semaine 29

Ne tirez plus sur les journalistes !

Zooms curieux par Gabrielle Lefèvre, le 04 mai 2019

Marcela Turati, journaliste mexicaine. Photo D.R.

Il ne se passe pas un mois sans que des journalistes soient assassinés, emprisonnés, torturés quelque part dans le monde.

Ils meurent pour que le monde apprenne comment sont violés les droits humains, comment sont bafouées les libertés des peuples et des individus, comment les injustices restent impunies, comment les inégalités condamnent la plus grande partie des populations à la pauvreté, comment sont faites les guerres pour des intérêts privés, comment le monde est détruit par l’avidité de quelques-uns.

Voilà pourquoi on tente de les faire taire. Par tous les moyens.

Et pourtant, trop de lecteurs, téléspectateurs, auditeurs ne se rendent pas compte du rôle essentiel des journalistes pour la sauvegarde des libertés individuelles et collectives. Ils s’arrêtent trop souvent à une mauvaise image, à une imprécision, à une incompréhension pour dénigrer l’ensemble d’une profession dont ils ne connaissent que l’aspect le plus superficiel. Ils ne croient plus la presse qui, pourtant, reste un vecteur essentiel de réflexions politiques et philosophiques sur notre manière de vivre en ce monde.

Voilà pourquoi il était important que deux grandes universités de notre pays, l’ULB et la VUB, reconnaissent symboliquement le rôle essentiel de défenseurs de la liberté d’expression à deux journalistes en leur remettant les insignes de Docteurs Honoris causa.

 A l'occasion de la journée mondiale de la liberté de la presse, ce 3 mai, le correspondant de guerre de la VRT Rudi Vranckx et la journaliste d'investigation russe Elena Milashina ont ainsi été honorés à Bozar.

« Rudi Vranckx est considéré comme l'un des journalistes belges et correspondants de guerre les plus estimés de sa profession. Le journaliste de la VRT doit sa notoriété à la façon dont il couvre les conflits internationaux : historien de formation, il s'attache à fournir un éclairage objectif et humain sur les raisons qui poussent les nations à provoquer des conflits meurtriers. Rudi Vranckx est par conséquent très bien placé pour appréhender les risques liés au populisme et à la propagande dans un conflit armé", écrit l’ULB sur son site internet.

Journaliste pour le quotidien russe indépendant Novaïa Gazeta, Elena Milashina est, elle, honorée pour ses articles critiques sur les violations des droits humains et la corruption. La gagnante en 2009 du prix Alison Des Forges de Human Rights Watch a ainsi notamment couvert les persécutions menées à l'encontre de la communauté LGBT en Tchétchénie.

La veille de cet événement, baptisé « Difference Day », autour de la liberté d'expression, les deux recteurs Caroline Pauwels (VUB) et Yvon Englert (ULB) ont remis à la journaliste mexicaine Marcela Turati l’Honorary Title for Freedom of Expression (titre honorifique pour la liberté d'expression) pour son récit sur les conséquences de la lutte contre la drogue dans son pays. Cette journaliste indépendante écrit pour Proceso magazine (Mexique) et pour Nieman Report (Harvard University). Elle entend aussi défendre les intérêts des journalistes mexicains et pour ce faire a créé en 2007 « Periodistas de a pie » (PdP), une organisation mexicaine qui offre des formations et des mises en réseaux permettant la création de produits de grande valeur journalistique.

Marcela Turati a déjà reçu de nombreux prix internationaux, parmi lesquels le « Excellence Award of the Ibero-American New Journalism Foundation”, “WOLA Human Rights Award”, “LASA Media Award” et le “Award for Conscience and Integrity in Journalism » de Harvard University’s Nieman Foundation.

Elle nous a surtout offert un grand moment d’émotion en décrivant les meurtres et menaces dont sont victimes des dizaines de journalistes mexicains dont le seul crime est de dénoncer les ravages causés dans ce pays par les trafiquants de drogue, les corruptions au plus haut sommet de l’Etat et les espoirs que le nouveau gouvernement mexicain puisse briser ces criminels hyper puissants et ravageurs. Ils sont morts en dénonçant l’impunité, ils perpétuent la mémoire des milliers de victimes civiles de la guerre de la drogue qui sévit dans ce pays. Ils sont des témoins mais aussi des défenseurs des valeurs qui fondent notre humanité.

Voilà ce que nous rappellent ces journalistes. Respect !

Mots-clés

Ajouter un commentaire

entreleslignes.be ®2019 design by TWINN