semaine 47

IVG : une bulle d’émotions

Zooms curieux par Gabrielle Lefèvre, le 29 septembre 2021

La bulle IVG : les confidences au creux de l‘oreille. Photo © Gabrielle Lefèvre

Une bulle en tulle, des mots qui volent, se disent, s’impriment sur ce voile blanc, blanc comme une robe de mariée, blanc comme les rideaux qui filtrent la lumière, blanc comme des linceuls pour les cauchemars, les drames, les violences et les souffrances de tant de femmes qui ont dû se résoudre à l’IVG.

IVG, comme interruption volontaire de grossesse. IVG comme Intime Vulnérabilité Gynécologique : pour la première fois en dehors des romans, des reportages, des films d’auteurs nous pouvons entendre, résonner, vibrer les mots de ces femmes et de ces hommes qui ont vécu des IVG :

  • « je me suis dit, je ne vais jamais savoir choisir. »
  • « cette chose dans le ventre je voulais m’en débarrasser »
  • « je désire un enfant qui soit à 100% voulu dans ce monde »

Et ces mots qui tentent de cerner l’infinie complexité des situations vécues par les femmes : culpabilité, décision, horloge biologique, refus, gynécologue, contraception, curetage, douleur, soulagement, les lois, l’exclusion, le couple….

  • « pourquoi je me sens comme si je devais me justifier moi-même ? »

Dans la bulle, quatre sièges, quatre écouteurs et l’on entend au creux de l’oreille ces confidences murmurées, racontées, expliquées par celles qui ont vécu ces moments ; parmi elles, une adorable dame de 90 ans qui raconte le temps des « salopes », la tentative de rester digne face à l’opprobre généralisée blessant les femmes qui avortaient parce que trop seules, trop pauvres, trop jeunes, violentées. Et cela dans des conditions abominables jusqu’à ce qu’arrivent des médecins comme le Dr. Peers, accoucheur sensible à la détresse de ces femmes.

Quel combat politique, judiciaire, sociétal s’ensuivit! Et vint le droit à l’avortement.

Une deuxième bulle accueille les petits mots, les témoignages, les dessins, dans toutes les couleurs de la solidarité humaine.

Lors de l’inauguration de cette performance culturelle « IVG Intime Vulnérabilité Psychologique », Anne Delbaere, directrice du service de gynécologie-obstétrique à Erasme rappela le rôle essentiel de l’ULB dans le combat pour le droit des femmes à disposer de leur corps, et l’action de ces nombreux médecins engagés dans la contraception et l’avortement.

Des victoires qui sont loin d’être acquises puisqu’en ces temps incertains à de nombreux points de vue, les partis et mouvements populistes et d’extrême droite regagnent du terrain dans les opinions publiques et combattent le droit à l’avortement avec de plus en plus de succès en Europe notamment. Sylvie Lausberg, présidente du Conseil des Femmes francophones et directrice Etudes & Stratégies au CAL, avertit : il reste encore des conditions très pénalisantes dans notre loi, il nous faut la changer mais les partis chrétiens, les extrémistes comme la NVA et le Vlaams Belang bloquent ces améliorations ; or, ils représentent environ un tiers de nos parlementaires. Il nous faut donc travailler aussi sur le plan culturel afin de faire évoluer les mentalités. C’est bien le but de cette performance culturelle qui, pour la première fois, exprime la parole des femmes elles-mêmes.

Car les femmes ont droit à la parole, elles se racontent, elles partagent, ainsi elles sortent de l’isolement, du secret et de la honte, raconte Pascal Graulus, psychologue clinicien à Aimer à l’ULB, ce centre de planning familial pionnier en la matière.

Avec cette installation sonore et plastique, Serena Galante et Caroline Kempeneers invitent, en deux bulles textiles et quelques panneaux, les étudiants, les professionnels de la santé, les jeunes, les anciens à entrer dans ce « récit choral qui plonge les visiteurs dans un univers intime et fragile », ainsi qu’elles l’écrivent.

Une expérience émouvante à vivre, à partager, à écrire avec toutes les couleurs des émotions.

  • L’exposition organisée par le Centre d’Action Laïque avec le soutien de la Faculté de médecine de l’ULB et le Planning familial Aimer à l’ULB, est visible jusqu’au 14 octobre 2021 sur le campus Erasme, dans le grand hall du bâtiment J.

Avortement : un droit dans toute l’Europe

Alors que l’ULB était pionnière en matière de droit à l’avortement, les fondateurs du planning familial aidaient des femmes en détresse à se faire avorter en Pologne, en régime communiste à cette époque. Paradoxe de l’histoire, à présent l’avortement a été quasi interdit en Pologne soumise à des dirigeants d’extrême droite catholique. Les femmes polonaises qui en ont les moyens sont contraintes d’aller chercher une solution à l’étranger, les autres courent tous les risques des avortements clandestins.

Le 28 septembre est la Journée mondiale de lutte pour le droit à l’avortement. Voilà pourquoi le vernissage de cette exposition (ci-dessus) a eu lieu à cette même date. L’occasion de rappeler l’état de la lutte pour ce droit en Europe, une analyse effectuée par la plate-forme Abortion Right qui résume en une carte de l’Europe les diverses politiques menées par les Etats européens. A lire ici : http://www.abortionright.eu/2021/09/28/journee-mondiale-de-lutte-pour-le-droit-a-lavortement-la-belgique-doit-prendre-en-compte-toutes-les-femmes/

Abortion Right demande donc que l’Union européenne incite ses membres à décriminaliser l’interruption volontaire de grossesse pour en faire un droit fondamental des femmes à la santé et à l’autodétermination.

Hors d’Europe, la bataille pour le droit à l’avortement fait rage, notamment aux Etats-Unis où les milieux ultra conservateurs ont conquis la Cour suprême qui valide des lois anti avortement. Il faut faire un pas de plus vers l’inclusion du droit à l’avortement dans notre corpus juridique, demande la philosophe et féministe Martine Storti : « Et le moment est venu non seulement de le faire entrer dans la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne – ce qui n’est pas encore le cas - mais aussi de reconnaitre les droits sexuels et reproductifs pour ce qu’ils sont, c’est-à-dire des droits humains et donc les inclure explicitement dans la définition de l’Etat de droit qui est l’une des valeurs fondatrices de l’Union européenne (…) » A lire ici :

https://blogs.mediapart.fr/martinestorti/blog/130921/le-droit-l-avortement-doit-entrer-dans-la-definition-de-l-etat-de-droit

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