semaine 26

Joseph Chatelain, un peintre hors-cadre à Thuin

Chemins de traverse par Marcel Leroy, le 17 janvier 2019

Ce samedi 19 janvier, à la Maison de la Culture de Thuin, Joseph Chatelain invite tous ceux que déconstruire le visible passionne, à en discuter lors de l'atelier qui se déroulera au Centre culturel. Photo ML.

Sur les murs neige de la vieille maison thudinienne vouée à la culture, les toiles de Joseph Châtelain se découpent comme des fenêtres qu'ouvrent une rafale de vent. Là, on se laisse voguer vers des paysages qu'il faut peut-être puiser dans sa propre géographie. L'artiste démonte les cadres, descend sous la surface des choses, pour filtrer des émotions chargées de méditation et nappées d'humour. Devant une peinture en acrylique brossée sur un support de toile transatlantique - ainsi les fauteuils de jardin -, l'oeil s'accroche à un éclat de bleu - cobalt? acier? Océan?-  émergeant d'un nuage aux stries de plomb fondu, porté par un blizzard surgi de nulle part. Sinon de la caboche de cet ancien étudiant en peinture de Jo Delahaut, à La Cambre, qui, un temps, s'avéra un honnête photographe de l'humain. Réaliste. Complice des marcheurs de l'Entre-Sambre-et-Meuse, des gilles et des musiciens qui, au son des tambours, entraînent les gens dans la ronde des nuits pour effacer les injustices. 

Il faut passer une minute ou deux devant les oeuvres de Chatelain pour distinguer les couches qui les structurent, ajustent des fragrances révélées dans la lumière en aplats, inserts, trames, coutures, liserés, dentelés. D'où une sorte d'équilibre fragile, qui, avec le recul, miroite de lumières et d'ombres qui dansent la java bleue, sans doute. Oui. Bleue. Blues. Aux fulgurances rouges, comme la contestation de l'ordre trop uniforme. Joseph aime le jazz, les fanfares, la musique classique, ces éphémères tailles dans le temps où les cordes, les cuivres, les violons et les accordéons se libèrent, égaux, en faisant se lever le public qui échappe à sa pesanteur pour un voyage dans les marges.

Quelle lubie prend donc le scribouillard, qui s'imaginerait comprendre la démarche du Thudinien avec son charabia? Partager, disons, avec ses concitoyens et d'autres, venus d'au-delà de la Haute Sambre, le petit bonheur de se planter devant une toile, de s'y aventurer et de discuter le coup sur ce qu'il voit par la fenêtre, ainsi en train, avec son  voisin ou sa voisine, entre Hourpes et Landelies. Invité à dire un mot pour inaugurer l'expo, l'artiste confia n'avoir rien d'autre à dire que ce qui est peint sur les toiles accrochées aux murs de la vieille demeure. Tout le monde a pigé. "Si je peins, c'est pour ne pas parler" feint de s'excuser Joseph, qui a plus d'un  tour dans son sac de voyage.  

Pourtant, si l'on cherche une clé, peut-être faut-il reprendre la lecture du texte de Marc Pierret glissé dans l'invitation. A la fin, voici ce qui est quasi chuchoté par ce compagnon de route de Chatelain: "Cette toile où rien ne se passe, tendue entre ses quatre coins, est sourde. L'oeuvre se retrouve orpheline de signification. Elle se contente d'être, en disant "Je suis", "'Je suis indifférente à tout, j'ai tout détruit, j'ai tout oublié", véritable prodige de l'amnésie."

 

Jusqu'au 1er février,au  Centre culturel de Thuin Haute Sambre, rue des Nobles, 32, 6530 Thuin. "Peinture", une expo de Joseph Chatelain.      

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