semaine 12

Bruxelles : l’iris refleurira

Zooms curieux par Gabrielle Lefèvre, le 03 janvier 2019

L'iris, fleur symbole des marais... et de la Région bruxelloise. Photo © D.R.

Symbole de la région bruxelloise, la fleur d’iris rappelle son origine : un village en bord de Senne, quelque part entre le VIIème et le IXème siècle, puis une ville, les fondations dans l’eau des marais, cadre naturel idéal pour la fleur d’iris jaune et bleue. La ville est devenue grande et la Senne a été enterrée pour raisons prophylactiques : les épidémies de choléra étaient trop fréquentes et meurtrières au XIXème siècle. La Senne coule toujours, incognito, du sud-ouest au nord-est. On l’évoque quelque peu à Saint-Géry, cœur historique de la ville. Mais vous pouvez l’admirer au naturel avec ses iris et autres plantations de bord de rivière, du côté de Schaerbeek (près du pont van Praet) et à Anderlecht (près de l’écluse).  Les poissons habitent à nouveau son eau purifiée grâce aux stations de traitement des eaux usées.

La Senne n’a que 103 km, de Naast près de Soignies jusqu’à la Dyle, au Zennegat près de Malines, mais elle représente symboliquement la Belgique puisqu’elle relie les trois régions et le grand Bruxelles, cette métropole qui s’étend bien au-delà de 19 communes, centre économique, politique de la Belgique, cœur de l’Europe et melting pot de populations qui y cohabitent en ce croisement routier européen et ce depuis l’occupation romaine et ses chaussées préfigurant les autoroutes actuelles.  

Un casse-tête régional et communautaire

Donc, la Senne est un bel exemple du casse-tête que représente l’aménagement du territoire d’une ville capitale de la Belgique, de l’Europe et métropole qui gêne les plans séparatistes de certains dans la partie nord du pays. La NVA n’annonce-telle, en guise de vœux de bonne année 2019, que la République flamande sera sur pied en 2028. Que deviendra Bruxelles, déjà capitale de la Flandre ?  

Cette ambition séparatiste complique singulièrement les tractations indispensables entre régions afin de prévoir le développement de la ville. Le transport automobile et routier, principalement, doit impérativement être régulé si l’on veut maîtriser les effets néfastes sur l’environnement de l’accroissement du trafic. C’est un des principaux objectifs du PRDD (Plan régional de développement durable, dont nous avons parlé ici) (1). Cependant, la Flandre refuse de discuter de l’élargissement de la partie du ring traversant son territoire. Il est indispensable que les habitants et navetteurs, puissent bénéficier d’une meilleure offre de transports publics mais on n’arrive pas à instaurer une carte unique pour les trams, bus et chemins de fer sur le territoire bruxellois. Le RER est terminé côté flamand mais traîne en longueur côté Wallonie-Bruxelles faute de moyens financiers du fédéral. Des projets de grands centres commerciaux se catapultent à quelques km de distance mais de part et d’autre de la frontière linguistique. Pitoyable !

On se dispute aussi sur de possibles emplacements de parkings de dissuasion et sur les autres formules visant à diminuer l’entrée des voitures dans Bruxelles comme les péages ou une taxe au km mais "intelligente".

Enfin, Bruxelles est une ville internationale et doit le rester pour améliorer son attractivité économique. L’Etat doit donc investir dans les gares, dans les musées fédéraux, les palais de Justice, les conservatoires, les prisons… Or, que voit-on ? Il pleut dans les musées, le conservatoire de musique n’arrête pas de se déglinguer, le palais de Justice ne tient debout que dans ses échafaudages et quantité de misères plus ou moins cachées à cause de l’incurie de la Régie des bâtiments de l’Etat. 

En bref, l’idée métropolitaine est en péril. Et l’on nous dit que la plateforme de concertation entre la Flandre, Bruxelles et la Wallonie n’est plus qu’une coquille vide.

Urgence d’une politique sociale du logement

Par contre, le PRDD rencontre les souhaits de tous ceux qui rêvent d’une ville où il fait bon vivre, où l’on trouve des espaces publics agréables et surs, des espaces verts, des promenades vertes, des pistes cyclables sécurisées, des services à proximité des lieux d’habitation, de meilleurs équilibres entre communes riches et moins riches notamment en accueil de populations plus défavorisées dans des logements sociaux…

Sauf que, là, les difficultés surgissent aussi car les bourgmestres des communes les plus riches sont confrontés au phénomène « nimby » : leurs habitants ne veulent pas de « ces gens » près de chez eux. Cela accentue le phénomène de concentration de logements sociaux dans le centre-ville, à Molenbeek et Anderlecht notamment. La priorité étant actuellement à la rénovation des logements les plus anciens, l’offre ne s’accroît que lentement. Un des grands freins à une politique sociale de logements est l’absence de maîtrise du foncier et des coûts des loyers. On constate que dans les zones bien rénovées, verdurisées, piétonnes, équipées selon les souhaits des habitants, les prix des loyers explosent et provoquent une gentrification des quartiers autrefois populaires et pauvres. On attend donc des gestionnaires de la Région et des communes bruxelloises une politique plus innovante en terme de coût des logements. C’est la mixité socio-économique des habitants qui a fait le charme plus pacifique de Bruxelles et nous a évité les ghettos de banlieues à la française et leur inimaginable violence.

Cette violence urbaine pourrait se développer si les inégalités s’accroissent. Il n’est pas normal que des familles soient obligées de quitter la ville, où pourtant les parents travaillent, à cause des prix trop élevés du loyer. Il n’est pas normal que des populations plus précarisées paient plus de charges que de loyer à cause de la vétusté des logements mal entretenus par leurs propriétaires qui demandent pourtant un loyer exagéré. 

La politique du logement n’est pas l’affaire du PRDD. L’urbanisme offre de fantastiques possibilités pour que se déploient des politiques sociales. Encore faut-il que la Région les mette en œuvre et l’on sait que les blocages sont énormes. On n’égratigne pas trop la propriété privée alors que des décisions ont été prises depuis longtemps visant à obliger les propriétaires défaillants à remettre des logements sur le marché de la location, à les obliger à rénover pour qu’ils ne soient pas insalubres et qu’ils soient moins énergivores, il y a la croissance continue des agences immobilières sociales, il y a la transformation d’immeubles de bureaux en logements, etc. Mais tout cela ne suffit pas à assurer une offre de logements décents à des prix abordables pour tous. Depuis 2017, existe Bruxelles Logement (2) censé permettre l’accès à tous à un logement de qualité et qui s’occupe – entre autres- des allocations logement et de la lutte contre les logements inoccupés. La tâche est énorme.  Pour s’en rendre compte, visitez le site du Rassemblement bruxellois pour le droit à l’habitat ! (3)

Les nouvelles administrations de la planification urbaine

Il y aura encore de longues discussions entre pouvoirs publics locaux et régionaux pour mettre en œuvre les objectifs du PRDD. Mais c’est bien le génie des Belges : ils aboutissent toujours à des solutions de compromis malgré l’inextricable complexité des institutions et administrations. En ce sens, la Région bruxelloise est un chef- d‘œuvre du genre. Démonstration donnée par le BRAL, mouvement urbain pour Bruxelles, dans sa publication « BXL Plant II. Défis et changements dans la planification ». (4) On y détaille la fusion des organismes publics chargés des études et de la planification urbaine en 2016, qui a donné naissance à « Perspective Brussels », le bureau bruxellois de la planification, celui qui a piloté avec brio le PRDD. (5)

 Pour mettre en œuvre ces plans, on a créé la Société d’aménagement urbain (SAU). Les deux forment la Plateforme Territoriale et devaient se trouver initialement dans un même immeuble. Mais non, ils se trouvent dans la même rue, donc pas trop loin l’un de l’autre. BRAL craint cependant que la gestion des projets ne se fasse pas de manière très cohérente entre ces deux organismes et propose que les projets ne soient pas suivis par des « responsables de projets » mais bien par des « intendants » qui se situeraient au centre de la toile d’araignée de la décision de planification englobant Perspective et la SAU mais aussi la totalité des services et structures nécessaires pour développer une ville ou un quartier. Parmi eux, évidemment, Bruxelles Environnement et Bruxelles Mobilité.

BRAL craint aussi que tous les ministres du gouvernement régional ne soient pas embarqués dans cet attelage tout au long du développement de projets complexes qui devraient être les projets de tous. BRAL suggère donc de redynamiser le Comité régional pour le développement territorial (CRDT) chargé de la bonne collaboration entre les administrations chargées de la planification territoriale. On y retrouve Perspective Brussels, Bruxelles Environnement, Bruxelles Mobilité, la STIB, Bruxelles Propreté et Urban Brussels (le petit nouveau de cette lasagne institutionnelle et qui est chargé depuis 2017 des permis et études d’incidence, de la protection du patrimoine et de la rénovation urbaine) et Bruxelles Logement.

Tout est en place pour une politique de collaboration… Sans y oublier les représentants des communes ! Les élections de 2019 seront l’occasion de dresser un premier bilan du fonctionnement régional en matière de planification territoriale.

La coopération de tous, pouvoirs publics et habitants, est indispensable si l’on veut mettre en œuvre les objectifs visionnaires du PRDD et une citoyenneté moderne. On espère ne pas devoir attendre, pour cela, que l’iris fleurisse à nouveau en bord de Senne au centre de Bruxelles.

1) http://www.entreleslignes.be/humeurs/zooms-curieux/bruxelles-sera-belle

2) https://logement.brussels/qui-fait-quoi/que-fait-la-region/bruxelles-logement

3) http://www.rbdh-bbrow.be/?lang=fr

4) www.bral.brussels

5) http://perspective.brussels/fr

Colloque : A qui appartient Bruxelles ?
Pour des politiques de logement anti-spéculatives

Le Rassemblement bruxellois pour le droit à l’habitat (RBDH) organise le 30 janvier 2019 une journée de réflexion sur notre façon de gérer le sol et d’habiter la ville. On y cherchera un souffle d’inspiration pour rendre le logement accessible à toutes et tous durablement.

Toutes les informations sur : http://www.rbdh-bbrow.be/spip.php?article1921

 

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