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02 mai 2018

L'envers grimaçant de l'esclavage.

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02 mai 2018

Toilettage technique au Conseil européen

D'après la croisade contre les albigeois...

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02 mai 2018

Défendre une cause produit quelquefois de drôles d'effets ?

A presque un an d'écart deux personnalités ont été faites Docteur Honoris Causa. La première à l'université de Bar Ilan en Israël le 16 mai 2017, la seconde à l'université libre de Bruxelles le 24 mars 2018. Quel rapport entre les deux. Hommage leur a été rendu pour leur œuvre et leur engagement. Etonnant non ?

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28 avril 2018

Toute puissance/Petits riens

&

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Toute-puissance/Petits riens

Ainsi
En lisière du monde
Le fil du temps passe inaperçu
La terre en tremble
C'est le prix à payer
Une catastrophe se prépare
Action dans le burn-out
Les lois secrètes du réel
Toujours entre-deux-guerres
Indomptées
Avec en creux
Les plages solaires du rêve
Indomptées

En avant
Toute-puissance
Final de feu
Odeur de poudre
Au fond des sens
En un jeu de hasard qui n'en est pas un

Freine alors
Attendrissement
Grâce infinie
D'un monde perdu
Détails idiots
Ni vrais ni faux

Passion d'un mariage arrangé
De toute éternité
Oui
Le hasard n'en rate pas une
En lisière du monde
Où le fil du temps passe inaperçu

27 avril 2018

Hagiographies

Winnie Madikizela-Mandela, surnommée par certains « la Mère de l’Afrique du Sud » et décédée le 2 avril dernier, ne fut pas une de ces modernes «saintes» dont l’Occident aime afficher les portraits géants dans les lieux publics.

 Pour ce qui est de Bruxelles d’où j’écris, je pense à Madame Aung San Suu Kyi, trônant hier encore sur la façade du siège du Parlement européen. Ou à Ingrid Betancourt, dont le regard a naguère embrassé la place De Brouckère. Ou aussi, mais de façon moins marquée, à Benazir Bhutto. Pour ces icônes féminines que nous érigent de temps à autres nos « maîtres à penser », il s’agit d’être victimes de « méchants » - dictateurs militaires, guérilleros communistes, islamistes… - et, last but not least, d’être persécutées en tant que symboles de LA-Démocratie.

Et lorsque, par la suite, les événements nous démontrent les failles de ces idoles, l’on ressent comme un malaise…

Peu importe que l’on ait su qu’Ingrid Betancourt s’était fait quasi volontairement capturer par les Forces armées révolutionnaire colombiennes (FARC). Pour se faire quelque publicité au sein d’une opinion colombienne pour laquelle elle était quasiment inconnue ? Peu importe aussi qu’une autre prisonnière des FARC ait révélé après coup l’attitude souvent odieuse de « la martyre » de la jungle colombienne à l’égard de ses codétenues.

Nous laisserons à « Sainte Ingrid » la liberté d’avoir par la suite sombré dans la bigoterie…

Pour ce qui est de « La Dame » de Rangoon, qui aurait cru possible son positionnement actuel à l’égard de la tragédie des Rohingyas ? Il est vrai qu’à l’époque de sa « canonisation », Madame Aung San Suu Kyi apparaissait bien utile à tous ceux qui voulaient damer le pion aux dirigeants militaires birmans auxquels l’on reprochait, à mon sens, bien plus leurs liens avec la Chine que leur dictature féroce.

 Dans le cas de Benazir Bhutto, le contraste semble encore plus flagrant. Ce pour quoi nous nous y attardons davantage. A l’époque régulièrement encensée par nos médias comme « la plus jeune et première femme à être élue démocratiquement à la tête d'un pays à majorité musulmane », son assassinat, fin décembre 2007 à Rawalpindi, fut, dit-on, l’œuvre d’un jeune kamikaze présenté comme proche d’Al-Qaïda[1]. Sa disparition ne dut par ailleurs pas trop gêner le général-dictateur Perez Musharraf (1999-2008), à qui elle était censée succéder. Le fils de Benazir, accusera d’ailleurs, en 2012 sur CNN, ce dernier d ’avoir «tué a mère» en «sabotant sciemment les mesures de sécurité l’entourant». De même, un rapport des Nations-Unies avait conclu l’année précédente aux «insuffisances du dispositif de sécurité» censé protéger la victime et à «d’incompréhensibles ratés» dans l’enquête.

Un terroriste islamiste et un général-dictateur, une telle « association » a-t-elle suffi à rendre nos médias à ce point amnésiques qu’ils en oublièrent que, par deux fois 1ère ministre (1988-1990 et 1993-1996), Benazir Bhutto fut aussi par deux fois destituée sur ordre présidentiel pour « abus de pouvoir », « népotisme et corruption » et blanchiment d’argent ? De même, ses thuriféraires ne s’appesantirent guère sur les relations assez troubles entretenues par la 1ère ministre  avec les Talibans[2].

La fumée d’encens répandue autour de « Sainte-Benazir » semble aussi avoir occulté les violentes querelles internes, dignes des Atrides, de la dynastie Bhutto. En 1985, le corps empoisonné d’un frère de Benazir, Shanawaz, avait été retrouvé dans son appartement de Cannes. Et c’est sous la magistrature de Benazir que son frère puiné, Murtaza[3], avait été abattu par la police à Karachi en 1996. Sa veuve accusera Benazir de l’avoir fait assassiner.

Constatons que Benazir s’appliqua elle-même à nourrir son image de championne de LA-Démocratie pakistanaise. Au cours de son second mandat, elle chercha par plusieurs rencontres officielles (Hilary Clinton, François Mitterrand) à gagner l’adoubement de figures suzeraines de la démocratie parlementaire libérale et… « de marché ». En mai 2006, exilée à Dubaï, elle signa à Londres avec un autre « dinosaure » de la scène politique pakistanaise, Nawaz Sharif, une Charte pour la démocratie. L’année suivante, à la veille de son retour – fatal - au Pakistan, n’avait-elle pas déclaré être en quête d’une « rédemption historique » et préférer « finir en martyre de la démocratie plutôt qu'en dirigeante corrompue ».

Et 2008, Benazir Bhutto reçut - à titre posthume - le Prix des Droits de l’Homme des Nations-Unies...

Winnie n’était pas une sainte

L’on peine à trouver dans les notes biographiques des icônes mentionnées ci-dessus autant de « précautions oratoires » que celles qui ont accompagné les articles consacrés à Winnie Mandela suite à son décès. A y retrouver un même soin à rappeler que – eh oui, la pasionaria de Soweto avait des « côtés sombres ». Un rappel pavlovien destiné à être opposé à « la lumière de l’icône Nelson Mandela », comme le suggère dans un article salutaire sur Mediapart, Jacqueline Derens ?[4] Ce n’est pas notre propos ici - nous n’en avons ni l’envie ni la compétence - d’opposer les deux époux, séparés en 1996. Mais qui sommes-nous, dans nos sociétés repues et sécurisées, pour juger le comportement de Winnie ? Et particulièrement le drame de l’enlèvement et de l’assassinat, en 1989 par le Mandela United Football Club, dont les membres lui servaient de garde-corps, du jeune militant (14 ans) Stompie Seipei Moketsi, soupçonné d’espionnage au profit des services sud-africains de l’apartheid. L’un de ces gardes accusera Winnie de lui avoir ordonné le meurtre par l’horrible « supplice du collier »[5]. Or, ce garde s’avéra un infiltré de la police sud-africaine. Une police obsédée par l’objectif de « salir » Winnie et, à travers lui, Nelson Mandela lui-même. Pour d’aucuns, ce garde aurait éliminé l’adolescent parce que celui-ci était au courant de son rôle d’agent double. Certes le radicalisme de celle que l’on surnommait aussi « le Roc »[6] en agaça beaucoup au sein de l’ANC arrivé au pouvoir. Un pouvoir qui, comme l’ont démontré les récentes péripéties de l’éviction de Jacob Zuma, était devenu fort éloigné de ses objectifs de lutte initiaux. Son époux la soutint néanmoins lorsque Winnie fut accusée d’avoir elle-même participé à l’assassinat de Stompie Moketsi. Et sa responsabilité dans le drame reste sujette à débat.

 «Il ne faut jamais oublier le contexte", a rappelé à l’AFP la ministre de la Communication, Nomvula Mokonyane[7]. Un contexte qui fait aussi « commettre des choses horribles », reconnaît la ministre. Un contexte, nous rappelle Jacqueline Derens, qui, après l’arrestation de Madiba en 1962, fut pour Winnie celui du harcèlement policier permanent, de la prison, de la torture et de l’humiliation, de l’éloignement de sa famille et de ses proches par l’assignation à résidence, Un contexte d’une rare violence dans le cadre de l’état d’urgence instauré des 1985, sur fonds de souffrances sociales indicibles. Et dans lequel s’ajoutait à la hantise de l’infiltration par la police, la crainte des « escadrons de la mort » du régime de l’apartheid qui, rappelons-le avec J.Derens, assassinèrent deux autres dirigeantes de l’ANC : Ruth First à Maputo en 1982 et Dulcie September à Paris en 1988…Dans un documentaire sud-africain, Winnie, passé sur Arte le 6 mars dernier, l’ex-chef Service national de renseignement sud-africain et l’ex-chef de la police de Soweto ont expliqué comment ils avaient systématiquement « ciblé » Winnie. Encore une fois, qui sommes-nous pour condamner le fait que Winnie « n’aura aucune pitié pour ses bourreaux ? Qui sommes-nous pour juger que l’épouse de Madiba se devait d’accepter que « l’idée de pardon et de réconciliation qui marquera la présidence de Nelson Mandela » » (J.Derens) ? Dans un article de John Pilger[8], le spécialiste de l’Afrique Peter Robbins estimait que, dans l’Afrique du Sud d’aujourd’hui, « l’apartheid économique a remplacé l’apartheid juridique avec les mêmes conséquences pour les mêmes personnes, mais il est accueilli comme l’une des plus grandes réussites de l’histoire du monde ». Serait-ce notre crainte obsessionnelle du « désordre » et des violences qui expliquerait que, décidément, Winnie ne pouvait pas devenir « une sainte » ?

Quoiqu’il en soit, le 14 avril, après dix jours de deuil national, des dizaines de milliers de Sud-Africains ont salué la dépouille de « Mama Winnie » au stade d’Orlando, près de son « fief » de Soweto. N’est-ce pas là le mot de la fin ?

 

[1] Quoique des dirigeants de l’organisation démentirent – tout en s’en félicitant – être les commanditaires de l’attentat

[2] Selon Le Monde, son ministre de l'Intérieur, Nasirullah Babar, avait encouragé en 1994,l'émergence des Taliban afin d’aider sa cheffe de gouvernement à s'affranchir des tout-puissants services de renseignement (ISI). B.Bhutto s'était ainsi alliée au parti islamiste Jamiat Ulema-e-lslami (JUI), en charge de la plupart des madrassas (écoles islamiques) servant de viviers au recrutement de Talibans

[3] Condamné en 1981 pour le détournement d’un vol de la Pakistan’s International Airlines (ayant entraîné mort d’homme), Murtaza Bhutto avait fondé une dissidence du PPP, le PPP-Martyr Bhutto.  Rentré d’exil en 1993, appuyé par sa mère, la begum Nusrat BHUTTO (codirigeante du PPP que Benazir venait évincée de la direction du parti), Murtaza accusait sa sœur d’avoir « pactisé avec les militaires », de « courtiser » les Etats-Unis et d’avoir « tiré à droite » le PPP

[5] Consistant à immobiliser la victime en l’entourant d’un pneu auquel on met le feu…

[6] Le Vif, 14.4.18. Le journal estime que le Mandela United Football Club" faisait « régner la terreur à Soweto »

[7] Le Vif, 14.4.18

[8] Afrique du Sud : 20 ans d’apartheid sous un autre nom, 13.4.2014

 

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Winnie Madikizela-Mandela, symbole de la lutte contre l’apartheid. Photo © sabreakingnews

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27 avril 2018

Macron règne et gouverne

Lundi 16 avril

 Plus de deux heures et demie d’entretien hier soir entre Emmanuel Macron, Jean-Jacques Bourdin et Edwy Plenel. La table est dressée dans une salle du Trocadéro. La Tour Eiffel trône derrière le président, assis devant la baie vitrée. La diffusion est assurée en direct par BFM/TV, Mediapart et RMC. La forme est parfaite. Le fond ne révèle rien que l’on ne sait déjà. Rien. Ce matin, la presse n’est pas tendre. Ici on parle d’empoignade, là de pugilat. Partout, on considère que les échanges s’apparentaient à un combat. C’est ce que Macron voulait puisque c’est lui qui choisit ses interlocuteurs. Au-delà des impressions et des commentaires, une question restera pertinente, celle qui concernera la manière d’interviouver une personnalité du pouvoir. Ces tristes échanges virils auront au moins servi à cela : créer l’analyse et la discussion dans les écoles de journalisme.

                                                           *

 L’année dernière, André-Joseph Bouglione, dresseur d’animaux depuis 30 ans (il en a 44),  décida de ne plus présenter d’animaux dans ses spectacles de cirque. Il avait perçu que cette spécialité circassienne serait bientôt interdite. Le livre qu’il publie ces jours-ci (Contre l’exploitation animale, éd. Tchou) relate sa décision et ses états d’âme. Quant à ses états de service, ils sont mis en cause par sa famille qui le traîne devant les tribunaux. Dans quelques années, des grands-parents raconteront à leurs petits-enfants qu’à leur âge, quand un cirque plantait ses tréteaux dans le village, on allait visiter sa ménagerie durant l’après-midi ; et les lions que l’on avait côtoyés dans leur cage, on les retrouvait le soir sur la piste entre les mains du dresseur qui les faisait sauter d’un plateau à un autre. Certains enfants écouteront, sceptiques. D’autres demanderont : « dis pépé, c’est quoi un lion ? »

Mardi 17 avril

 Macron pendant trois heures au Parlement européen. Une heure de discours, deux heures de débats. Belle, bonne et nécessaire prestation. Le moment est idéal : le Brexit est en cours d’accomplissement et Angela Merkel est reconduite. Ce que le président propose afin de redonner un coup de fouet à l’Union européenne, c’est surtout une réforme de la zone euro. Un budget propre, un ministre qui le gère. Macron n’est pas suivi comme un seul homme, on le savait. Le plus embêtant, c’est que la fraction dure du parti de Merkel le désapprouve aussi. Comme le président a beaucoup d’autres suggestions en réserve, la solution doit être de confectionner un paquet (un pakedge dit-on à Strasbourg – un pakedge deal même…) pour équilibrer l’ensemble et miser sur l’à-prendre-ou-à-laisser… L’autre impératif est de faire bouger les lignes (tiens ! cette expression n’a pas encore été anglicismisée…) avant le prochain scrutin européen. Ce sera le 26 mai 2019. Dans un an et un mois… « Treize mois pour réussir » doit se dire Macron à l’instar de Mendès-France. C’est là que l’on pourra jauger de sa véritable carrure. Pas à Notre-Dame-des-Landes.

Mercredi 18 avril

 Le nez contre la vitre, le constat est irréfragable : Emmanuel Macron est seul. Depuis une semaine, il occupe le terrain médiatique en grand professionnel de l’entretien, tantôt avec un bêta qui patauge dans les lieux communs, tantôt avec de faux pisse-vinaigre bien décidés à le faire trébucher (notons au passage que la partie est peut-être plus difficile à jouer avec le cireur de pompes qu’avec les pieds nickelés de la conversation). Sa parole est constamment relayée par les chambres d’échos. Lorsque le micro n’est pas accroché au revers de sa veste, il est devant lui, fixé à la tribune. Macron règne mais en même temps, il gouverne. Et pourtant, il ne récolte pas les fruits de ses engagements. Certes, c’est dû en partie au fait qu’il mise toute sa politique sur son pouvoir de persuasion. La négociation, pour lui, c’est un accueil courtois et chaleureux, café-croissant à volonté,  assorti d’un prière-de-noter. Toutefois, ses ministres sont nuls. Non pas qu’ils soient incompétents ; ils jouissent au contraire toutes et tous d’une bonne qualification et d’aptitudes à considérer les matières qu’ils gèrent. Mais la plupart d’entre eux débarquent dans la fonction. Ce sont des novices de la politique. Du reste, sans l’étrier dans lequel François Hollande lui a mis le pied, Emmanuel Macron serait lui aussi un novice. La politique est un métier. Il faut avoir labouré son pays depuis les  villes de province jusqu’aux villages éloignés des sentiers battus pour nourrir l’ambition de diriger la nation. Il faut avoir écouté le citoyen râleur autant que la pipelette du quartier pour comprendre la vie d’une société multiple et plusieurs fois séculaire. « Pour aimer la France, disait Simone Weil, il faut comprendre qu’elle a un passé. » Nicolas Hulot, couronné ministre d’État, qui refusa tant d’offres avant d’accepter celle de Macron, est depuis un an transparent. Il vient d’être incapable d’améliorer - ne pensons pas de régler … - la situation confuse qui s’installe à Notre-Dame-des-Landes où des centaines de policiers munis de grues et de grenades lacrymogènes ne parviennent pas à déloger les occupants de la ZAD. Le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, est certes un vieux briscard de la politique, mais s’il fut longtemps sénateur et maire de Lyon, il n’avait jamais détenu un maroquin. C’en est d’ailleurs de même pour Édouard Philippe, excellent maire du Havre mais comme égaré à Matignon, propulsé Premier ministre sans avoir connu d’autres portefeuilles. Un passage par la place Beauvau est souvent bien utile avant de gagner la rue de Varennes. Bref, Macron est seul à exercer le pouvoir. Une radioscopie de sa majorité parlementaire pléthorique ne ferait qu’amplifier le constat. Comme ses prédécesseurs, il doit posséder à l’Élysée une équipe dédoublée, sorte de gouvernement bis qui le seconde au mieux. Sera-ce suffisant ? On en doute mais en même temps, on se dit que son échec serait catastrophique pour la France et pour l’Europe.  

                                                           *

 Á La Havane, Raul Castro cède le pouvoir à Miguel Diaz-Canel. Toute la presse souligne que la dynastie des Castro s’éteint, comme si on rayait de la carte soixante années d’une épopée dont on pourra encore longtemps évaluer les apports. Le nouveau président n’était pas né quand Fidel et ses barbudos renversèrent le dictateur Battista soutenu par les Etats-Unis. Mais il y a cinq ans que Raul l’a choisi comme dauphin. Voir Diaz mener une politique opposée à celle qui l’a promu serait surprenant. Et si les Etats-Unis voulaient profiter de ce changement pour se rapprocher de Cuba, avant de flatter le nouveau président, qu’ils commencent d’abord par lever l’embargo établi depuis 1964…

                                                           *

 Tariq Ramadan, toujours écroué, est à la sexualité ce que Jérôme Cahuzac (qui risque de l’être) est à la finance : « Faites ce que je dis, ne faites pas ce que je fais. »

Jeudi 19 avril

 Notre-Dame-des-Landes est en lambeaux tandis que Notre-Dame-de Paris perd certains de ses attributs. Des chutes de pierres menacent les touristes. Des sites aux noms féminins en péril : beaux symboles d’une société masculine…

                                                           *

 Jérôme Garcin rend hommage à Bernard Pivot qui vient de publier Lire ! (éd. Flammarion), un ouvrage conçu avec sa fille Cécile. Le président de l’académie Goncourt, qui aura 83 ans le 5 mai prochain, avait déclaré, son légendaire petit sourire en coin, qu’il souhaitait « mourir un livre à la main ». Garcin relève que le cher Bernard confirma cette réflexion en la gravant dans ces pages-là et le compare à Montaigne qui, s’il avait pu choisir sa mort, aurait préféré « à cheval plutôt que dans un lit ». Garcin, le moment venu, devrait prendre l’initiative de dresser la mortuaire dans une librairie ou une bibliothèque. 

Vendredi 20 avril

 Chaque année, les nazis allemands sont de plus en plus nombreux à célébrer l’anniversaire d’Adolf Hitler. Mais le constat navrant (peut-être un jour inquiétant …) ne tient pas tant au nombre qu’à l’âge. Autrefois, seuls ne se retrouvaient que de vieux nostalgiques. Á présent, on y découvre des jeunes gens dont même les parents n’étaient pas nés lors de l’incendie du Reichstag.

                                                           *

 Comment faut-il traduire le communiqué de la Corée du Nord annonçant qu’elle ne procédera plus à des essais nucléaires ? L’information fait la une des médias. Mais ici on parle d’abandon, là de suspension, là encore d’interruption… L’avenir déterminera l’emploi du verbe propre. En attendant, on décèle dans cette décision plutôt la sagesse et la sérénité de Xi Jingping plutôt que l’esbroufe de Donald Trump.

                                                           *

 Chaque étoile est un soleil. Il est donc probable que des planètes tournent autour d’elles. La NASA vient d’envoyer un télescope spatial susceptible d’en identifier. Ajouter à cette information la question « Et Dieu dans tout ça ? » devient ridicule ou, à tout le moins, dérisoire.

Samedi 21 avril

 Et si Kim Jong-un s’amusait à se moquer du monde ? S’il faisait seulement preuve d’habileté en jouant sur les mots sans vraiment modifier ses actes ? Chef d’un petit État de 25 millions d’habitants où la pauvreté n’a d’égale que la bêtise du système, le voilà au cœur du sort de la planète en prononçant quelques mots choisis. Un rire idiot.

                                                           *

 21 avril 2002. Le mot de Lionel Jospin, défait, était juste. Ce fut un coup de tonnerre. Au premier tour de l’élection présidentielle, il obtenait 16,18 % des voix et il était coiffé par Jean-Marie Le Pen qui en totalisait 16,86 %, soit moins de 190. 000 suffrages de différence. On fut à la fois déçu, horrifié, apeuré. Des manifestations s’organisèrent tous les jours pour « sauver la démocratie ». Le vieux fasciste rigolait grassement. C’était son soir de gloire. Il savait pertinemment qu’il n’aurait aucune chance au second tour. Il ne le souhaitait d’ailleurs pas. De fait, il permit à Chirac de réaliser un score digne de celui que Louis-Napoléon Bonaparte avait atteint contre le pauvre Lamartine, 82 %. Le fascisme ne passa pas. En 2017, le Front national fut encore présent au second tour, avec Marine Le Pen cette fois, qui avait réuni plus de 20 % des suffrages, soit plus de 7,6 millions de voix. L’entre-deux tours fut calme. On savait que Macron l’emporterait. Lors du face-à-face, Marine fut lamentable. Elle obtint quand même 34 % des voix. On se dit « ouf ! » et on fit la fête. Marine « n’avait » réuni que 10,6 millions de voix. - Et le fascisme ? Il n’est donc pas passé ?… - Non, pas encore…

Dimanche 22 avril

 Andrea Nahles est confirmée à la tête du SPD. Elle sera l’interlocutrice prioritaire d’Angela Merkel. Deux femmes qui ont intérêt à s’entendre pour le bien de l’Allemagne donc aussi pour celui de l’Europe. Et dans leur famille politique, deux défis : celui, pour Merkel, de gouverner en tenant compte des ultras de la CDU ; celui, pour Nahles, de remettre le SPD à un niveau plus élevé dans l’opinion. Au bout du quinquennat, Merkel partira, quelle que soit la réussite de son dernier mandat. Nahles partira également, si elle ne remplit pas son contrat. Ou alors, elle remplacera Merkel. Ainsi va la vie politique, en Allemagne comme ailleurs. Ainsi nous la décrit-on en omettant de souligner la part des événements imprévus et d’insister sur le sens de l’Etat. Deutschland ûber Nahles.

                                                           *

 Rien ne se profile à l’horizon du 5 mai pour le bicentenaire de la naissance de Karl Marx. En Europe du moins, car aux Etats-Unis, une jeunesse de plus en plus nombreuse, qui clame son insatisfaction et même son inquiétude du néolibéralisme, se réclame du philosophe de la lutte des classes. Une ritournelle inattendue.

Lundi 23 avril

 Il est de bon ton, dans les mondanités culturelles, de trouver que le duo Bacri-Jaoui s’essouffle. L’observation sociologique des manies et des tics de « tous ceux qui voudraient avoir l’air et qui n’ont pas l’air du tout » (Brel) reste néanmoins aussi pertinente que féroce. On le vérifie encore dans Place publique, une satire qui dépeint la pendaison d’une crémaillère dans une campagne proche de Paris, où se retrouvent des travailleurs de show-biz et de la télévision qui s’échangent tantôt mamours tantôt réflexions aigres-douces. Le bougon est, une fois de plus, magnifique dans son rôle d’animateur-vedette qui prend de l’âge.

                 

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26 avril 2018

Les nouveaux mots des Grands...

Les grands de cette planète, se rendant compte que les mots sont les portes d'entrée de la réalité de ce monde n'hésitent pas à en remettre au gout du jour ou parfois même inventer de toute pièce des mots nouveaux pour pimenter leurs discours.

Ainsi, Jacques Chirac surprendra-t-il nombre de ses spectateurs, en 2000, lors d'une émission télévisée, en utilisant l'expression « C'est abracadabrantesque ! » à propos de révélations sur les financements de son parti. Les plus érudits des journalistes retrouvèrent cependant ce terme dans le livre Les vagabonds de Mario Proth (1865) : « Il a usé le plaisir sans trêve, les voluptés faciles, l'excentricité superbe, l'orgie abracadabrantesque. » On peut donc considérer que c'est bien cet auteur qui a créé ce néologisme cent-trente-cinq ans auparavant. Arthur Rimbaud, à son tour, l'emploie dans le poème « Le cœur supplicié » en 1871 :

Ô flots abracadabrantesques

Prenez mon cœur, qu'il soit sauvé.

Ithyphalliques et pioupiesques

Leurs insultes l'ont dépravé !

Remarquez au passage que nous avons échappé à pioupiesque (qui ne réussit jamais à entrer dans les dictionnaires) et ithyphallique, mot rare dont je n'ose même pas vous donner la définition.

 

Sarkozy s'y est mis, lui aussi. À propos de François Hollande, il a dit : « Je comprends qu'il soit tourneboussolé » et à une autre occasion, il a parlé de méprisance, vieux mot français cependant.

Mais il reste célèbre pour ses phrases incompréhensibles :« On a reçu un coup de pied au derrière, mais c'est pas parce que vous voulez renverser la table que vous descendez de la voiture dont vous vous abstenez de choisir le chauffeur ».

Jean-Marc Ayrault n'était pas en reste en inventant le terme « cressonisation » pour désigner un homme ou une femme politique dont la communication est farcie d'erreurs (en référence à Édith Cresson).

Et ne nous attardons pas sur raffarinades, juppettes, balladurette, lepénisation, néologismes construits sur des noms d'hommes et femmes politiques.

Ségolène Royal avait, de son côté, attiré l'attention en utilisant le mot « bravitude » sur la muraille de Chine, en 2007 :  « Comme le disent les Chinois, qui n'est pas venu sur la Grande muraille n'est pas un brave. Qui va sur la Grande muraille conquiert la bravitude ».

En outre, François Fillon a déclaré qu'il était inénervable, J. M. Le Pen a inventé le terme ripoublique pour désigner la République des ripoux. Jean-Luc Mélenchon s'est fendu du mot-valise austéritaire.

Bon, entendons-nous bien. il n'est pas dans mes intentions de critiquer celles et ceux qui inventent des mots ou qui utilisent des mots rares, je le fais souvent moi-même. La langue vit et évolue. Les mots existent avant d'apparaitre dans les dictionnaires. En moyenne, cent-cinquante mots sont « reconnus » par les dictionnaires annuellement. Le nombre de mots nouveaux est bien plus important dans les dictionnaires techniques et scientifiques, amenés à en reconnaitre pour désigner des concepts ou des objets nouveaux. Le Trésor général des langues et parlers français à Nancy a répertorié ainsi plus de 1 200 000 mots différents alors que 3500 mots nous suffisent amplement dans nos conversations quotidiennes...

Je constate simplement que les néologismes ou les mots rares utilisés publiquement par les grands de ce monde sont immédiatement remarqués et font l'objet de commentaires approfondis sur les réseaux sociaux. Nous ne sommes pas tous égaux apparemment dans ce type d'exercice. Autrement dit, un quidam qui inventera un nouveau mot aura évidemment moins d'impact qu'une vedette ou un homme politique.

Il convient d'ailleurs de ne pas crier à chaque fois au néologisme. L'exemple d'abracadabrantesque le démontre déjà. En avril 2018, Emmanuel Macron a utilisé le verbe impuissanter : « À plusieurs reprises, plusieurs membres de la communauté internationale se sont organisés pour impuissanter l'ONU et l'Organisation internationale de lutte contre les armes chimiques ». Il figurait déjà dans un de ses discours en janvier de la même année.

Ce verbe est inconnu des dictionnaires. Cependant, il est compréhensible par tout un chacun. Il nous semble familier, car il est bien construit avec le préfixe « im ». Cependant, très peu de verbes ont été construit sur ce modèle en partant d'un adjectif (perméable a donné imperméabiliser, mais c'est bien l'un des rares). Certes, il aurait pu dire « juguler », « neutraliser » ou encore « rendre impuissant », « dompter », etc. Mais en creusant un peu, l'on s'aperçoit qu'impuissanter a été utilisé pour la première fois en 1557 par Philibert Bugnyon, juriste et historien français, dans le seul ouvrage de poésie qu'il publia, les Érotasmes de Phidie et Gélasine.

Plus près de nous, Jean-Pierre Chevènement utilisa également ce mot en 2009. Donc, manifestement, ce mot n'a pas eu de chance et n'a pas été retenu pour figurer dans les dictionnaires, vu qu'il était très peu utilisé.

En apparaissant dans notre langue d'aujourd'hui, par intermittences et dans la bouche ou sous la plume de personnages médiatisés, ils ont peut-être une chance de reconquérir du terrain en sortant d'un oubli parfois immérité.

 

Henry Landroit

 

 


 
25 avril 2018

Dans la peau d’ Epi2mik.

 

Je vous concède bien volontiers qu’il est nécessaire de classer. Le classement est même devenu une science : la taxonomie. Je concède également que les « objets de savoir » connaissant une croissance exponentielle, il est urgentissime de tout bien ranger dans des boites dûment étiquetées sinon ça va être un de ces bordels ! Je ne vous dis pas !

Ce fait étant acquis, je tique quand je constate que de la biologie, domaine originaire, le classement envahit tous les champs disciplinaires. Y compris aujourd’hui, les sciences humaines. Dans un passé récent, des savants ont classé les Hommes. Nous connaissons les funestes conséquences de ces errements. Comme décidément l’Histoire a la très fâcheuse habitude de repasser les plats, certains continuent de classer les Hommes selon une grande variété de critères : l’ethnie, la race, la langue, la religion etc. Le but étant pour celui qui classe de justifier sa domination sur les Autres. Car ces idéologues ignares se servent du classement pour hiérarchiser. Rien de plus qu’un plaidoyer pro domo.

La question des œuvres et des artistes en mouvements divers et variés n’a pas la même importance. Je le concède à nouveau. Reste que classer un artiste ça reste pour le moins délicat, sinon carrément une très mauvaise idée. Passons très vite sur les exemples : toutes les œuvres de Derain relèvent-elles du fauvisme ? Comment classer Nicolas de Staël ? Le classement, je dirais par définition, ne peut prendre en compte qu’un nombre limité de critères. Pas de critères, pas de classement. Or, l’histoire des œuvres n’est pas un long fleuve tranquille. Dans la durée plus ou moins longue d’une carrière, les œuvres changent sous diverses influences. Et ce sont ces évolutions, voire ces renoncements qui sont passionnants et qui éclairent véritablement l’édification consciente et réfléchie d’une « œuvre ».

Pour classer, il faut choisir une période et en rapprocher les productions d’autres productions comparables, voisines, ayant le même style. Exercice, certainement utile, mais réducteur qui tente, en prenant un chausse-pied, de faire rentrer un homme, une femme, une œuvre dans son irréductible identité, dans une case, ayant un certain degré de généralité ou de pluralité.

Ce qui m’intéresse,  ce n’est pas de savoir dans quelle case tel ou tel artiste est classé mais de rencontrer grâce à la connaissance intime et profonde des œuvres l’homme ou la femme qui leur a donné naissance. Suivre la genèse de ce qui deviendra une œuvre, ses tours et détours, ses avancées et ses reculs, ses constances et ses ruptures, c’est comprendre (prendre avec) le créateur/la créatrice dans sa singularité.

Après cette longue parenthèse, qui est un accordage, quelques idées sur lesquelles nous sommes d’accord (du moins, je l’espère !), venons-en au sujet que je voudrais, enfin, aborder.

Je vais vous parler d’un homme d’une quarantaine d’années qui vit à Caen, en Normandie, qui dans le civil s’appelle Thierry Olivier, et qui,  dans le monde de l’art porte deux noms (par ordre d’entrée en scène), Virus A et Epi2mik. Je vais vous raconter son histoire et vous montrer quelques-unes de ses œuvres. Une histoire racontée d’une voix blanche, sans commentaire, sans essayer à toute force de classer l’artiste et son œuvre.

Ecole des Beaux-Arts, des années passées volontairement cloitré dans sa chambre, 10 ans dans la rue, des allers-retours en hôpital psychiatrique, des gardes à vue, un infarctus, un processus de guérison et de résilience. Bref, un homme fragile, un artiste à part. Il commence à faire des ronds à 23 ans et depuis il n’a pas arrêté. Des ronds sur tout, liés par contact avec d’autres ronds. Des ronds qui,  partis de chez lui, vont envahir la rue. De facto, puisqu’il est dans la rue à peindre des ronds, il devient « artiste de rue » ;  en anglais « street artist ».

 Il nous raconte dans un entretien ce mouvement de l’intérieur vers la Ville : « En sortant des Beaux-Arts, je me suis enfermé dans mon atelier où j'ai peint sur des toiles de grands formats. Puis,  j'ai peint les meubles. Puis les murs, le sol, le plafond, ma poubelle, ma boite aux lettres. Et voilà j'étais dans la rue. »

Les cercles sont tout d’abord peints de manière compulsive. De manière plus distanciée, quelques années plus tard. Rien ne semble arrêter la contamination. Il peint des ronds sur plus d’un kilomètre la digue qui relie Lion à Hermanville, deux petits ports normands ;   sur une rouleau de papier de 10 mètres de long sur 1,50 mètres de large (ZoOom), sur les maisons, les immeubles, les escaliers, les portes…

Les ronds envahissent Caen, la banlieue, les bords de mer. A propos de ZoOom, il déclare d’une voix douce, comme une confidence : « « J’en suis à six mètres. C’est physique, mais ça me canalise. J’ai commencé par des atomes, des molécules. J’en suis à ma première cellule. C’est comme une transe. Ça ne me lâche pas. Avant mes bulles étaient comme des fleurs qui pollinisaient la ville. Là, c’est comme un champignon qui se développe, la vie qui se construit sur un fil. Un voyage au cœur de la matière. » Il nomme cette invasion, une « pandémie positive ».

 Les ronds ont conquis Caen. Les habitants donnent un nom à leur auteur : Virus A. Pandémie, virus, c’est la même idée, Thierry Olivier adopte ce nom qui n’est pas un blaze. Plus tard, il se donnera à lui-même un nom. Il gardera l’idée et créera un blaze : Epi2mik. Il continue à dessiner  des ronds avec des Stadler sur du papier 5 heures par jour, tous les jours. Le papier, les encres noires, de couleur,  résument son univers. Travail de bénédictin diront certains, ascèse du travail consenti et nécessaire ;  des cercles contiennent d’autres cercles qui par de fins filaments, comme des axones, relient des amas de cercles à d’autres constellations de cercles. Pas de plan de travail, de préparation, d’utilisation d’ordinateurs, de tablettes graphiques, de « sketches » comme disent les street artists.  Les cercles « réfléchis », « pensés », forment des compositions d’une incroyable complexité.

 Les pédants feront allusion aux fractales de Mendelbrot. Rien à voir : aucune symétrie, aucun changement d’échelle. Aucune comparaison n’est possible ; son travail est, au sens littéral, incomparable.

 Regardons-le dessiner : à genoux, il dessine avec grand soin des cercles. Ces cercles, tous différents, plus ou moins circulaires, sont des représentations que l’artiste considèrent réalistes d’atomes, de cellules, de molécules, de dendrites, de nerfs…Les traits sont des membranes cellulaires et le tout, organique, croit, envahit l’espace de la feuille selon une logique interne cachée. Dans ses œuvres, il y a un début et une prolifération. Quand la multiplication des organismes a atteint un objectif contenu dans un programme génétique aléatoire, l’artiste lève son stylo, l’œuvre est  terminée. Il est temps de passer à une autre.

Le temps n’impose pas de limite à l’exécution. Epi2mik mettra le temps qu’il faut. La durée ne dépend pas de lui. La durée,  c’est sa vie qui passe. Tous les jours se ressemblent : 5 heures à tracer des ronds, plus c’est risquer de mal faire. Pour peindre des ronds sur la digue, il a peint 396 jours d’affilée. Le temps circulaire, les jours identiques aux jours,  suppriment la notion de temps. La durée de l’œuvre est commandée par la durée d’extension de la pandémie.

N’allez pas imaginer que son « travail » est une manie, et rien d’autre. Il le fonde sur une théorie complexe, trop complexe pour que je la comprenne : « Mon travail est urbain mais n’a pas grand-chose à voir avec le graffiti, j’utilise la ville comme espace “rhizomatique” et “micropolitique”. Mes principales influences sont Gilles Deleuze et Felix Guattari dans “Mille Plateaux“, ou Paul Ardenne dans “Un art contextuel“, ou encore plus proche la contamination de Joël Hubaut. »

J’avoue humblement que je ne connais pas ces textes qui, pourtant,  sous-tendent son œuvre. « No comment » sur l’homme et l’artiste. Surtout pas d’essai de classement ! Arrêtons de psychanalyser tous les artistes à tout bout de champ ! Contentons-nous de jouir du « grand œuvre » d’Epi2mik.

Epi2mik est « ailleurs », dans des marges. Respectons l’intimité de sa création. Souvenons-nous qu’il ne peint pas pour nous, public. Il ne dessine pas pour nous ; pour nous vendre « sa production ». Il peint, il dessine pour lui, et lui seul. C’est l’exutoire unique qui le relie à nous. Il peint, il dessine, parce qu’il n’a pas trouvé d’autres solutions pour être au Monde. Il le fait parce que, en faisant, il «va mieux », tout simplement, serais-je tenté de dire. Son œuvre est le seul et fragile pont qui le relie à la société des Hommes.

Comment ne pas être ému par cet artiste qui donne la vie à une œuvre qui lui donne la vie. Ce que nous voyons sous nos yeux, c’est une fenêtre ouverte sur la psyché d’un homme, le reflet authentique d’une intelligence, la trace d’une vie qui passe.

 

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"work in progress"

"Zo0om", long rouleau de plus de 10 mètres de long.

La prolifération organique envahit les murs.

La prolifération, partie du haut de l'escalier, poursuit son chemin.

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24 avril 2018

Le tapis roulant

Elles ont repris leur place derrière leur caisse, les caissières. Le magasin ouvre dans cinq minutes. Elles ont vérifié leur fond de caisse, elles portent leur uniforme avec le logo de la chaîne, leur badge. Tout est en place sauf le cœur qui n’y est pas.

Ce matin, au cours d’une assemblée extraordinaire, le directeur du supermarché a annoncé au personnel que la chaîne cessait ses activités. Il n’y est pour rien, le directeur. La décision vient d’en haut. Astrid n’a pas compris tout de suite qu’elle perdait son emploi. Les mots du directeur étaient emballés comme des pralines. Un beau ruban et du papier doré. Ce n’est qu’en voyant pleurer Liliane, sa plus ancienne collègue, trente- six ans de caisse, qu’Astrid comprit qu’elle n’avait rien compris.

Trente ans qu’elle travaille dans ce supermarché, Astrid. Combien d’articles pointés en trente ans? Elle l’ignore mais sa caisse était toujours juste. C’est sa fierté. Pendant le discours du directeur, Astrid a tenté de croiser son regard mais pas moyen. On dirait que les yeux de cet homme ne veulent voir personne. Il y a trente ans, au moment de l’engager, il lui avait dit qu’elle portait un prénom de Reine. Elle l’avait trouvée très chic, cette remarque.

Au moment de regagner leur poste, les employés ne cachent plus leur colère.

- Ils font pourtant des bénéfices, je ne comprends pas dit Antoine

- Ce sont les actionnaires qui décident. Ils aimeraient gagner encore plus sans rien foutre, lui répond quelqu’un.

Seule derrière sa caisse, Astrid comprend enfin toute l’étendue du drame. Des larmes lui viennent aux yeux. Comment annoncer la nouvelle à Willy ? Et aux enfants ? Astrid est un peu sonnée. A sa gauche, le tapis roulant s’est mis en route. Le premier article scanné est sa maison. Piip ! Un prix s’affiche automatiquement sur l’écran de sa caisse. Ils ne pourront jamais rembourser l’emprunt. Jamais. Ensuite, défilent ses enfants. Piip ! Piip ! Piip ! Elle avait rêvé de les envoyer à l’université mais ce ne sera pas possible. Voilà son mari qui rêvait d’une nouvelle voiture. Piip ! Il va être déçu et puis les projets de vacances qu’il faudra annuler. Piip ! Un prix s’affiche sur la caisse chaque fois que quelqu’un ou quelque chose passe devant le scan. La maison, les études des enfants, la voiture, les vacances : tout est si cher. La vie d’Astrid défile sur le tapis roulant et se perd du côté des sacs en plastique, loin derrière elle. Parce qu’elle a perdu son travail, sa vie s’éloigne d’elle et tous ses projets s’évanouissent, tout s’en va. Paniquée, elle grimpe sur le tapis roulant pour tenter de récupérer quelque chose : ses enfants, son mari sa maison, un bout de sa vie, quelque chose. Un genou, puis l’autre. C’est haut. Enfin, elle atteint enfin le tapis roulant. Piip ! Machinalement, comme elle le fait depuis trente ans, elle regarde le prix affiché sur la caisse : 0,000000 euro. Moins chère que les articles en promotion, moins chère que les têtes de gondole, moins chère que les produits en vente rapide parce que la date de fraîcheur est dépassée. Dans ce magasin, elle ne vaut rien.

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© Serge Goldwicht

20 avril 2018

Dans la cour de récréation politique

Samedi 7 avril                                                       

 Toujours sous le contrôle de la Justice allemande, Carles Puigdemont fait savoir qu’il aimerait retourner en Belgique. Sans doute est-ce là , en dehors de l’Espagne, qu’il compte le plus d’amis en les personnes des nationalistes flamands.

                                                           *

 Les journaux continuent d’évoquer le cinquantième anniversaire des événements de Mai. Le Soir donne la parole à Valérie Piette, professeure à l’Université libre de Bruxelles (ULB) qui développe un propos sur le thème : La libération de la femme n’a pas eu lieu en ’68. L’auteure situe le début des conquêtes féministes à partir de 1969. D’abord, si c’était le cas, ce ne serait, comme d’autres avancées ou changements dans la société, qu’une conséquence directe des événements de 1968. Ensuite, la vérité oblige à préciser que c’est un député gaulliste, le franc-maçon Lucien Neuwirth, et bien entendu avec l’aval du Général, qui fera promulguer la loi sur la contraception orale (pilule) dès le 19 décembre 1967. Comme pour l’interruption volontaire de grossesse défendue par Simone Veil sept ans plus tard, la loi Neuwirth fut adoptée grâce à l’opposition de gauche unanime, tandis que la majorité présidentielle, très contrariée par l’Église catholique (et la pieuse madame Yvonne de Gaulle…), se divisa lors du vote.

Dimanche 8 avril

 Il importe de ne pas instiller trop d’émotion dans les sentiments de nostalgie. Cela conduit à l’état de mélancolie, situation méprisable car trop improductive, stérile. La mise en garde survient de temps en temps après certains petits déjeuners dominicaux, à la lecture du Journal du Dimanche (JDD). Celui de ce matin était propice à la dérive. Anne Sinclair évoque l’exposition des études réalisées par Pablo Picasso en vue de peindre Guernica, la toile emblématique de l’histoire du XXe siècle (3,50 m sur 8 m) achevée en un mois. « En regardant les photos [de Dora Maar], les affiches soutenant le combat des républicains espagnols, dont le drame annonçait celui de toute l’Europe, les références et influences multiples, je songeais à deux citations célèbres de Picasso. Une confidence faite à Malraux : ‘Qu’est-ce qu’il dirait, Goya, s’il voyait Guernica ? Je crois qu’il serait content…’ » Á la page suivante, François Clemenceau commente le dernier livre de Bernard-Henri Lévy que l’on a vu hier soir, égal à lui-même - c’est-à-dire convaincant -  sur le plateau de Ruquier (L’Empire et les cinq rois, éd. Grasset). Clemenceau avait-il dialogué avec Sinclair avant de rédiger son article ? Voilà, en tout cas, comment il le termine, en revenant sur la guerre des Kurdes contre Daesh : « Dans cette guerre d’Espagne-là, on oublie un moment le narcissisme du Tintin occidentaliste de Saint-Germain-des-Prés pour deviner derrière son no pasarán l’angoisse du philosophe, l’admiration pour Malraux, et la fierté brisée du prophète qu’on ne croira pas. » Même Anne Roumanoff, dans sa chronique légère, caresse la fibre émotive. Elle aborde d’un petit trait Mai’68 : « Hier, c’était ‘sous les pavés, la plage’ ; aujourd’hui, c’est ‘hausse de la CSG chômage’. En 68, on rêvait de lendemains meilleurs ; aujourd’hui, c’est l’avenir qui fait un peu peur. » Mais surtout, la sémillante humoriste rend un bel hommage à Jacques Higelin qui se termine par un clin d’œil presque pas allusif : « Monsieur Higelin n’aura pas d’obsèques façon télé-réalité, filmées par les caméras de TF1, on ne verra pas de photos de sa veuve en lunettes noires en train de soigner son chagrin à Saint-Barthélémy sur les couvertures des journaux people. Juste, si on pouvait se souvenir que Monsieur Higelin était un artiste essentiel et inclassable, un de ceux qui nous aident à supporter la vie. » Plus loin, voici un entretien avec David Cronenberg, qui fut honoré lors du gala de clôture du Festival du Film policier de Beaune. Pour le JDD, Stéphanie Belpêche commence tout logiquement par lui demander ce que cet hommage représente pour lui. Réponse du gaillard : « C’est une excuse pour venir en Bourgogne, que je me réjouis de découvrir ! Je veux profiter de la vie et de la nourriture. » La francophilie du lecteur est ébranlée. Ce n’est pas tout. Arrive la chronique de Bernard Pivot. Elle est consacrée aux mémoires de Constantin Costa-Gavras (Va où il est impossible d’aller, titre reprenant un conseil de son père, emprisonné pour ses idées antiroyalistes, éd. du Seuil). Tout est à prendre et à méditer. Certains extraits un peu plus que d’autres, comme l’évocation du trio Costa-Gavras, Montand, Semprun : « Chacun a apporté aux deux autres un supplément de vérité et d’efficacité. Or, ce sont trois hommes venus d’ailleurs, Semprun d’Espagne, Montand d’Italie, Costa de Grèce. Trois ‘métèques’ - ils s’appelaient affectueusement ainsi - […] Qu’est-ce que la Méditerranée a instillé dans l’imaginaire de chacun ? En quoi ces trois Européens différaient-ils dans leur conception de l’Europe ? Lequel était le plus franco-français ? » Pivot s’offre l’approche d’une réponse un peu plus loin : « Deux fois président de la Cinémathèque, il s’est évidemment impliqué dans des comités Théodule pour la vitalité du cinéma… ‘Pour rendre service, pour me sentir partie intégrante de la société française, pour payer une dette envers elle-même, qui m’a tout donné…’ » … Et Pivot ose la ponctuation suprême : « Tsipras lui a proposé le ministère de la Culture. ‘Je l’ai remercié chaleureusement, mais j’étais définitivement retourné à ce que je suis : un cinéaste français’. » La lecture est terminée. Un peu de Trenet en faisant la vaisselle. Mes jeunes années, Douce France, Ménilmontant… Les pupilles s’humidifient, la mélancolie guette… Il est temps de passer à autre chose afin de ne pas désespérer un dimanche de printemps.

                                                           *

En politique, être entendu sans être écouté revient à être incompris ou ignoré. Édouard Philippe, Premier ministre de Macron (il faut le rappeler de temps en temps…), s’exprime dans de nombreux médias en répétant son credo : « Dans la réforme de la SNCF, nous irons  jusqu’au bout »… Mais au bout de quoi ?

                                                           *

 Ah ! Les grands congrès du Parti socialiste des années ’70 et ’80 qui étaient relatés dans tous les journaux télévisés pendant de longues minutes ! On vit même parfois un ou deux relais à micros installés avec assistance technique dans le hall de l’hôtel où étaient descendues les principales personnalités afin de pouvoir les aborder plus aisément. Désormais, c’est à peine si l’on a informé le citoyen qu’un congrès se tenait à Aubervilliers. L’écho de l’Agence France-Presse  s’inscrit bien dans ce changement de couverture médiatique. Le communiqué de l’AFP mentionne en effet que le Premier secrétaire Olivier Faure a prononcé son discours de conclusions pendant une heure et demie « devant plus d’un millier de militants ». Il y avait 1746 sièges à Aubervilliers, quasiment tous occupés pendant ce discours, et deux à trois cents personnes debout. Alors c’est vrai, 2100 ou 2200, c’est « plus de mille », mais pour un parti que l’on dit moribond, c’est quand même étonnant. D’autant que ce dimanche était le 8 avril le plus chaud de l’histoire de la météo. Un temps estival pour ne pas aller s’enfermer dans une salle de balivernes.

  Lundi 9 avril

 Viktor Orbán réélu confortablement à la tête de la Hongrie. Il y a tellement, ça et là dans le monde, tant de chefs d’État nationalistes et/ou conservateurs que le grand chambardement va bientôt pouvoir commencer. Alors, on entendra les thuriféraires panurgiens prononcer les paroles viles du citoyen irresponsable, exprimées si souvent par le peuple allemand dès 1944 : « ce n’est pas ce qu’on voulait… » Ben non…

                                                           *

 Parce que la com’ demeure l’outil de gouvernance essentiel en ces temps de maîtrise médiatique, le premier et principal moyen pour Macron de contrer les grévistes de la SNCF consiste à ne pas leur laisser la vedette dans les journaux et les bulletins d’information audiovisuels. La méthode est enclenchée puisqu’à grands renforts d’images et de déclarations ministérielles (Gérard Collomb, ministre de l’Intérieur, en jouit…) la gendarmerie évacue la ZAD où aurait pu se construire l’aéroport Notre-Dame-des-Landes. Le président s’invite aussi, depuis une école de l’Orne, au Journal télévisé de TF1 jeudi midi et à celui de BFM-TV pendant deux heures dimanche soir. Deux longues prestations télévisées en quatre jours, c’est la preuve qu’il prend la situation au sérieux… Et qu’il la voit implantée pour durer.

                                                           *

 Après s’être donnée pendant cinq ans à un voyou, la France avait besoin d’être gouvernée par un honnête homme. C’est pour cela qu’elle élit François Hollande. Le charisme lui manqua, à lui comme à son Premier ministre Jean-Marc Ayrault. Après avoir joué la brinqueballe avec des frondeurs, il dut constater que le « tout-ça-pour-ça » le plongeait dans un coma imprévu autant qu’inattendu. Le PS voudrait à désormais s’engager dans une résurrection fertile. C’est un vœu imposé par la nécessité. Son nouveau Premier secrétaire est sûrement un honnête homme animé de bonnes intentions. Il a devant lui un chantier immense dont il a mesuré l’ampleur mais qu’il devra désormais affronter concrètement. Cependant, à l’instar de ses anciens chefs, Olivier Faure ne jouit d’aucun charisme. Honnête homme et brave type, sans aucun doute. Mais encore ? Il faut souhaiter que la fonction crée l’organe.  Á lui de se bâtir une personnalité vaillante, valeureuse, mais aussi pugnace et intraitable. Le socialisme est international et toujours pertinent ; les socialistes doivent être dirigés à la bride.

Mardi 10 avril

 Quand l’armée israélienne bombarde la ville syrienne d’Afrin ou la courageuse Bande de Gaza, elle nomme son opération « Branche d’olivier ». Encore un sommet - un de plus - dans le cynisme.

                                                           *

 Á la conférence des évêques de France, Macron est venu clamer qu’il voulait « réparer le lien entre l’Église et l’État », lequel s’est « abîmé ». Quel est cet étrange dessein qui ne peut que lui attirer des ennuis ? Car enfin, avant d’entreprendre les réparations, il conviendrait de réaliser un constat pour définir ce qui est abîmé… Et là, on entre dans un débat interminable qui risquerait d’être violent. Le président vient de diviser plutôt que de rassembler. De deux choses l’une : ou bien on en reste au discours et il en fait trop dans l’art de communiquer, dans le registre de l’effet d’annonce; ou bien il passera de la parole aux actes et il sous-estime la résistance de son peuple aux réformes, surtout quand celles-ci ne sont pas jugées essentielles.

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 Où habite le diable ? Le mois dernier, le pape François nous signale que « l’enfer n’existe pas ». Ce mois-ci, il nous met en garde quant à « l’illusion de penser que Satan n’existe pas ». Bon. D’accord, Satan existe… Mais si l’enfer n’existe pas, où habite-t-il ? Peut-être en chacun de nous…

Mercredi 11 avril

 Marc Zuckerberg, le patron de Facebook, est convoqué par le Congrès étatsunien. Il va devoir justifier des fuites d’informations concernant 87 millions de personnes. Tous les médias en font écho. On comprend que c’est important. Pourquoi ? Parce que le premier élément du commentaire consiste à souligner que le fautif s’était vêtu d’un costume cravate, une tenue très rare chez lui. Il aurait même suivi des cours de séduction pour préparer sa prestation. Le contenu de sa défense ? Hum ! Soigner le contenant d’abord.

                                                           *

 Hier, au 20-heures de France 2, François Hollande n’accomplit pas une bonne prestation pour présenter son livre (Les Leçons du pouvoir, éd. Stock). Il faut dire qu’Anne-Sophie Lapix qui l’interrogeait se comportait davantage en concurrent politique se livrant à un débat face-à-face qu’à une interviouveuse objective. C’est ainsi que l’on conçoit de nos jours le journalisme moderne. Soit. Ce matin, les commentaires sont divers mais les bonnes feuilles que publient L’Obs et l’entretien qu’il accorda au magazine de Jean Daniel révèlent un témoignage d’honnête homme, qui a dirigé son pays correctement, et qui n’a pas à rougir de son bilan. Il dévoile aussi un comportement assez ambigu de la part d’Emmanuel Macron. D’autres prestations vont suivre. D’autres commentaires aussi.

                                                           *

 Le jardin secret du pape François serait intéressant à inventer en se laissant inspirer par certaines de ses réflexions et ce qui les motive. Ainsi, on l’imaginerait bien creuser Cioran dans son intimité, et bien des aphorismes du sceptique roumain lui bâtiraient des interrogations. Celle-ci par exemple : « Quel dommage que pour aller à Dieu, il faille passer par la foi ! »

Jeudi 12 avril

 Si la Russie a vraiment pu intervenir dans la campagne présidentielle américaine afin de faire élire Donald Trump, Poutine aura réussi là le coup le plus fumant de sa carrière. Donald se comporte avec Vladimir comme dans une grande cour de récréation. Ce ne serait que consternant si la grande cour de récréation n’était pas elle-même la planète entière.

                                                           *

 Macron dans une classe d’école campagnarde pour répondre aux questions de Jean-Pierre Pernaut au JT de 13 heures sur TF1. Ici, la cour de récréation, c’est la France. Le choix du lieu est grotesque, il répond encore à une initiative de communication originale. Si le président décide de parler à ses concitoyens depuis un petit village de campagne pour démontrer son attachement à la ruralité, il dispose partout d’au moins un établissement officiel au fronton duquel est écrit Liberté – Égalité – Fraternité. Cela s’appelle une Maison communale. C’est une représentation concrète de la République. Il n’a pas choisi l’église du village, c’est déjà un réconfort. Qu’on se le dise…

Vendredi 13 avril

 « Russie, prépare-toi ! Nos missiles arrivent ! » Le twitte de Trump est, comme souvent, imbécile mais il ne doit pas être pris uniquement par la risée. Le président des Etats-Unis en a trop dit. Maintenant, son état-major ne peut plus reculer. S’abstenir, ce serait rendre le cri de Donald plus ridicule encore. Il y aura donc des frappes. Incessamment. Le temps de prévenir discrètement Poutine qui, après tout, n’y est peut-être pas si défavorable. Depuis longtemps déjà, on sait qu’il ne veut pas perdre son implantation en Syrie, la seule pour lui dans la zone, mais on sait aussi que Bachar al-Assad est quand même un poids pour lui, un sérieux boulet.

Samedi 14 avril

  Nécessité fait loi. Il était plus que temps que l’Occident intervienne en Syrie. Le recul de Barack Obama en août 2013 alors que François Hollande avait donné le signal restera comme une faute - ou à tout le moins une erreur - à inscrire dans le bilan de ses huit années à la Maison-Blanche. Quatre ans et demi ont passé ; l’Iran s’est affranchi et Poutine surplombe le conflit. Cela dit, Trump, May et Macron possèdent chacun de bonnes raisons de politique intérieure pour affirmer leur autorité autant que faire preuve de fermeté. Ils ont bien fait de frapper en se limitant à l’objectif précis de détruire les fabrications d’armes chimiques et en laissant à leur état-major le soin de signaler que l’opération est terminée. La fièvre retombe tandis que Poutine surplombe toujours le conflit.

                                                           *

  La plupart des chroniqueurs évoquant  la mort de Miloš Forman mettent en exergue parmi ses œuvres principales Vol au-dessus d’un nid de coucou et Hair ou Ragtime. Il ne faudrait pas oublier les films où l’art prend une place majeure, comme Valmont et surtout Amadeus qui restera peut-être comme son chef-d’œuvre. Ces belles histoires démontrent aussi à quel point il pouvait entrer dans des monuments littéraires ou musicaux en se les appropriant pour les narrer de nouveau, mais à sa manière. Et puisque le 50e anniversaire des événements de Mai remplit les magazines et les gazettes, il serait bien de rappeler aussi que Forman figurait, avec Vaclav Havel, parmi les acteurs principaux du Printemps de Prague. Un théâtreux et un cinéaste pour faire tomber la forteresse soviétique, c’était un fameux symbole …

                                                           *

  Chaque jour qu’Allah fait, une femme révèle avoir été abusée par Tariq Ramadan. On a l’impression que ce chantre de l’islam s’est offert 72 femmes contre leur gré. Pas des vierges cependant.

Dimanche 15 avril

 François Hollande continue de fréquenter les plateaux de radio et de télévision afin de présenter son livre. Le voici sur FR3-Aquitaine. Les journalistes de service lui demandent s’il est toujours socialiste. L’homme paraît un peu interloqué (mais gageons que c’est une mise en scène) et répond affirmativement, soulignant que c’est l’engagement d’une vie. L’interviouveur renchérit : « Ne vous sentez-vous pas dès lors un peu ringard ? » Et Hollande est cette fois contraint de développer, de démontrer que le socialisme n’est pas mort… Et que d’ailleurs… Suit une énumération des caractéristiques du monde en marche et des sujets qui nécessiteront une optique et une analyse exigeant des solutions inspirées par le socialisme. La prestation fait événement. Le scoupe : Hollande est toujours socialiste ! On avait déjà connu ce genre de réactions sous François Mitterrand. Pauvres plumitifs !...

                                                           *

 Si les artistes sont parfois prophètes, les humoristes comme les caricaturistes, en amplifiant certains traits, révèlent souvent une personnalité. Dans le Journal du Dimanche (JDD), Anne Roumanoff fait parler Emmanuel Macron au cours d’en entretien imaginaire. Celui-ci se termine ainsi : « Séduire les Français ? Non, mais les étourdir, oui. Je ne suis peut-être pas un grand président, mais je suis un excellent communicant.

 

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