semaine 13

Charleroi: les défenseurs du HF4 tirent le signal d'alarme

Chemins de traverse par Marcel Leroy, le 28 février 2019

La silhouette du dernier haut-fourneau complet de Wallonie (à gauche sur la photo) fait partie du décor carolo. Des travaux en cours risqueraient de vider la structure de son précieux mécanisme, accuse le Collectif citoyen. Photo © Marcel Leroy

Rosa, Luigi, Gérard. Réunis à la Maison des 8 Heures, ces piliers du Collectif citoyen exigent la mise en place du groupe de travail qui imaginera l'avenir du HF4, avant qu'il ne soit trop tard. Photo © Marcel Leroy

A Charleroi, les membres du Collectif citoyen et d'anciens sidérurgistes qui défendent la sauvegarde intégrale du HF4 de Carsid - le dernier haut-fourneau encore complet de Wallonie- craignent que des dégâts irréversibles mettent à mal de manière définitive cette cathédrale de feu. En cause, des travaux actuels et qui ne respecteraient pas le permis d'urbanisme délivré sous conditions. Notamment celle de respecter des éléments de la "mécanique" de cet outil à l'arrêt depuis plus de dix ans désormais. Dans l'urgence, les membres du collectif en appellent à la vigilance des autorités wallonnes. Ce ne serait pas la première fois qu'une opération mal interprétée, une fois le point de non-retour franchi, se solde par un mea cupa assorti d'un désolé, "On ne savait pas".

D'où la mise en garde répercutée par le député wallon Paul Furlan, en date de ce jeudi 28 février, sous forme d'une question écrite adressée au ministre Carlo Di Antonio. Déjà, le 12 février, au parlement, Furlan évoquait l'éventualité du non-respect du permis d'urbanisme délivré pour le HF4. Le ministre, dans sa réponse, a rassuré. Selon le contrôle effectué le 11 février,  les conditions du permis délivré le 19 avril 2017 sont respectées. Ouf? Pas pour les ingénieurs et techniciens du collectif, qui connaissent le haut fourneau par coeur et  accusent. Après avoir démantelé certains éléments, il serait impossible de préserver le monument de manière intelligente. 

Relayant les observations des spécialistes du collectif , le député demande au ministre de ne pas répondre que des ouvertures pratiquées dans la structure peuvent être ressoudées, que certains éléments non visibles - car situés dans la cuve-, peuvent en être retirés; que certains éléments prélevés pour empêcher des vols pourront être remis en place. Techniquement, ce serait plus que compliqué à réaliser. En conclusion de son intervention, Paul Furlan attend des preuves formelles du respect de la totalité du HF4. Il demande l'organisation d'une visite sur place en compagnie des spécialistes du collectif citoyen. Qui, mieux que ces personnes engagées dans un mouvement citoyen, serait en mesure de vérifier le respect du permis? L'ingénieur qui a conçu et construit le HF4 fait partie de cette équipe plus qu'inquiète.

Il faut savoir qu'en apparence, tout le monde (la Ville de Charleroi, la Région wallonne, les citoyens impliqués...) s'accorde à vouloir faire du HF4 un lieu de mémoire, de réflexion et d'action. Comme le Grand-Hornu dans le Borinage, le Bois du Cazier à Marcinelle et le Bois-du-Luc à La Louvière sont des patrimoines reconnus par l'Unesco, le HF4 devra jouer un rôle de témoin. Cependant, pour les militants du HF4, ne conserver qu'une coquille vide serait comme d'acheter une voiture sans moteur. Sans ses entrailles, le haut-fourneau ne pourrait servir à expliquer comment on produit de la fonte. Or, comme les charbonnages et les verreries, la sidérurgie a servi de base à une culture pétrie de technique et de conscience sociale, propre aux régions de tradition industrielle. En Allemagne et en France, ce principe a préservé un patrimoine qui, en Wallonie, pourrait s'effacer du paysage, si on n'y prête garde, si on ne s'engage pas à fond, avec des moyens.

Aussi les membres du collectif citoyen carolo réclament-ils, au plus vite, l'organisation du groupe de travail dont le principe a été admis lors du conseil communal réuni à Charleroi le lundi 3 septembre. Devant l'assemblée,  Rosa, ancienne secrétaire de direction de l'usine sidérurgique, se fit la porte-parole des 6000 signataires de la pétition qui poursuit sa route, comme la marche aux flambeaux de la fin du mois de novembre.  Faisant suite aux travaux de la commission qui avait conclu à l'interêt de sauver le HF4, ce groupe de travail, non limité dans le temps, réunira des gens décidés, compétents, libres de toutes entraves, convaincus de la nécessité de faire du HF4 complet un élément du futur de la ville qui se redessine progressivement. Une manière de contrer le déclin entamé en 1973, lors de la première crise du pétrole, et qui jamais ne s'est interrompu, malgré les efforts déployés. La chute de Caterpillar en a récemment témoigné.  

 

      

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