semaine 27

Obstacles à l'émancipation

L’avenir de l’école par Laurent Berger, le 05 mars 2017

Local C27. Photo © Laurent Berger.

Quels sont les obstacles à l’émancipation de tous ? Pour quelles raisons l’élitisme pour tous se trouve abandonné, voire même méprisé ? Quels sont les soupçons qui viennent remettent en cause l’assurance de l’enseignant ? Quelles sont les origines du malaise qui traverse la plupart des pédagogues de terrain qui défendent encore leur métier ? Quels sont les parents qui conseilleraient cette profession à leurs enfants ? Comment ces parents insatisfaits et capricieux s’introduisent-ils de plus en plus dans la pédagogie de ceux en qui ils n’ont plus confiance ? Pourquoi les élèves ont-ils des avocats ? Pourquoi introduisent-ils des recours ? D’où vient cette volonté de rendre la pédagogie rentable et performante ? Que penser de cette pédagogie par les compétences ? Donne-t-on vraiment les moyens nécessaires aux professeurs afin de s’adapter aux changements souhaités ? 
Les enseignants sont souvent vus comme des conservateurs, des individualistes, des fonctionnaires. Peut-on être réellement un fonctionnaire, lorsqu’on doit individualiser ses pratiques pédagogiques des classes de trente élèves ? Peut-on réellement se contenter de lire son journal en classe et de laisser tout faire aux adolescents dont on est responsable ? Les élèves ne sont-ils pas devenus des clients ? Le bien - être de l’enfant n’est-il pas récupéré pour en faire un consommateur heureux et un travailleur compétent ? 


Depuis des années, ma profession est dénigrée notamment par la presse. Ils sont toujours en grève, ils ne sont jamais contents, ils sont payés à ne rien faire, ils ne donnent que 20 heures de cours par semaine ! Ces journalistes qui véhiculent ce genre de clichés suivent l’opinion publique qui ignore ce qui se passe dans les écoles. Tout comme ceux qui se lancent de belles réformes ignorent la réalité du terrain. L’école est un univers fermé, délaissé, livré à lui-même, contrôlé par le haut, géré par une administration qui injecte des directives parfois insensées. Une administration qui reçoit plus de moyens que l’école elle-même ! Et après quelques enquêtes PISA, on culpabilise l’école ne pas être assez performante, alors qu’elle n’est pas suffisamment financée, on s’en va choisir un consultant issu du privé qui par miracle va redresser l’école publique ! Certains devraient voir dans quelles conditions les professeurs travaillent : locaux insalubres, fenêtres qui ne ferment plus, connexion WIFI instable, PC dépassés, pannes successives de chauffage, amiante cachée. Une profession qui est pourtant un des piliers de notre démocratie est ainsi méprisée. A cela s’ajoute la croyance que les jeunes peuvent tout apprendre sur Google !

Les enseignants vivent à l’école dans une solitude paradoxale : ils exercent un métier de communication, mais ils rencontrent en réalité rarement l’occasion de s’exprimer vers l’extérieur. Dés lors, les préjugés à leur égard continuent à circuler facilement. L’importance que l’on accorde à la démocratie se remarque dans la défense de ses principaux piliers tels que l’enseignement et la justice. Or, nous savons que ces deux secteurs ne sont pas suffisamment financés pour offrir un service public qui soit de qualité.

Il existe un mépris vis-à-vis du principal acteur de l’école. Une perte de confiance envers ce que peut apporter un professeur. Une remise en cause de son expérience et de son autorité. « Vous vous payez des vacances en partant en voyage scolaire ! » « Vous n’aimez pas mon enfant ! »

D’un côté, nous devrions aller observer les conditions de travail de ceux qui vivent dans des bâtiments souvent insalubres, définitivement provisoires, surchauffés ou mal chauffés.  Nous devrions aussi comprendre que les enseignants financent eux-mêmes leur propre matériel de travail : manuels scolaires, photocopies, tablettes, ordinateurs. D’autre part, nous devrions prendre conscience des pressions idéologiques  exercées contre ceux qui sont censés former. La liberté d’action de l’enseignant favorise la liberté d’émanciper. Mais le fait d’avoir mis l’enfant au centre de l’apprentissage avec l’apparence des bonnes intentions, l’a transformé progressivement en client qui présente ses particularismes si bien qu’il est de plus en plus difficile pour le professeur de faire entendre des normes et des exigences communes. L’élève client devient dés lors difficilement socialisable et devient ainsi programmé selon des possibilités restreintes qui lui permettront de trouver une place précise sur le marché de l’emploi. Ainsi l’école perd sa perspective humaniste pus large.

Bien sûr, certains répondent rapidement que les enseignants sont en dehors des réalités, qu’ils sont des individualistes invétérés, des fonctionnaires paresseux, qu’ils disposent de deux mois de vacances ! Les clichés formulés à leur encontre sont en effet nombreux : ils ne se remettent jamais en question, jouissent d’une trop grande liberté, sont toujours malades, ne veulent pas changer leurs habitudes, sont conservateurs, ne préparent pas leurs cours, improvisent ! Comment se fait-il alors que le métier n’attire pas plus de candidat ? Comment se fait-il que l’on déplore une pénurie de plus en plus importante ? Il est vrai qu’il semble facile de dompter ces charmants élèves toujours prêts à vous écouter ! On demande aux enseignants de changer, de s’adapter aux modes, alors qu’ils n’en reçoivent pas les moyens nécessaires et ne rencontrent pas de reconnaissance réelle de leur travail !

Il est curieux de constater que l’on demande toujours plus aux enseignants avec la même enveloppe financière  et dans des classes de plus en plus nombreuses avec un public qui n’est plus le même que jadis, avec des réalités sociales et économiques nouvelles. Comme il est aussi curieux de vouloir que les enseignants obtiennent de meilleurs résultats dans une logique d’entreprise et de rentabilité, alors que l’apprentissage exige une formation et une progression lente. Nous ne pouvons pas mesurer immédiatement ce qu’un professeur apporte à un adolescent. L’adolescent lui-même prendra plus tard conscience du rôle qu’a joué l’adulte qu’il a côtoyé dans sa vie : « Monsieur, je me souviens de vous quand vous nous parliez de Voltaire ! »

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