour rejeter l’idée que la pilule pourrait être remboursée par la sécurité sociale : « Les Français veulent une plus grande liberté de mœurs. Nous n’allons quand même pas leur rembourser la bagatelle !...» Et là, Yvonne n’intervint pas.

Mercredi 2 mai

 Conférence de François Hollande à l’occasion de la présentation de son livre. L’ancien président ne dit pas un mot de la France de Macron. Il s’en tient à des évocations de son quinquennat et souligne quelques moments forts en les commentant, ainsi qu’on les trouve dans son ouvrage, au demeurant agréable à lire, écrit sur un ton parfois confidentiel mais sans volonté de dévoiler des secrets ou des propos intimes. Ce sont des leçons qu’il tire – et non pas qu’il donne – de son expérience (Les Leçons du pouvoir, éd. Stock). On est à Bruxelles. Hollande parle donc beaucoup de l’Europe. De ses participations au Conseil européen, de ses tandems avec Angela Merkel et de ses contacts avec les autres dirigeants des pays membres, il transmet des réflexions et des perspectives qui lui confèrent la carrure d’un grand défenseur de l’Union. Son credo est intéressant : « L’Europe finit toujours par prendre la bonne décision, mais trop tard. En conséquence, les peuples doutent. Il lui faudra convaincre et rassurer mais pas en usant de l’institutionnel. Un nouveau traité n’arrangerait rien ». C’est effectivement ainsi que l’on ressent les choses mais comment réformer le système et son fonctionnement sans passer par une refonte au plan institutionnel ? On aimerait lui poser la question. Trop tard, l’heure est passée. Il doit se rendre à la librairie Filigranes pour une séance de signatures. Quand il aura terminé son parcours de représentation, sans doute acceptera-t-il de redescendre dans l’arène (on sent qu’il est en manque) et se produira-t-il dans une ou deux émissions de télévision à grande audience. L’automne l’attend au tournant…

Jeudi 3 mai

 Il l’avait déjà dit mais il le répète. Le pape François : « En Occident, le premier des terrorismes, c’est celui de l’argent ». S’il le redit encore, on ne verra plus un seul banquier à la messe.

                                                           *

 GAFA. Cet acronyme (Google, Apple, Facebook, Amazon) est promu à une belle carrière. Pour l’heure, il est surtout évoqué pour sa place immense et ses brassages juteux dans le domaine de la finance. Mais Gafa est à mentionner aussi dans le cadre du mouvement des idées. L’argent plus les paroles, deux notions qui, associées, conduisent au pouvoir absolu. Gafa, c’est notre nouveau Big Brother.

                                                           *

 Á la manière du Figaro, le journal conservateur La Libre Belgique pose chaque jour une question à ses lecteurs. Celle d’hier était : Pensez-vous que les conséquences de Mai’68 sont positives pour la société actuelle ? Plus de 8200 lecteurs ont répondu. Résultat : oui : 52,3 % ; non : 40 % ; sans avis : 7,7 %. Cette majorité déroutante prouve, comme l’Histoire le démontre souvent, qu’avec le temps, ce qui paraît farfelu, impossible et qui inquiète finit par être non seulement accepté mais même approuvé ; le cas échéant souhaité. Comme le disait Giuseppe Verdi : « Tournons-nous vers le passé, ce sera un progrès. »

                                                           *

 L’Olympique de Marseille élimine Salzbourg et se qualifie pour la finale de la petite Coupe d’Europe de football. Le 16 mai, ce sera plus difficile contre l’Athletico de Madrid. En attendant, la Canebière et le Vieux Port sont en liesse. L’OM, c’est une légende. Contrairement au club parisien, il n’a pas besoin de l’argent du Qatar pour briller.

Vendredi 4 mai

 « Sortir de la politique du câlin envers les illégaux ». Voilà comment monsieur Théo Francken, secrétaire d’Etat à l’Immigration, entend poursuivre la gestion de son département. En Belgique, ces jours-ci, quelques politiciens ont, à juste titre, déclenché des indignations pour des propos inconvenants, des insultes à l’égard de femmes, ou encore des dérapages verbaux proches du négationnisme. Les médias en firent leurs gros titres ; parfois les tribunaux furent saisis. Cette expression tout aussi indigne et méprisante, de monsieur Francken sera digérée, presque passée sous silence par ses partenaires gouvernementaux, comme toutes celles qu’il a déjà exprimées. Normal, c’est un nationaliste flamand. Il pèse trop lourd dans l’attelage.

                                                           *

 Le mari d’un membre de l’Académie Nobel s’étant révélé pour viols et agressions sexuelles, ladite Académie annonce qu’elle ne décernera pas de prix Nobel de Littérature cette année. Qu’est-ce donc que cette hypocrisie puritaine ? Alfred Nobel a créé un prix Nobel de la Paix afin de faire oublier qu’il construisit sa fortune colossale en inventant une nouvelle arme de destruction massive…

Samedi 5 mai

  Puisque l’on ne cesse de se fixer sur Mai’68, on se souviendra qu’en ce mois-là, tandis que la Sorbonne commençait à bouillir, le Premier ministre Georges Pompidou se prélassait dans les montagnes d’Afghanistan, peu sûres désormais, trop fréquentées par les talibans. Pour l’heure, le Premier ministre Édouard Philippe est bien à Matignon, mais il est transparent. Le président, lui, foule les sols de l’Océanie, tentant, après avoir paradé en Australie, de convaincre la Nouvelle-Calédonie que ses ancêtres étaient bien les Gaulois. Á Paris et dans les grandes villes de France, la République est en marche, mais ce n’est pas celle de Macron. Ce sont les cheminots, les étudiants, les syndicats, les adhérents et les sympathisants de "La France insoumise" chère à Mélenchon. Air France est en grève, la SNCF aussi, et des universités sont occupées. Voici comment Hollande  décrit celui qu’il avait recruté comme conseiller durant les premières années du quinquennat dans son livre Les Leçons du pouvoir : « Il faut parfois le retenir dans son élan. Il croit volontiers que tout dossier peut être réglé dès lors qu’on s’y attaque avec fougue, que tout risque de conflit peut être surmonté par un dialogue direct entre personnes de bonne foi, que toute difficulté peut être dépassée par une forme d’impétuosité. Il est sûr que le réel se pliera de bonne grâce à sa volonté dès lors qu’elle s’exprime. » S’inspirant de Victor Hugo qu’il joue au restaurant étoilé La Scène Thélème (Hugo au bistrot) Jacques Weber dénonce « l’insupportable situation dans laquelle on patine quand on accepte le fatalisme de l’inhumain et le pragmatisme du libéralisme. » Faute d’entendre la rue, Macron entendra-t-il Hugo lui demandant : « Quel effort demandez-vous aux riches ? » La réponse ne doit plus trop tarder car le feu couve.

                                                           *

 La fièvre commémoratiste a oublié le bicentenaire de Karl Marx. Une citation, juste pour l’évocation :

 « Il ne s’agit pas de tirer un grand trait suspensif entre le passé et l’avenir, mais d’accomplir les idées du passé. »

          (Lettre à Ruge, septembre 1843)

Dimanche 6 mai

 Il y avait Cinematek, il y avait Bozart, voici Kanal. Ce ne sont pas des belgicismes, ce sont des mélanges franco-flamands destinés à éviter un bilinguisme considéré comme lourd à Bruxelles. Pourtant l’opéra s’intitule La Monnaie / De Munt et l’ensemble fonctionne très élégamment grâce à un logo raffiné. Soit. Kanal, nouveau centre d’art contemporain,  est malgré son nom de baptême boudé par les personnalités flamandes dont Zuhal Demir, la ministre chargée des musées restés en gestion fédérale. Ceux-ci possèdent beaucoup d’œuvres en réserves mais l’Etat belge est ainsi constitué que toutes les collaborations potentielles entre régions ne vont pas de soi. Les fondateurs de Kanal se sont alors tournés vers le Centre Pompidou de Paris qui, lui aussi, possède énormément d’œuvres en réserves. Puisque, comme Le Louvre, il a déjà essaimé dans plusieurs endroits à l’étranger, puisqu’il a même un projet de décentralisation dont Metz fut le premier point de chute, pourquoi refuserait-il Bruxelles ? Et pour le plus grand bonheur des francophones, Kanal-Pompidou est né. On l’inaugurait en cette fin de semaine : succès sur toute la ligne, la foule est au rendez-vous (près de 22.000 visiteurs en deux jours) et on n’enregistre que des satisfactions. La France démontre depuis Mitterrand – Lang que la Culture est un facteur de développement économique et toute l’Europe en profite. C’est l’printemps à Bruxelles aussi, grâce aux artistes !...

                                                           *

 « Picrocholine. Adjectif féminin du grec pikros, amer ; et de kholé, bile. » Et Larousse commente : « Guerre picrocholine. Guerre opposant Picrochole à Grandgousier et à Gargantua dans Gargantua, roman de Rabelais ; conflit entre des institutions, des individus, aux péripéties souvent burlesques et dont le motif apparaît obscur ou insignifiant. » Dans sa tribune au Journal du Dimanche (JDD), Anne Sinclair qualifie ainsi les querelles entre groupuscules d’extrême-gauche après Mai’68. Elle n’est pas la première à utiliser cet adjectif enfoui dans notre savoureuse littérature. Le terme revient de temps en temps dans les commentaires mondains et les dîners en ville. Souvent pour briller sans doute. Sinclair, elle, a choisi la signification parfaite pour décrire son paysage politique. La référence à Rabelais serait-elle de retour dans les conversations ? Cela ferait du bien à notre société brutale et pusillanime.

                                                           *

 Le Français, caricaturé par l’Anglais, une blague qui, paraît-il, plie en quatre le Royaume-Uni :

Lors d’un naufrage, un Anglais s’adresse à un Français qui monte dans un canot de sauvetage : « Monsieur ! Il reste des femmes à bord !... » Réponse du Français : « Si vous croyez que j’ai la tête à ça en ce moment… »

Lundi 7 mai

 Après sa brillante réélection, Vladimir Poutine est officiellement réinvesti. Surprise de taille : il choisit de renommer Medvedev au poste de Premier ministre. Parfaite illustration du théorème de Lampedusa : « Tout change parce que rien ne change ». L’ours russe est un guépard.

                                                           *

 « Une parole forte mais des gestes faibles ». Un an après son élection, voilà ce qui revient souvent dans l’opinion à propos d’Emmanuel Macron. Son principal atout pour gouverner, c’est la puissance des extrêmes, à gauche comme à droite Ou, inversement, la faiblesse de la droite et de la gauche classiques, républicaines, avec une majorité présidentielle peu expérimentée donc une Assemblée nationale brinquebalante. Celle-ci tiendra-t-elle pendant la totalité du quinquennat ? Si oui, le principal ennemi de Macron, ce sera lui-même. C’est déjà un peu le cas. « Candidat ‘ni de droite ni de gauche’, président bien de droite » commente Alain Auffray dans Libération. Comme disait Mitterrand : « Un centriste, c’est quelqu’un qui n’est ni de gauche ni de gauche ».

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Yvonne de Gaulle, en 1968, lors d’une réception au palais Beauharnais Paris. Photo © Bundesarchiv

08 mai 2018

Un siège en terrasse

&

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Et si
Vraiment
Rien ne s'était passé
Les piétons figés dans le passage
Et ça ne s'arrête pas là
Simple
Simple simplicité
Glissade retenue sur la peau d'un chien nu
Céline suit la mode
Elle est hors d'elle
Elle veut se faire voir
Céline veut bouger
Dans sa main gauche
Elle a la vitesse de la lumière
Simple
Simple simplicité
Immobile Céline
Sur la passage pour piétons
Et ça ne s'arrête pas là
Quand rien ne se passe
J'offrirais une goutte de ma semence
En échange
D'un siège en terrasse
Simple
Simple spectacle

06 mai 2018

Marche arrière , avant le départ

Qui donc va se demander pourquoi, dans le contexte de la marche à pied, il n’existe pas d’intermédiaire entre le stationnement, (l’arrêt) (donc l’absence de mouvement), et la marche proprement dite !

En effet, pour effectuer une marche, il faut d’abord être à l’arrêt afin de pouvoir se mettre à bouger. Et il n’y pas de situation intermédiaire entre cette position fixe et la marche ; sinon, le démarrage. On part de rien, puis on marche. Faut-il tenir compte de l’accélération ? Pourrait-on la considérer comme intermédiaire ? Oui mais alors il faudrait aussi tenir compte de la décélération, lorsqu’on s’arrête en fin de parcours…si l’on s’arrête ! Ce n’est pas obligatoire, il y en a qui ne s’arrête pas ! Et puis s’arrête-t-on vraiment ? J’en connais qui ne s’arrêtent jamais et qui ne savent même pas quand ils sont partis ! Ils ne se souviennent pas non plus comment c’était avant…avant d’avancer en marchant, même en marche arrière…

Reprenons : on part de rien (à zéro km.H) pour arriver à une vitesse de palier de 3 ou 4 km.H... ça ne change rien : il n’y a pas de position intermédiaire entre l’arrêt et la marche. Ni dans un sens ni dans l’autre. Ni en avant ni en arrière.

Cependant, on pourrait faire un parrallèle avec une autre appréciation, où il serait question de « début » et de « fin » : on commence la marche et on la termine. Rien entre les deux. Même en comptant la décélération, juste avant la fin… qui, par ailleurs, peut-être brutale si on n’a pas vu le mur sur lequel on s’écrase…

Voyons cela encore autrement : dans la perspective d’un début et d’une fin, rien ne nous empêche d’introduire la notion de « milieu ». Je m’explique : supposons qu’on marche une première moitié de la distance, puis sans s’arrêter, l’autre moitié.  Dans cette autre moitié, on exécute la moitié de cette autre moitié. Et dans ce quart de la distance primitive, on en parcourt aussi une moitié, c'est-à-dire un huitième…ce faisant, on n’aboutit jamais, on ne connait jamais la fin !!! Vous m’avez compris, il s’agit du paradoxe de la flèche de Zénon d’Elée, « la flèche qui vole et qui ne vole pas » comme le dit si bien notre cher Valéry Paul.

Mais il n’est pas question ici de savoir si la flèche (marcheuse ou  marcheur) est immobile. On sait surtout qu’il (ou elle), est « en marche »…

Et, voilà qu’on en revient au propos initial.

Et pourquoi pas représenter le problème dans un autre contexte ? Celui du temps, du temps qui passe !

En effet, dans cette histoire mouvementée, il y a « avant » la marche, « pendant » la marche et « après » la marche !

Que se passe-t-il donc avant la marche ? Rien ! L’immobilité, le silence, l’attente, l’ennui, la vacuité, l’innassouvi, la crispation, l’ongle rongé, le souffle imperceptible qui s’accélère comme le cœur qui bat sourdement. Le stress avant le top du départ. L’angoisse du champion avant la course.

Le Big Bang, inspiré par le chanoine Lemaître (repris par Fred Hoyle sous le nom d’état stationnaire) ressemble d’assez près à notre dialectique : au départ, il n’y a peut-être rien, (un trou noir comme le disait notre regretté Stephen Hawking), et puis tout de suite après : explosion ! Le Rien pète ! Pas d’intermédiaire : ce qui n’a jamais existé (et qui ne sait même pas qu’il existe) (et qui plus est, ne peut pas imaginer qu’il pourrait exister), ce néant donc, serait le départ de cette formidable aventure qui n’en finit pas de continuer, sans qu’on sache si elle pourrait se terminer… Ce qui suit ? je sais que vous, vous le savez : c’est l’expansion de l’Univers, (ce dont nous faisons partie).Là où se passent nos vies, qui ne sont que quelques misérables secondes par rapport aux dimensions du cosmos quand on les transpose en années/lumière !

Que dire de l’intermédiaire entre le chaud et le froid ? La tiédeur…Rien à dire sur la tiédeur. Entre le bien et le mal ? L’indifférence ? Qui sait ? Et le dehors ? Le dedans ? Une porte intermédiaire ? Et quoi pour l’intérieur et l’extérieur ? Une ouverture sans doute, peut-être- mais au fond- je l’ignore- j’y reviendrai…..

A bien réfléchir, c’est la même chose pour « le parler » et « le taire » ! La parole et l’envol des paroles, si les écrits restent. Le silence, puis le son. Le langage et la langue. On se tait, puis on parle, puis on se tait à nouveau. Pas d’intermédiaire. Qu’y a-t-il avant la parole ? La réflexion ? Le bruissement du cerveau ? Non, sûrement pas, beaucoup parlent sans réfléchir. Cependant, le cerveau fonctionne, lui, sans arrêt ! L’inconscient nous joue des tours ! Qu’y a-t-il pendant et après la production des phonèmes et des morphènes ? Alors qu’on sait par la diction, ce qui se produit lors de l’articulation de la parole, lors de l’énonciation Se bousculent les voyelles, les consonnes, les nasales, les sifflantes, les percutantes, les palatines, les gorges chaudes, les raclements des R, les murmures, les criées, les hurlements, les tues, les lettres mortes… avant et après reprise de respiration…

On sait aussi que, par l’émission sonore et parlée d’un message codé, il devra être décodé par quelqu’un d’autre : celui qui l’a perçu et qui, on l’espère va le comprendre de par sa connaissance des codes de l’émetteur !!!

Et voilà : on vient de plonger dans l’athanor de la compréhension interprétative (ou l’interprétation compréhensive). Mais les poêtes eux, diront qu’on a atterri en douceur, comme la graine du pissenlit, dans le jardin de la Signification.

Je « sème » à tous vents, mais a pa peur.

 

 

 

 

 

 

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04 mai 2018

Après l'affaire Ken Loach...

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03 mai 2018

SmartCity? Cuba sí!

Question à brûle-pourpoint: à quoi ressemblerait la cité du futur, sous forme d'utopie concrète? Réponse en cinq secondes chrono: La Havane, à Cuba, cela ne fait pas un pli! Mais là, il faut bien le dire, j'ai raté une bonne occasion de mettre les points sur les "i".

C'était le 6 mars (de cette année, 2018) à la Maison du Livre à Saint-Gilles où nous étions quatre invités à imaginer des lendemains enchanteurs autour de l'Utopie de Thomas More1 pour ensuite en débattre avec le public2. Chacun de nous avions reçu un thème imposé sur lequel s'exprimer quelques minutes au pied levé, sans préparation. Moi, c'était la cité utopique du futur. Et je n'ai pas dit un mot de La Havane. Au lieu, je me suis égaré.

Masquée, la propagande

J'ai parlé de la montagne de ferraille qui encombrent les rues en les hérissant de poteaux de signalisation inutiles, de la tonne de peinture blanche traçant sur la chaussée des couloirs à la manière du parcours fléché, des feux tricolores qui partout jouent au portique de sécurité, et même de la numérotation des immeubles d'habitation en tant qu'innovation technocratique sécuritaire rendue avec le temps invisible. Mais pas un mot de La Havane.

Ce n'est qu'après coup que j'ai pensé à La Havane. Bel exemple d'esprit d'escalier. Sur le moment, m'appuyant sur quelques notes griffonnées à la hâte, j'ai cherché à indiquer quelques éléments de réflexion sur un sujet singulièrement absent du débat public: l'urbanisme, l'architecture, la planification urbaine en tant que vecteurs d'une très sournoise propagande3. Sournoise parce que cette idéologie en dur, ciment, acier et verre, est invisible, comme la plupart des carcans idéologiques, c'est pour reprendre l'expression de Noam Chomsky, "l'air qu'on respire"4. On y est tellement habitué qu'on n'y voit plus goutte.

Gramsci, lui, l'a bien vu. Dans un passage du 3e Cahiers de prison où, en 1930, il évoque les obstacles immenses auxquels se heurtera "une classe innovatrice" placée devant le "formidable ensemble de tranchées et de fortifications de la classe dominante", il nomme, parmi les éléments constitutifs de cette "structure matérielle de l'idéologie", la presse, bien sûr, mais aussi les bibliothèques, les écoles et les cercles et clubs de tous genres, en précisant ici que cette structure matérielle s'étend "jusqu'à l'architecture, jusqu'à la disposition des rues et aux noms de celles-ci."5 Le cas est assez rare pour être souligné. La planification urbaine: angle mort de la critique de l'idéologie dominante.

C'est dans la tête, stupide

Il n'est pas étonnant, dès lors, que je me sois égaré. En cherchant à suggérer par exemple que par un aménagement de couloirs de circulation qui ne laissent plus passer qu'une file de véhicules là où, auparavant, ils avançaient à trois de front, c'est à l'univers mental de l'automobiliste qu'on s'en prend, qu'on formate, qu'on dresse comme un toutou afin qu'il fasse le "beau". Bien sûr, la petite auto, la "tuture" comme dit ma petite-fille, on en a pour d'excellentes raisons plein marre dans la ville. Et quoi de plus naturel, donc, que c'est autour de la place de la voiture dans la ville que la salle a centré le débat. Là, pourtant, n'était pas la question. La question, c'est l'appareil normatif de plus en plus présent dans le paysage urbain tendant à dicter le comportement des habitants, qu'ils soient automobilistes, cyclistes ou piétons. L'angle mort dans toute sa splendeur. En fait, j'aurais mieux fait de parler de La Havane.

La Havane, sans doute, eût été plus parlant. Non que j'y sois allé, ce que je regrette, mais m'est resté en mémoire un article qui m'avait fait forte impression. C'était un billet d'humeur d'un journaliste des États-Unis qui s'était rendu là-bas et le fil rouge en était que la cité du futur, concrétisation de tous les principes d'un développement harmonieux et durable, faut pas chercher plus loin, c'est la capitale cubaine. Très peu de bagnoles. Respect du bâti historique. Absence de mobilier urbain publicitaire. Quasi aucun immeuble-tour - ces horreurs6 qui obligent des gens, des petits employés pour la plupart, à passer leur vie dans un univers carcéral.

L'ère des "antilieux"

Bon, certes, La Havane, c'est le résultat de qu'on appelait au sujet de l'ex-URSS des années vingt une économie de guerre, une économie de la pénurie. Le journaliste états-unien n'était pas loin d'applaudir: vous voulez un monde meilleur, optez alors pour une pauvreté matérielle de bon aloi. Et laissez la ville vivre libre comme l'air, que diable! (C'est extrêmement irritant, j'ai cherché comme un fou après cet article, sûr de l'avoir gardé, ne serait-ce que sous forme de note dans un des mes innombrables cahiers, mais zéro: je n'ai ni date, ni auteur, juste l'impression vague que ce devait être dans l'International Herald Tribune, il y a un paquet d'années.)

La Havane, ce n'est ni les tours du quartier nord à Bruxelles, ni les bunkers inhumains se dressant autour de sa gare du midi rénovée, ni à Liège l'ectoplasme des Guillemins qui a tué bon nombre de petits commerces environnants. Préfaçant "La Bible d'Amiens" de John Ruskin, Marcel Proust notait en 1900 à propos des cathédrales gothiques que "l'œuvre d'art est l'âme d'un temps"7. La ville, en tant qu'œuvre d'art, ne parle plus guère aujourd'hui au flâneur, elle l'enferme dans des couloirs normatifs muets. Elle est désormais, comme Régis Debray l'a bien noté, un bric-à-brac fait "d'antilieux", tous "amovibles, interchangeables et dupliquables à volonté"8.

Si j'avais parlé de La Havane, je me serais mieux fait comprendre.

 

1Publié en 1516, réédité en 2016 chez Aden avec une belle introduction de Serge Deruette, un des quatre invités - https://adeneditions.com/2016/08/26/lutopie-de-thomas-more/.

2Sur la conférence-débat, voir https://www.facebook.com/events/156107328424805/

3Sujet abordé dans un des chapitres ("urbanisme totalitaire et idéologie du béton") de mon petit livre "Que faire! - Contre l'ordre régnant", Couleur livres, 2017 - http://www.erikrydberg.net/articles/contre-lordre-régnant-que-faire-ii

4La phrase originale, visant "le système de contrôle des sociétés démocratiques", dit que celui-ci "instille la ligne directrice comme l’air qu’on respire.", in "Le lavage de cerveaux en liberté", Monde diplomatique, août 2007 - https://www.monde-diplomatique.fr/2007/08/CHOMSKY/14992

5Cahiers de prison, tome 1, NRF, 1996, page 297.

6Soit dit en passant, c'est un autre sujet: l'architecture contemporaine ne saurait être dissociée des impératifs du lobby des "bétonneurs": construire uniforme au moindre coût pour un profit maximal.

7La Bible d'Amiens, 1880, traduit et préfacé par Marcel Proust, 1900, éd. 10/18, 1986, page 64.

8Civilisation, nrf Gallimard, 2017, page 107.

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03 mai 2018

Eddie Colla, les Barbares

Ma rencontre avec les œuvres de l’américain Eddie Colla est relativement récente. Au détour de la rue des Cascades à Ménilmontant, dans le Marais, sur les murs de sombres impasses crasseuses et malodorantes de la rue Saint-Denis, ses portraits de femmes et d’hommes captent le regard.

Les personnages d’Eddie Colla sont le plus souvent masqués. Et quand ils ne sont pas, leurs visages sont impassibles ; ils ne traduisent aucune expression. Sans s’opposer véritablement, ils contrastent avec la coiffure, le vêtement, les armes arborées. Les têtes sont le plus souvent couvertes. Couvertes plutôt que coiffées,  d’un bout d’étoffe dont il ne reste que « les os et la peau » ; quelques fibres sans couleur, sombres comme salies. Les hardes couvrent partiellement des corps musculeux. Des fripes usées jusqu’à la corde. Comme des résilles. Noires, décolorées par l’usure et les intempéries. Ce sont ces mêmes étoffes qui masquent le bas des visages. Les mains sont protégées par des gants. Ils portent des armes : des machettes, des bâtons peut-être.

Des femmes et des hommes jeunes, beaux, vêtus de hardes, comme détourés d’un décor, nous regardent.

Qu’ai-je vu la première fois que j’ai vu ces personnages ? Puis-je aujourd’hui, plusieurs années plus tard, retrouver ma première impression ?

Je crois que ces hommes et que ces femmes m’inspiraient de la peur. Peur de leur force exaltée, peur de cette violence pourtant cachée, peur de ces regards froids, sans âme.

Inconsciemment, je rapprochai ces images de celles d’ « Orange mécanique » de Stanley Kubrick. Pourtant, Alex et ses droogs étaient habillés de blanc, maquillés, coiffés d’un chapeau melon. Somme toute, rien de commun entre les tueurs sadiques dépourvus de tout sens moral et les personnages d’Eddie Colla. Leur seul point commun était d’inspirer la peur : la peur de la violence. Une violence sauvage. Celle qui n’est pas contenue par les oukases d’une morale. Une violence à l’état pur uniquement fondée sur la force physique. Des êtres inhumains, en dehors de nos sociétés policées, de nos civilisations qui canalisent et contrôlent l’expression de la violence.

Ces figures de la violence ont aiguisé mon attention et j’ai cherché à en savoir davantage sur leur créateur.

Eddie Colla a commencé par être photographe. Dans un entretien donné à un magazine étatsunien, il raconte le début de sa carrière : « J’ai travaillé comme photographe free-lance. C’est devenu un boulot routinier et ennuyeux. En plus, j’en avais marre de rendre les choses plus belles qu’elles ne le sont vraiment. Alors, j’ai arrêté. J’ai commencé à faire de la sérigraphie et à dessiner des posters. J’ai fait aussi des T-shirts. J’ai commencé à les vendre. Depuis je n’ai jamais refait de photographie commerciale. Aujourd’hui, j’ai pas mal bourlingué et peint, un peu partout, des œuvres dont la plupart étaient « vandal(s)»[1].

A la réflexion, il est vrai que la photographie imprègne son univers graphique. D’abord dans le cadrage des personnages ; des plans moyens qui valorisent le buste, le visage et ses « attributs »(les masques, les « coiffures », le désordre des cheveux). Les oppositions chromatiques fortes qui mettent l’accent sur le caractère brutal des acteurs, des hommes et des femmes « ensauvagés » ne sont pas sans évoquer un somptueux noir et blanc. Un « presque noir et blanc » qui esthétise les portraits en renforçant le caractère des images qui, ainsi, acquièrent une grande force. Par ailleurs, Eddie Colla pour réaliser ses pochoirs part de photographies « posées ».

Une fois établies la qualité des œuvres, leur singularité, leur inscription dans un imaginaire cohérent, il convient de s’interroger sur leur identité. Qui sont les personnages dont Eddie Colla fait le portrait ?

Eddie Colla, dans une interview, nous donne des clés pour comprendre : « La plupart des images que j’ai récemment créées traduisent ce que seraient les Hommes si toutes les notions d’ordre et de civilisation disparaissent. Le thème central de mon travail s’appelle « Atavisme ». En biologie, le mot atavisme définit le retour à ce que nous étions à l’origine, sans que notre évolution ait été façonnée par les mutations de notre ADN et ça pendant des milliers d’années. L’atavisme agit comme une évolution régressive. Ce sont, en fait, des portraits de ce qui est au fin fond du cœur des gens, comme la force, la force vitale, la résistance, la peur. »

Comme « Orange mécanique », le monde selon Colla est une vision prospective de notre humanité. Une œuvre de fiction dans laquelle les images du futur se confondent presque avec celles d’avant l’Histoire, celles des Temps Anciens.

D’aucuns diront que les œuvres d’Eddie Colla s’inscrivent dans le droit fil des fictions apocalyptiques qui ont fleuri au moment les plus dramatiques de la Guerre froide. La crainte d’un conflit nucléaire entre les Etats-Unis et ses alliés et l’U.R.S.S. et les siens n’étaient pas un fantasme mais une alternative élaborée par les militaires des deux camps. Non seulement des œuvres de fiction, littérature, cinéma, arts plastiques etc. ont traduit cette angoisse mais des mouvements survivalistes ont émergé et existent encore aujourd’hui. L’ombre d’une Apocalypse nucléaire s’estompe certes sans totalement disparaitre, nous l’avons vu lors de la crise entre la Corée du Nord et les Etats-Unis.

Eddie Colla prolonge cette peur déjà ancienne, sans cesse réactivée par les nombreux et très violents conflits armés. Ses personnages sont issus d’une spéculation politique : Et si, sous la pression de l’angoisse collective, voulant à toute force nous protéger, nous acceptions de sacrifier notre humanité.

« Je peins souvent des personnages portant des masques et des gants. Ce sont des indicateurs. Ils représentent la peur, le danger et le désir de protection. Ils protègent d’un environnement hostile. Au-delà de ces dangers externes, ils représentent l’impact social et psychologique de ces dangers. Les peuples sous la pression des dangers potentiels développent une psychose survivaliste qui altère leurs systèmes de valeur. L’aliénation est une conséquence de ce réflexe de protection. Comment nous débarrasser de cette angoisse pour, dans le futur, ne plus ressentir cette angoisse et quelles en seront les conséquences dans notre perception des lois qui régissent l’ordre naturel ? »[2]

Eddie Colla ne précise pas quels dangers nous menacent. Il l’a fait dans d’autres entretiens. C’est la conjonction de menaces gravissimes : la destruction de notre environnement : l’anthropocène voit l’Homme détruire sa planète. Ce sont les graves tensions qui agitent nos sociétés déchirées par les inégalités, le racisme, la xénophobie, la peur panique de l’Autre, les fanatismes religieux etc.

Un discours ambigu, violemment pessimiste et désespéré. Mais qui tire d’une vision d’une Humanité ravagée une grande beauté formelle. Eddie Colla est un homme d’images et son discours sur notre monde est celui d’un artiste qui « produit » des images. Des images fortes qui impressionnent parce que ses personnages semblent au-delà du bien et du mal. Il fait son boulot de plasticien, il nous donne à voir des fantasmes. Et comme artiste et citoyen du monde, il nous donne à penser.

L’ambiguïté vient de l’esthétisation de la force sauvage. Ses personnages devraient être des repoussoirs, manière de mobiliser le ban et l’arrière-ban pour défendre l’Humanité. Hélas ! Les créatures toutes droites sorties de l’imaginaire d’Eddie Colla sont belles, farouches et, oserais-je le dire, sacrément sexy.


[1] Traduction R.Tassart.

[2] Traduction R.T.

Image: 

Fresque de la rue des Cascades, Paris. Détail du visage masqué.

Fresque de la rue des Cascades.

Rue des Cascades. Le regard "vide", sans expression, symbole de la déshumanisation.

Variations sur le thème de l'atavisme.

Fresque reprenant les mêmes marqueurs.

Un visage non masqué. Mais des mains atrophiées.

L'arme est un "bricolage" survivaliste.

Portrait d'Eddie Colla.

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02 mai 2018

Des sourires plutôt que des pruneaux

Mardi 24 avril

 Accolades, petits bisous, regards entendus, discours complémentaires, ambiance festive, dîners fastueux et, bien entendu, épouses complices rivalisant de tenues à faire pâlir les reines d’Hollywood et ravir les photographes de revues princières, voilà ce que l’on reçoit de la visite d’Emmanuel et Brigitte Macron aux Etats-Unis. Ce qu’il y a lieu de déceler par-delà ces images affriolantes, c’est chez le Français une volonté d’apprivoiser son alter ego étasunien en jouant copain-copain, tandis que l’autre est moins dupe qu’il n’y paraît et ne lâche apparemment rien. Comme Berlusconi dirigeait l’Italie, Trump gouverne son pays en hommes d’affaires. Eu égard aux aspects diplomatique et politique, c’est nul, mais au plan des rapports de force, c’est plutôt genre petit blanc-bec contre bon-papa rompu à la danse du scalp.

                                                           *

 Il n’y a plus de nationalisme basque actif. L’ETA fit donc amende honorable plus qu’on ne l’aurait imaginé voici encore quelques années. Elle reconnaît sa «responsabilité directe » dans les actions violentes et demande pardon auprès des familles dont elle causa la douleur. Madrid salue la victoire de l’état de droit. La comparaison avec la Catalogne ne tient pas mais elle est pourtant présente en toile de fond.

Mercredi 25 avril

 Devant le Congrès à Washington, Emmanuel Macron avance deux ou trois positions qui paraissent fermes mais qui ne mangent pas de pain, qui conviennent aux démocrates, lesquels lui adressent plus d’une ovation debout ; et qui conviendront à la France puisqu’elles furent mises en œuvre sous le précédent quinquennat. Il s’agit plus particulièrement de deux accords pour lesquels Laurent Fabius joua un rôle capital : sur le Climat et sur le nucléaire iranien. Il insista aussi sur le fait que les Etats-Unis ne pouvaient pas se replier sur un nationalisme choisi, considérant que l’isolationnisme ne leur convenait guère. Il a estimé que les temps exigeaient un travail en commun et sous-entendu que les jours de printemps seraient plus agréables que ceux d’hiver mais toutefois plus frais que ceux de l’été, surtout la nuit. Bref, du concret, de l’audace et une volonté de s’épauler dans l’amitié comme dans le respect mutuel. Cet homme dynamique est un gagneur.

                                                           *

 Depuis deux semaines, une polémique s’est installée autour de l’Université Libre de Bruxelles (ULB). Parmi les quatre personnalités qui devraient demain recevoir le titre de Docteur honoris causa figure le talentueux cinéaste Ken Loach, bientôt âgé de 82 ans, deux fois Palme d’or, soupçonné voire accusé par une grande partie de la communauté juive d’antisémitisme et de tendances négationnistes. La tension a pris une telle ampleur que le recteur fut obligé de demander un écrit à l’impétrant récusant ces accusations. Cela dû en coûter à l’un comme à l’autre. Le geste était à la limite de la politesse. On souhaite honorer une personnalité, on l’invite, et puis on lui demande un certificat de bonne vie et mœurs. Loach s’exécuta en une lettre claire dans laquelle il redit son dégoût de l’antisémitisme et son opposition à toute forme de racisme. Ces attitudes sont pour lui « méprisables », le soupçonner de les adopter est «grotesque ». La mise au point aurait dû arrêter la campagne de dénigrement. Celle-ci continue. On cherche à comprendre et l’on est bien obligé d’avancer un élément d’explication : Ken Loach est un ardent défenseur de la cause palestinienne.

                                                           *

 Quand le président est absent, son gouvernement devient transparent. Un an après sa formation, il comporte encore beaucoup de ministres inconnus, compétents peut-être, dans leur branche, mais loin, très loin de l’opinion. Le défi qu’ils ont à relever ne consistera pas seulement à bien gérer leur département ; encore faudra-t-il qu’ils remportent les élections lorsque celles-ci arriveront. Pour cela, il faudra faire de la politique, c’est-à-dire « être peuple avec le peuple » comme disait Jean-Jacques Rousseau. Celles et ceux qui ne savent pas ce que cela veut dire n’ont qu’à se remémorer la joute Balladur-Chirac de 1995.

Jeudi 26 avril

 Á peine avait-il pris congé du couple Macron en route pour Paris que Donald Trump réitéra devant la presse - et cette fois brutalement – sa volonté de remettre en question deux accords fondamentaux signés par Obama, qui demandèrent des centaines d’heures de négociations, et que le président français était venu défendre : celui sur le climat et celui sur le nucléaire iranien. Du bluff ? Ne sont-ce que des menaces ? Les papouilles n’auraient-elles servi à rien? On le saura très vite. Beaucoup d’observateurs se posent la question : Trump est-il un imbécile ou un génie ? Peut-être est-il les deux à la fois…

                                                           *

 Pascal Boniface, qui dirige l’Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS), avait eu l’occasion de critiquer certaines attitudes belliqueuses du gouvernement israélien. Invité à donner des conférences dans ce pays, il s’est fait tabasser à son arrivée à l’aéroport de Tel-Aviv. Il appelait à l’aide auprès de la police et des services de sécurité. La police était là, les services de sécurité aussi ; ils ne sont pas intervenus, ils contemplaient la scène en riant. On attend que les grandes voix juives protestent, s’indignent, se manifestent, réagissent… Surtout celles qui étaient occupées à dénigrer Ken Loach à Bruxelles.

Vendredi 27 avril

 Le maître de la Corée du Nord, Kim Jong-un, et le président de la Corée du Sud, Moon Jae-in, ont imité Trump et Macron. Ils ont marché la main dans la main sur la ligne de démarcation. Si l’événement est historique, c’est par sa rareté. Parler de réunification est cependant tout à fait frivole. Ce n’est même pas mettre la charrue avant les bœufs. Ceux-ci, pour l’heure, sont à l’étable et la charrue au garage. Soyons simplement satisfaits que ces deux-là s’envoient des sourires plutôt que des pruneaux.

                                                           *

 Après les prises de becs avec Bourdin et Plenel, après les boursouflures campagnardes avec Pernault, Macron aborde la littérature en dialoguant avec Michel Crépu et Alexandre Duval-Stalla dans la NRF. Colette, Giono, sa grand-mère, Camus… Et bien entendu Stendhal avant tous les autres. Jupiter se prendrait bien aussi pour Julien Sorel quand il se dit l’émanation du romanesque des Français. C’est sympathique, mais ça sent un peu trop le Lagarde et Michard.

Samedi 28 avril

 Le New York Times est tombé sous le charme de Macron. Une bonne raison de plus pour qu’il se méfie de lui-même.

                                                           *

 Rimbaud a chanté les voyelles. Aucun philologue n’a encore souligné la responsabilité des consonnes. Depuis le déplacement d’r d’Henri de Pourtalès, il y aurait pourtant de quoi remplir un almanach. Petit exercice au vol et en vrac :

Souvent, se laisser bercer

Revient à se laisser berner…

Souvent ce qui est fascinant

Est également fascisant

                                                           *

 28 avril 1928. Le con d’Irène paraît sans mention d’éditeur et d’auteur. Celui-ci adhérerait quatre ans plus tard au Parti communiste, abandonnant ainsi le mouvement surréaliste.

Dimanche 29 avril

 Que les deux Corées se réconcilient, c’est bien. Mais que la Chine et l’Inde procèdent à des rapprochements positifs au point que leur chef d’État se rencontrent et se concertent, c’est mieux, beaucoup mieux. Mais de ce contact, les médias ne parlent pas beaucoup. Rien de spectaculaire donc pas médiatique. Post-scriptum et nota bene réunis : Corée du Nord (26) + Corée du Sud (52) = 78 millions d’habitants. Chine (1400) + Inde (1300) = 2,700 milliards d’habitants.

                                                           *

 Le Parisien – Aujourd’hui La France propose un dossier sur le travail de Brigitte Macron qui possède un véritable cabinet à l’Élysée tandis que Le Figaro, traitant aussi de la vie quotidienne au palais, précise qu’Emmanuel et Brigitte prennent eux-mêmes en charge leurs menues dépenses de ménage, depuis le dentifrice jusqu’aux croquettes du chien Nemo. Un contraste classique, une information méprisable. On avait déjà eu, dans ce type d’annonce dédaigneuse, Charles de Gaulle réglant les notes d’électricité pour ses appartements privés. Mais en ce temps-là, le Général pouvait aussi compter sur son monsieur Afrique, Jacques Foccart, qui ramenait régulièrement de ses voyages des valises de billets afin d’honorer les menues dépenses du parti des godillots. Jusqu’à présent, on n’a pas encore découvert un monsieur Afrique de renom autour de Macron. De généreux donateurs bien français figurent cependant sur une liste d’attente. Lorsque viendra le temps des gestes de reconnaissance…

Lundi 30 avril

 Au moment où l’Union européenne entame la difficile préparation de son budget pour l’an prochain, tandis que des dépenses nouvelles doivent être prévues et que l’apport du Royaume-Uni disparaîtra, Le Soir propose à ses lecteurs une éclairante pyramide des contributeurs. Les six pays fondateurs figurent bien entendu parmi les pays qui contribuent plus qu’ils ne perçoivent et c’est l’Allemagne qui tient la corde. Parmi les pays qui perçoivent plus qu’ils ne contribuent se trouvent notamment tous les pays d’Europe centrale. La Pologne est de très loin le membre le plus choyé. La Hongrie est aussi parmi les mieux rétribués. En conclusion, il est donc possible d’affirmer sans crainte de se tromper que ces deux États bluffent quand ils critiquent violemment le fonctionnement de l’Union : ils en bénéficient plus que tous les autres membres. Moralité : les mieux nantis sont les plus antis. Là aussi. 

                                                           *

 Gros tracas en Macronie. Le chêne, issu des terres françaises où les soldats étatsuniens étaient venus combattre, et que Donald et Emmanuel avaient planté  dans la pelouse de la Maison-Blanche à grands renforts de photographes et devant leur épouse admirative, le chêne donc, a déjà été déplanté. Ricanements dans la presse hexagonale (on s’attend à ce que Le Canard enchaîné trouve un bon jeu de mots  en troquant « chêne » pour « chaîne ». Branlebas au palais de l’Élysée. Une explication arrive du Nouveau Monde : l’arbre aurait été déplanté « pour des raisons phytosanitaires ». Le symbole de l’amitié entre Papa Donald et son fiston serait donc en mauvaise santé ?... Á moins que l’on ait appris au président Trump ce que le mot « gland » signifiait dans le parler populaire français…

                                                           *

 Il parle bien Raphaël Enthoven. Tous les matins, à 8 h 37, Patrick Cohen annonce son billet. Deux minutes de commentaires et de réflexion pour aboutir au Fin mot de l’info. C’est instructif et charmant. L’esprit se régale. Quand on l’écoute en prenant paisiblement un bon petit déjeuner, on peut lui accorder une attention soutenue, souvent bien nécessaire, et méditer le propos durant les instants qui suivent, voire même une partie de la matinée. Au volant, dans les embouteillages, ou au boulot qui vient d’être entamé, c’est moins facile. Alors le philosophe a eu la bonne idée de publier ses chroniques (Morales provisoires, éd. de l’Observatoire). Un ouvrage qui devrait être remboursé par la sécurité sociale.

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Les vraies grandes puissances : Chine et Inde. Une rencontre apaisante. Photo © India's Press Information Bureau/Handout via REUTERS

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