semaine 48

Silence

Une édition originale par Thierry Robberecht, le 19 novembre 2020

Le silence l’a réveillé, un silence inhabituel dans un quartier où les trams, les bus et les coups de klaxon sont nombreux. En se levant, il jette un œil à la fenêtre. Personne. Pas de voiture, pas de passant, rien. La radio est étrangement silencieuse, elle aussi. Une grève ou un problème avec internet, rien de grave. Comme un automate, machinalement, il se prépare à sortir. Pourquoi sortir s’il n’ y a personne dans les rues ? Pour s’alimenter ? Remplir son réfrigérateur ? Les magasins ne sont probablement pas ouverts mais l’hibernation n’étant pas inscrite dans ses gênes, il décide de sortir de sa grotte. Echanger quelques phrases avec un passant, n’importe qui, lui ferait du bien. Des mots tels que : « Il fait beau aujourd’hui. En effet, mais on annonce de la pluie » seraient suffisants. Devant son immeuble, pas un humain avec qui parler de la pluie et du beau temps mais une dizaine de rats qui déchiquètent un pigeon. Sa peur des rats l’empêche de faire un pas de plus mais, heureusement, une bande de chats domestiques met les rats en fuite pour terminer le festin. Dans la rue, des petits chiens à leur mémère avec leur laisse mais sans leur maîtresse lui montrent leurs crocs. Il accélère. Même le SDF du coin de la rue a disparu, seul personnage du quartier comme point de repère avec qui, comme tout le monde, il se débarrasse de sa monnaie. Où sont passés les gens ? Disparus à cause du covid, du changement climatique ou de l’incertitude des élections américaines ? Est-ce un effet de sa solitude ou l’humain aurait définitivement disparu de la surface de la terre ? Il poursuit sa route à travers le silence de la ville, épais comme le gras du jambon. Soudain, des oiseaux déchirent le silence en s’attaquant à lui, Iiiik ! Iiiik ! Iiiik ! des dizaines de perruches vertes sorties de leur cage et des appartements où elles étaient enfermées : Elles attaquent son visage à coups de bec violents. Un oiseau lui crève les yeux, la douleur est terrible. Aveuglé, il fait quelques pas dans le noir Le sang jaillit de ses orbites qui ressemblent à des puits. Juste avant de mourir, il a le temps de penser que ce n’est pas nouveau. Il est aveugle depuis bien longtemps. Aveugle sur sa solitude, son avenir, le sort du monde, le sens de la vie et sur les gens de son espèce. Il meurt là, seul, sur le trottoir. A l’horizon, personne, pas un chat.

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Commentaires

Portrait de Bernard Dutrieux
Hé bé! Voilà qui nous relève le moral...
Portrait de Thierry Robberecht
Désolé, Bernard. Je subis comme tout le monde.
Portrait de Daniel
J'aime bien Thierry, il y a comme du western dans ton texte...

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