semaine 46

Alix et Jacques Martin à travers l’histoire

Zooms curieux par Gabrielle Lefèvre, le 08 septembre 2018

La couverture du premier album de Jacques Martin, une édition de 1956, abîmée par la maladresse de très jeunes lecteurs !

Il caracole à travers le monde antique, toujours intrépide, toujours prêt à secourir les victimes de violences guerrières de toutes les armées qui s’affrontaient dans et autour de l’empire romain. Alix le gaulois est né sous le crayon de Jacques Martin, cet auteur cornaqué à ses débuts par Hergé et qui se lança dans le genre de la BD historique dont il fut un pionnier et un des plus extraordinaires créateurs. Sa première BD, « Alix l’intrépide » fut publiée par le Lombard en 1948. Après quelques albums, il passa chez Casterman où sa carrière fut très longue et variée. Alix, éternel jeune homme fougueux, fête donc ses 70 ans. Il a  été choisi pour être le héraut de la Fête de la BD 2018 qui se tiendra du 14 au 16 septembre dans le centre de Bruxelles.

Jacques Martin, un français devenu symbole de la BD belge, décédé en 2010, a sans conteste donné le goût de l’histoire à des millions d’enfants et de jeunes. Il a offert un solide coup de main aux professeurs d’histoire qui illustraient leurs cours avec les aventures d’Alix et même aux scientifiques, ravis de voir se populariser une belle vulgarisation des connaissances sur le monde antique.

Pas étonnant que le Musée royal d’Art et d’Histoire accueille à cette occasion une exposition retraçant l’art de ce précurseur de la BD historique et dessinateur méticuleux en même temps qu’excellent raconteur d’histoire.

C’est précisément au Musée d’Art et d’histoire que j’ai eu l’occasion d’interviewer longuement Jacques Martin, pour La Cité, en juin 1980, à l’occasion d’une magnifique exposition « Petra », capitale du mystérieux royaume des Nabatéens, une centaine d’année avant notre ère. Là, il nous expliquait sa relation avec le monde des enseignants et des historiens : « Il me faut énormément de documentation avant de me mettre à broder mon histoire. Sinon, les archéologues et historiens réagissent et m’écrivent des lettres dénonçant mes erreurs. Or, il faut être indulgent pour mon « Sphinx d’Or », à l’époque je n’avais pas beaucoup de documentation, il me fallait emprunter des livres. Pour vous donner un exemple, je voulais faire quelque chose sur le Royaume de Saba. J’ai étudié ce que j’ai pu trouver à Louvain-la-Neuve et à l’ULB mais il n’y avait rien sur les costumes, l’architecture, à part quelques traces. Le Yémen est fantastique mais cela ne suffit pas pour une aventure complète d’Alix. J’ai dû abandonner ce projet. Ce qui me console, c’est que je fais moins d’erreurs que les cinéastes lorsqu’il s’agit de reconstitutions historiques. »

Tout Jacques Martin est là : humour et humilité en même temps, érudition et simplicité : « Les Grecs ont inventé tous les systèmes politiques, ils avaient un acquis extraordinaire mais ils n’en ont pas profité car leur société était basée sur l’esclavage. Regardez ce qu’ils ont inventé au point de vue scientifique… et le peu qu’ils en ont fait (NDLR : cela est bien illustré dans « L’Ile maudite »). Ce n’était pas nécessaire pour leur survie. D’autre part, ils étaient raffinés dans leur art, coquets et parfumés… mais ils ne se lavaient pas. En fait, ils étaient sales et se parfumaient pour couvrir les odeurs. Les Romains étaient plus propres : souvenez-vous de l’importance des thermes. Notre dix-septième siècle aussi était raffiné et puant : pas la moindre hygiène mais des soieries et des rubans. »

De petites histoires pour réconcilier les plus jeunes avec l’Histoire !  

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https://visit.brussels/fr/sites/comicsfestival/m_article/expositions-alix-l-art-de-jacques-martin

 

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