semaine 50

La presse titre enfin: «Les musées Wiertz et Meunier se meurent»

ConsoLoisirs par Bernard Hennebert, le 11 février 2018

Il a fallu 10 ans de combat pour faire enlever par les Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique une plaque indiquant des horaires trompeurs sur la façade du musée Meunier. Voici la nouvelle plaque, mais qui « oublie » quant à elle de mentionner que l’entrée est gratuite. (photo Benoit Goossens)

La Capitale, Le Soir ainsi que les journaux parlés et télévisés de la RTBF ont répercuté auprès de leurs publics le combat de Consoloisirs. 
Ces médias ont bien entendu aussi interviewé la direction des MRBAB (les Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique) à qui appartiennent les Musées Wiertz et Meunier. 
Ils vont vous étonner, les arguments présentés par celle-ci à ces journalistes pour maintenir sans aucun changement la situation actuelle qui est pourtant lamentable…[Photo]

SOMMAIRE

1. Le Soir, La Capitale et la RTBF dénoncent l’agonie des Musées Wiertz et Meunier
2. Gratuit et ouvert, sept jours sur sept
3. Le show-business prend peur
4. Gagnons l’éjection du placement de produit à la RTBF
5. Arrêtez les micro-trottoirs de «À votre avis»
6. La «médiation» vidée de son sens
7. Vous aurez de plus en plus de Benjamin Maréchal
8. Le patron de la RTBF aimerait-il la culture?
9. Par mois, c’est le quart du prix d’une tasse de café dans un bistrot pas cher
10. «Taisez-vous!»

1. Le Soir, La Capitale et la RTBF dénoncent l’agonie des Musées Wiertz et Meunier

Les combats face à la bureaucratie culturelle prennent parfois du temps. En 2017, Consoloisirs en a gagné un. Petit, mais signifiant. 

Depuis 2008 (voilà donc près de 10 ans), je demande aux Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique (MRBAB) en tant que propriétaires de rectifier le panneau accroché sur la façade du Musée Meunier parce qu’il informe de façon erronée le public sur ses heures d’ouverture.
La plaque indique que le musée est fermé «le lundi», au lieu de «samedi, dimanche et lundi». Pire, un ajout en dessous de cette plaque mentionne: «AVIS AUX VISITEURS: faute de personnel, nous sommes contraints de fermer le musée ce week-end. Veuillez nous en excuser». Ce texte laisse entendre aux passants de la rue de l’Abbaye qu’ils peuvent revenir le week-end suivant alors qu’il n’en est rien. Pour voir une photo de cette ancienne plaque, cliquez ici.

Comme cette plainte pour affichage trompeur n’a eu aucun effet, habitant moi-même la commune d’Ixelles où est établi le Musée Meunier, je me suis permis, le 13 décembre 2016, d’envoyer une demande d’interpellation sur ce thème au Conseil communal, soutenu par les signatures de nombreux habitants. 

La Bourgmestre et l’Échevin de la Culture d’Ixelles, même si le musée ne leur appartient pas, pouvaient difficilement de pas accéder à ma demande, ils ont interpellé sur ce thème Michel Draguet, le Directeur général des Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique (MRBAB). Selon mes sources, la plaque a été changée discrètement au cours de la matinée du 24 janvier 2017.

Que penser de la nouvelle plaque? Hélas, alors que la place pour y indiquer des données utiles aux passants ne manque pas, deux informations y sont omises: 
1: le fait que l’entrée à ce musée est gratuite du mardi au vendredi (une gratuité n’est intéressante pour attirer de nouveaux visiteurs que si ceux-ci en sont avertis… et dieu sait si cette institution a besoin de plus de visiteurs);
2: le fait que les visites guidées obligatoires, et sur réservation préalable, pour les samedis et les dimanches coûtent 65 euros pour un groupe de 20 visiteurs au maximum (chaque week-end, le musée est fermé mais on peut donc y accéder si on paie 65 euros, l’accès à cet atelier d’artiste restant officiellement gratuit, mais avec guide obligatoire, montant élevé qui pénalise la population active qui ne peut venir en semaine).

Donc, la nouvelle plaque n’est plus mensongère, n’induit plus en erreur le passant mais elle prouve que les MRBAB n’ont aucune volonté d’informer convenablement leurs usagers et qu’elles ne font aucun effort pour donner envie d’entrer dans ce musée. 

En 2008, le lendemain de la parution dans Le Journal du Mardi de mon enquête intitulée «Le Musée Constantin Meunier est déserté le week-end: C’est 80 euros... la visite du musée gratuit!», la télévision bruxelloise (à l’époque, Télé-Bruxelles) a proposé un reportage dans son journal télévisé du 5 novembre au cours duquel David Courier interroge Michel Draguet sur cette plaque aux indications fausses. Celui-ci lui déclara qu’il écoute tous les visiteurs mais pas particulièrement Monsieur Hennebert parce que, dit-il: «...personnellement, j’ai un côté un peu sceptique par rapport à ces groupes de pression qui défendent souvent des intérêts mal digérés».

Perdure depuis dix ans aux MRBAB cette tactique où, pour éviter de débattre du message, on calomnie le messager.
Il y a comme une sorte de haine lorsque le public agit (la pétition que j’ai initié a quand même dépassé les 2.500 signataires). Le «contre pouvoir» qui pourrait aider à améliorer la situation est impensable. 
Dix ans plus tard, Isabelle Bastaits, la chargée de communication des MRBAB, m’a, à son tour,… chargé publiquement sur les réseaux sociaux, à propos des Musées Meunier et Wiertz, ce 29/01/2018. On retrouve donc une calomnie analogue qui tente de discréditer le messager, ce qui permet d’éviter le débat contradictoire. Pour elle , les théories du complot sont chères à Bernard Hennebert: «On ne peut avoir malheureusement aucun crédit, ni confiance, en vos affirmations sempiternellement complotistes». 
Je trouve utile que le public découvre qu’on en est là, et depuis dix ans la situation n’a pas évolué.

La cause du mal? Je propose aux MRBAB une solution qui ne coûte rien, qui peut même rapporter un peu. Cela les met dans un état pas possible car les MRBAB ont l’habitude de répondre à toute demande ou questionnement par: on n’a pas assez d’argent.
Si la baisse des aides de l’État pour financer nos musées fédéraux est flagrante, utiliser cet argument unique n’est pas sain car c’est passer au bleu la bureaucratie, les rapports de pouvoir et plein d’autres carences qui sont souvent, bien plus que les manque de subsides, causes de tant de maux qui rongent les MRBAB (et ceci ne concerne pas la majorité du personnel qui est de fort bonne composition). Mais de ceci, il n’en est jamais question avec Mr Draguet ou Mme Bastaits. 

Début 2018, Consoloisirs vient de gagner une autre étape dans le combat soutenu par nos 2.500 signataires. 
De quoi s’agit-il? Lisez et signez à votre tour notre pétition.
En effet, notre campagne a commencé à intéresser les médias: une page entière dans La Capitale du 03/01/2018 (groupe Sudpresse), un article sur cinq colonnes dans Le Soir du 04/01/2018, des reportages aux journaux parlés et télévisés de la RTBF, avec un résumé sur la page web RTBF, le 04/01/2018.

Découvrons plusieurs éléments significatifs dans ces parutions.

- 1: Unanimité pour constater le nombre catastrophique de visiteurs: selon les médias, 10 par semaine, 4.000 par an, 6.000 par an, etc. Conclusion de La Capitale: «Dérisoire». 

- 2: La malhonnêteté est dans le détail: au Soir, la porte-parole explique que, par manque d’argent, «Nous adorerions étendre les horaires d’ouverture, mais c’est impossible». Étendre? L’usage de ce verbe est trompeur. Nous demandons de ne plus ouvrir le musée pendant quatre jours en semaine (du mardi au vendredi) et de le rendre accessible uniquement le week-end, soit durant deux jours/semaine. Il ne s’agit donc pas d’étendre mais de diminuer de moitié les horaires.

- 3: Le nouvel argument des MRBAB! La Capitale indique: «La porte-parole explique qu’aujourd’hui, dans ces deux musées, le coût s’élève à 62 euros par visiteur en moyenne». Cet argument bizarre revient dans tous les médias. Dans le gratuit néerlandophone bruxellois «Bruzz» qui consacre un article et toute sa couverture au Musée Wiertz, le 10/01/2018: «Iedere bezoekers kost 67 euros». Le chiffre semble élastique puisque le commentaire dans la séquence du JT de la RTBF, le 22/01/2018, parle de 240 euros.
On peut penser que ce nouvel argument est lancé pour faire peur à une partie du public qui se dit que s’il vient plus de monde, cela va coûter bonbon. C’est bien entendu faux, puisqu’il s’agit de frais fixe et, donc, plus il y aura du monde, plus ce coût fictif par visiteur diminuera. À moins que cet argument soit lancé pour développer l’idée qu’il faudrait fermer ces institutions pour les ouvrir de temps en temps lors d’événements exceptionnels.

La conclusion de La Capitale donne raison à Consoloisirs. L’enquête de Marie Hamoneau, après avoir donné la parole aux différentes «parties», se conclut ainsi: «(…) Le titre de la pétition de Bernard Hennebert, «Non à l’asphyxie des Musées Meunier et Wiertz», reste pertinent, on peut en effet craindre une asphyxie programmée des Musées Royaux».

2. Gratuit et ouvert, sept jours sur sept

- A: Un musée à Bruxelles ouvert et gratuit, 7 jours sur 7 ? C’est le Parlamentarium (à proximité de la gare du Luxembourg).

Vous pouvez y découvrir jusqu’au 13 mai 2018 (prochain jour de fermeture légale: le 1er mai 2018) son exposition temporaire «L’État trompeur: le pouvoir de la propagande nazie». Soutenez cette initiative positive du Parlement européen!

- B: Du 22 au 25 février 2018, la Foire du Livre de Bruxelles pratiquera pour la troisième année consécutive la gratuité quotidienne de son accès. Et elle n’est pas tombée en faillite!
Bravo à ses organisateurs imaginatifs.

- C: Nouveau site pour Arts&Publics qui vous permet notamment de découvrir photos, présentation, horaire, coordonnées, etc. de chacun des 150 musées qui pratiquent la gratuité du premier dimanche.

- D: La fête de la «gratuité du premier dimanche du mois» du 6 mars 2018 est annoncée au Mundaneum à Mons.
C’est l’une des villes wallonnes où il y a le plus de musées qui pratiquent cette gratuité, de quoi y consacrer une excursion d’une journée complète. N’oubliez pas non plus que tous les week-ends, la SNCB pratique son tarif à 50%.

Chaque mois, une newsletter mensuelle spécifique vous met au courant des différentes nouveautés de cette gratuité du premier dimanche.
Inscription: info@artsetpublics.be

3. Le show-business prend peur

Connaissez-vous l’ASBL la L.U.C.?

C’est la «Ligue des Usagers Culturels» qui a pour but de soutenir et développer les droits des usagers dans le domaine de la culture: arts de la scène, patrimoine, service de prêt culturel et diffusion cinématographique, c’est-à-dire les matières prises en charge par la Fédération Wallonie-Bruxelles dans le domaine culturel.
Si le thème vous intéresse, la L.U.C. va prochainement organiser une réunion d’information pour rassembler des militants bénévoles qui veulent développer leurs droits d’usagers culturels. Intéressé? Prenez contact dès maintenant avec Julie Guerin: julie.guerin33@gmail.com
En attendant, vous pouvez découvrir la page «Ligue des usagers culturels» sur facebook qui est le lieu où vous pouvez découvrir les bonnes (surtout! mais elles sont moins nombreuses…) et les mauvaises «pratiques» qui apparaissent dans le domaine culturel, le but principal étant de tenter de faire évoluer favorablement la situation culturelle pour le bien de tous.

4. Gagnons l’éjection du placement de produit à la RTBF

Le 31/01/2018, une ultime séance plénière du Parlement mit fin aux travaux de ses membres pour l’élaboration du prochain contrat de gestion de la RTBF. 
Ce débat est filmé. Chaque parti défend ses propositions. À découvrir ici, à partir de 1H45.

Le Ministre des médias Jean-Claude Marcourt va maintenant rédiger avec la RTBF le texte de ce contrat qui sera valable pour les cinq années à venir.

Au cours de ces derniers mois, le collectif «La RTBF nous appartient» s’est crédibilisé au point qu’il a été auditionné pendant deux heures par les parlementaires, ce qui n’est pas rien. 
On peut dire que les «cartes blanches» qu’il a publiées et son audition ont remis au tout premier plan l’idée qu’il fallait absolument supprimer à terme la publicité à la RTBF, si on veut vraiment qu’elle redevienne un véritable service public, et que c’est matériellement possible. 

De nombreux parlementaires revendiquent aujourd’hui la suppression du placement de produit.
Le PS pourrait même envisager, en plus, la disparition de la publicité en radio sur La Première. Il faudra en débattre parce que «La RTBF nous appartient» propose une autre façon de faire: plus du tout de publicité tous les mercredis sur toutes les chaînes TV et radios de la RTBF. 

Les dés ne sont pas encore jetés! Le collectif va continuer d’intervenir.
Ce 24/01/2018, quelques jours avant la séance plénière au Parlement, il a réussi à publier une «carte blanche» de deux pages dans La Libre qui aborde des sujets peu connus, mais essentiels, et qui mérite toute votre attention.

Il n’est pas trop tard, mais il est temps de signer sa pétition.

5. Arrêtez les micro-trottoirs de «À votre avis»

Il ne faut pas oublier que, sur La Une (RTBF), «À votre avis» (diffusé désormais le mercredi en deuxième partie de soirée) est la succession du débat politique hebdomadaire du dimanche midi. Ce type de programme ne doit pas occuper bien sûr des milliers d'heures à la RTBF mais il doit exister, et au moins pendant une heure chaque semaine. 

La RTBF éclipse encore une nouvelle fois l’importance de ses missions en décidant que cette nouvelle émission occupe non pas le prime-time mais une deuxième partie de soirée, ce qui automatiquement en restreint l’accès au vaste public de façon significative. Et pourtant, rien n’est impossible: sur France 2 , la grande émission politique mensuelle commence dès la fin du 20H et se prolonge jusqu’au de-là de minuit, avec un succès certain, et même au cours de l’année qui suit l’élection Présidentielle. 
On connait la réaction de la RTBF, disons plutôt sa justification: le but était de consacrer une soirée entière à l’information avec dès 20H20 «Questions à la une».
En fait, il faut surtout continuer de confier cinq débuts de soirées par semaine au divertissement (alors qu’avant l’arrivée de J.P.Philippot, il y en avait que deux par semaine). Ne pas revenir en arrière sur cette récente invasion du prime-time par les séries, les fictions, les films, The Voice, etc. Enterrés donc, ces cinq prime-times par semaine naguère dédiés au social au sens large sur la chaîne amirale (Autant Savoir, L’Écran Témoin, Strip-Tease, Cartes sur table, Au nom de la loi, Le Jardin extraordinaire, etc.). 

Pour moi, «À votre avis» est dénaturée par un besoin de divertissement facile, comme si c'était une émission de jeu et non un grand rendez-vous d'information: les micros trottoirs pour lesquels l’animateur Sacha Daout lui-même ne se peut s'empêcher de répéter qu'ils ne sont pas nécessairement représentatifs de l’opinion (alors pourquoi les imposer aux fidèles d’un programme d’information?), des sondages internet sans aucune valeur scientifique, etc. 

Autant de minutes gaspillées, ce qui ne permet plus d’avoir le temps nécessaire pour interviewer convenablement les représentant(e)s de la société civile malheureusement pas placés à la table du débat et disséminés dans le public. Quelle injustice. Avec ce qu'ils avaient à nous apprendre, il me semble que ce sont les politiques qui auraient dû intervenir à partir des strapontins du public, si du moins l’émission voulait donner chair avec panache à son titre «À votre avis».

Comme il ne reste plus beaucoup de temps à cause de ces pauses censées être divertissantes et régionalisées (vite, un micro-trottoir dans une rue à Liège!), sans cesse, l'animateur dit «Brièvement s'il vous plait» ou «On n'a pas beaucoup de temps», alors que justement ces personnes (et nous aussi, téléspectateurs) n'avons pas envie d'être obligés au manichéisme. 

Elles sont le sel de «À votre avis». Mais avec peu de saveur, vu la place insignifiante qu'on leur accorde dans la conduite de l'émission. La prouesse nécessaire de ce type d'émission serait, au contraire, de permettre aux témoignages des citoyens concernés (et ceux des politiques, quand il leur arrive de bien connaître le sujet traité) d'être découverts avec nuance, et que leur témoignage soit davantage l'objet de discussions et approfondissements avec les autres personnes présentes en studio. 

La faute, c'est le manque de confiance accordé désormais par ceux qui dirigent la RTBF au public: croire que celui-ci est incapable de conserver son attention au débat si on ne lui offre pas toutes les deux minutes une autre séquence. C'est du cynisme et c'est contreproductif. Un vaste public peut écouter un débat nuancé dans la durée (bon, pas des heures non plus, bien sûr) s'il est passionnant et s'il lui y apporte des informations, des réflexions, des commentaires pertinents qu'il ne connait pas encore.

Un programme télé n’est pas une encyclopédie! L’autre erreur consiste à vouloir également aborder tous les aspects d’une thématique en une heure, ce qui fait souvent une émission sans saveur dont on a déjà découvert tous les éléments, éparpillés dans les échanges sur les réseaux sociaux. Vaut sans doute mieux choisir un ou deux thèmes précis et lorsqu’on ouvre le débat à leur sujet, qu’on prenne le temps que celui-ci devienne vraiment contradictoire avec plusieurs échanges possibles entre tous les invités. Prenez donc ces dernières lignes comme de propositions concrètes et constructives.

6. La «médiation» vidée de son sens

La RTBF a été auditionnée en séance publique ce 01/02/2018 au CSA (Conseil supérieur de l’audiovisuel) pour répondre à un grief notifié lors de son contrôle annuel 2016. Il concerne un manquement de l’éditeur relatif à son obligation de produire et diffuser des programmes de «médiation». Il faut maintenant attendre la décision que l’organe de régulation va prendre à ce sujet.

L’explication rédigée par le CSA à propos de ce grief est intéressante car, à la veille de la signature du prochain contrat de gestion, on voit combien les approximations qui traînent parfois dans les textes permettant à la RTBF de se soustraire à ce qui devrait être ses obligations pour lesquelles elle reçoit une dotation qui est, rappelons-le, le plus gros budget de notre ministère de la culture. Hélas, appliquer la lettre plutôt que de respecter l’esprit.

La voici: Le contrat de gestion de la RTBF impose à l’éditeur public de diffuser et offrir à la demande un programme ou des séquences de programme de médiation, dont au moins dix éditions par an en télévision, diffusées à une heure raisonnable sur une chaine et rediffusées sur une autre. L’objectif de cette obligation est de répondre en toute transparence et indépendance aux interrogations et réactions de ses publics. La RTBF fait appel, à un panel équilibré comprenant, selon la pertinence éditoriale, des responsables de la RTBF, des plaignants, et le cas échéant, des experts académiques et des représentants de la société civile.
La RTBF a diffusé 10 éditions du programme «Médialog» en 2016. Ce magazine vise à la fois à répondre à la mission d’éducation aux médias et à être un espace de dialogue et de médiation avec les publics.
Le CSA constate que l’horaire de diffusion du programme Medialog a été modifié fin 2015:

  • Début de la diffusion sur La Deux entre 22h50 et 23h30, rediffusion sur La Deux et La Trois en boucle de nuit (pour les trois programmes diffusés entre octobre et décembre 2016) ;
  • Début de la diffusion sur La Deux entre 22h50 et 23h50, rediffusion uniquement sur La Deux en boucle de nuit (pour les sept autres programmes). La rediffusion de «Medialog» à 18h30 sur La Trois, qui permettait de rencontrer l’obligation sans contrainte démesurée a enfin été supprimée.

En conséquence, le Collège souhaite ouvrir le dialogue et a décidé de notifier à la RTBF le grief de n’avoir pas, durant l’exercice 2016, satisfait à l’article 30 stipulant que l’horaire de diffusion du programme de médiation doit revêtir un caractère «raisonnable».

C’est sans doute un des éléments qui devrait le plus différencier la RTBF des chaînes privées: son lien avec les publics et permettre à ceux-ci de débattre, de proposer, de participer à l’évolution du service public.

L’émission de médiation, une conquête des usagers justement (ce fut une revendication, fin du siècle dernier, de l’Association des Téléspectateurs Actifs qui fut reprise dans un précédent contrat de gestion), a bien joué son rôle lorsque Christian Druitte était administrateur général de la RTBF. En effet, «Qu’en Dites-Vous?» était alors diffusé chaque semaine (maintenant, le rythme est mensuel), ne traitait que de la médiation (désormais, c’est un programme hybride et fort long à suivre) et était programmé à un moment clef, à l’inverse d’aujourd’hui: sur La Une, chaque dimanche, entre la fin du débat politique et le début du JT de 13H00 (et elle n’était précédée, ni suivie par de la publicité).
À l’époque, l’émission était diffusée sans montage, ce qui est essentiel pour un programme de médiation. C’est Jean-Jacques Jespers qui l’animait. Un usager présentait une critique ou une proposition. Un reportage détaillait les enjeux de celle-ci. Ensuite se déroulait un débat entre le téléspectateur ou l’auditeur et le responsable concerné de la RTBF. Au 3/4 de l’émission, JJJ demandait à ce dernier de détailler un suivi concret qui pourrait faire évoluer la situation. Quant au dernier mot, il était donné d’habitude à l’usager. Régulièrement, l’émission revenait sur ces propositions de solution, d’évolution, pour voir si elles avaient bien été mises en place.
Enfin, JJJ donnait davantage de temps de parole à l’usager qu’aux représentants de la RTBF car ces derniers avaient en général une plus grande expérience de débattre en public sur ce type de thématique.
Les sujets ne manquaient jamais. D’accorder plus de place à l’antenne aux disciplines sportives moins spectaculaires à mettre fin à cette étrange pratique de regarder les films en accéléré pour les personnes chargées de décider à quel âge ces oeuvres étaient déconseillées aux enfants ou aux adolescents, ce qui empêchait de prendre en compte leur contenu psychologique. 

L’article suivant que j’ai publié dans «Le Ligueur» en 2002 détaille un année d’acquis de ce «Qu’en dites-vous?» (le lire vous permettra peut-être de mieux cerner ce qu’on perd aujourd’hui avec l’évolution imposée progressivement au programme de médiation) et surtout prouve que, dès son arrivée aux décisions, Jean-Paul Philippot n’a eu de cesse de détricoter cette émission de médiation, dans un premier temps en la déplaçant vers une heure de diffusion moins attrayante.

Les ministres de l’audiovisuel ont également eu leur responsabilité dans la dégradation du programme de médiation en ayant permis qu’une rédaction du contrat de gestion puisse dire tout et son contraire. Par exemple, en acceptant le texte «(…) un programme ou des séquences de programme de médiation» (voir plus haut). 

Dans le «Médialog» diffusé à 23H00 sur La Deux le 24/01/2018, la partie où il y avait une téléspectatrice en plateau pour questionner sur le pourquoi de tant de programmes français diffusés à la RTBF dura une dizaine de minutes. Elle eut droit à moins de deux minutes de prise de parole sur son sujet (deux brèves interventions), face à l’animateur et deux représentants de la RTBF dont l’intervention suivante fut un vrai crève coeur pour une médiation: «Je vous propose d’inverser votre question: on a beaucoup de productions maison» (et d’entamer dans ce temps précieux la litanie promotionnelle des titres de productions maison). 
Il conviendrait donc dans le prochain contrat de gestion de préciser que dans chaque séquence (ou émission, ce serait mieux!) de médiation, au moins la moitié du temps d’antenne devrait être réservé aux propos de l’usager présent sur le plateau. 

Par ailleurs, cette même séquence a raté de peu l’accomplissement de la médiation. L’animateur proposa que la RTBF puisse innover dans le suivi de certains de ces programmes étrangers par la réalisation et la diffusion de petites capsules qui proposeraient un éclairage «pratique» pour chez nous (citer par exemple des adresses belges). Mais, à l’inverse de ce qu’aurait fait JJJ, l’animateur n’a pas été au bout de son raisonnement. Il n’a pas dit: on va fixer un échéancier pour quand on pourrait entamer concrètement pareille expérience. 

Pour que «Médialog» ne soit plus une simple discussion de salon qui n’engage à aucun changement concret la RTBF, il faudrait définir dans le prochain contrat de gestion le mot «médiation». Est-ce du bla-bla, de la com ou une façon de permettre au service public d’évoluer concrètement en faveur du bien commun grâce aux plaintes, remarques et suggestions de ses auditeurs et téléspectateurs? On devine ce qu’en pense la direction de la RTBF et son service juridique, mais que nous répondra le Ministre des Médias Jean-Claude Marcourt, garant des intérêts du public? 

Nous n’avons ici abordé que l’émission pour la télévision. Espérons que beaucoup se souviendront qu’au départ, il y avait également des émissions régulières consacrées spécifiquement à la médiation en radio. Le public est en droit de revendiquer que ce type de programmes existe sur chaque média du service public. 

Bien entendu, comme c’est complexe à vivre la posture de «juge et partie», il vaut toujours mieux externaliser la médiation. Pourquoi ne pas l’envisager à la RTBF pour la médiation elle-même et les émissions qui la concernent?

7. Vous aurez de plus en plus de Benjamin Maréchal

À propos de l’affaire la plus récente concernant Benjamin Maréchal (Vivacité), je pense qu’il s’agit surtout, au niveau de ce qui pourrait être répréhensible, d’une tentative publique d’influence de notre Ministre des Médias à l’égard d’un contenu rédactionnel qui, s’il était détestable pour certains, n’avait en fait rien d’illégal. 

Ce n’était certainement pas au Ministre de prendre position. Si on accepte cette intrusion, la voie est alors libre pour d’autres tentatives d’interventions politiques comme on l’a vu également avec le patron du MR et Eddy Caekelberghs.

Certains proches dont j’estime fort le point vue ne partagent pas mon opinion. À vous donc de vous faire une idée. Voici ma carte blanche «Vous aurez de plus en plus de Benjamin Maréchal» publié par La Libre.

Sur ce dossier, on ne mettra pas tout le monde d’accord mais confronter des avis différents me semble intéressant:
- Le point de vue de Marcel Sel.
- Extrait de Moustique.
- Une autre carte blanche de La Libre.

8. Le patron de la RTBF aimerait-il la culture?

Pour sa St Nicolas 2017, le patron de la RTBF a été nommé Officier des Arts et des Lettres, lui dont Le Soir titrait ainsi naguère à propos d’une de ses déclarations: «La culture n’est pas faite pour le prime time». Cherchez l’erreur!

On constatera que Jean-Paul Philippot n’a pas fait de ravages qu’au prime-time culturel. 
La liste d’autres «disparitions» est longue: de Cartes sur Table, L’Ecran Témoin (formule reprise désormais avec succès par France 2), Javas, Qu’en Dites-Vous? (voir point 6), Ici Bla-Bla… à La Semaine Infernale (et tant d’autres).

Ce n’est pas passéiste que de constater tant de disparitions. Bien entendu de nouveaux programmes voient le jour mais seront-ils aussi emblématiques? Je ne parle pas d’ici de ceux qui «RTLisent» davantage la RTBF: The Voice; les achats de programmes français qui font la part belle à TF1 qui n’est pas, jusqu’à présent, un service public; le «à boire et à manger» d’un nombre exagéré de séries; les émissions de bricoleurs ou de cuisiniers, voire «le meilleur coiffeur» de chez nous. 

Le dernier coup d’arrêt en date est passé quasi inaperçu pendant la période des fêtes. Il s’agit d’une émission de radio diffusée dans un créneau confidentiel et qui avait tout son intérêt.
Faites donc un effort pour signer et diffuser la pétition qui dénonce cette nouvelle éviction.

9. Par mois, c’est le quart du prix d’une tasse de café dans un bistrot pas cher

La plupart (il y a toujours des exceptions) des hommes politiques et des journalistes disent et écrivent que c'est impossible de supprimer la publicité à la RTBF car le public ne voudra jamais payer le manque à gagner qui en résulte. 

Mais jamais ils ne citent le chiffre de ce que cela nous coûtera. Ils n'osent pas sans doute... C'est tellement peu. Pour beaucoup d’entre-eux, l’important, c’est de nous faire peur. Il ne faut surtout pas qu’on imagine qu’on puisse faire avec la RTBF ce qui se passe avec les chaînes de télévision de la VRT, la BBC, le service public en Espagne, etc. 

Voici mon calcul que je vous avais promis dans l’édition précédente de la lettre Consoloisirs. 

On supprime la pub et le sponsoring. On fait évoluer la RTBF (on met fin donc aux perversions engendrées par la présence de la pub et du sponsoring). On conserve bien entendu le personnel. 
Mes calculs me mènent au résultat suivant. Cela coûtera à chaque habitant de la Fédération Wallonie Bruxelles, par mois, le prix d'un quart de tasse de café prise dans un bistrot pas cher en Belgique. 

Sans publicité, la RTBF se construira tout autrement et se métamorphosera. Bien entendu, si cette suppression est un préalable indispensable, il faudra également faire évoluer fortement le vieux dinosaure de notre paysage audiovisuel: y diminuer considérablement la bureaucratie, transformer la composition du conseil d’administration, revoir les salaires bien trop élevés de la direction, favoriser l’évolution de certaines mentalités. 

Sur les réseaux sociaux où j’ai diffusé ce chiffre récemment, on m’a demandé si j’étais bien sûr de ce que j’avançais. 
MA REPONSE (dans un style moins convenu que celui qui préside dans ma lettre mensuelle): Oui, et j'attends que les journalistes et les hommes politiques me proposent leurs chiffres à eux. Constatons que jusqu’à présent ils bêlent cet argument sans jamais chiffrer. Ils font donc mal leur job pour lequel ils gagnent leur vie. Et moi, ici, je suis bénévole. Le chiffre que je propose n'est pas du grand guignol, je joue ma crédibilité.

Comment répondre à ceux qui ne manqueront pas de vous objecter que ce n'est pas possible de supprimer la publicité RTBF.

10. «Taisez-vous!»

À propos de la réaction autoritaire sans doute exagérée (avant qu’elle ne revienne à la raison) dans un premier temps de la direction de la RTBF vis-à-vis de son journaliste Eddy Caekelberghs, voici mon un apport personnel historique.

Depuis l'arrivée de Jean-Paul Philippot à la direction de la RTBF (c’est le deuxième manager qui arrive à la tête du service public, alors qu’auparavant celui-ci était managé principalement par des gens «de la maison», et de nombreux ex-journalistes), la liberté des journalistes du service public s'est singulièrement rétrécie (et il en est de même pour celle des membres du conseil d'administration).
Un verrouillage systématique dont le public, et tout «contre pouvoir» pouvant émaner de ce dernier, fait les frais. 

Voici des extraits de la page 15 de mon livre «RTBF, le désamour» paru en 2012:

«(...) L’administrateur général Jean-Paul Philippot envoie, le 8 septembre 2005, un courrier à tous ses agents pour leur recommander vivement, en cas de communication avec la presse, de consulter leur hiérarchie ou le responsable de la communication externe. Il leur rappelle que la charte des valeurs du service public proclame que «chaque membre du personnel a le souci de promouvoir une image positive de la RTBF». 
Voilà sans doute pourquoi journalistes et animateurs, contrairement à ce qui se passait autrefois, évitent le plus souvent, dans les interviews qu’ils accordent, des réflexions trop critiques sur leur employeur.
Avec quelques exceptions. Pour fêter les 30 ans de son Télétourisme, Guy Lemaire a osé hausser le ton dans un entretien accordé à Moustique, le 06/07/2011.

Finies aussi, les «cartes blanches» questionnantes, et mobilisatrices, d’un Hugues Lepaige publiées par Le Soir ou La Libre. 
De même que celles des membres du conseil d’administration. Ceux-ci sont désormais castrés, ramenés à une discrétion sans faille. Ils ne pourront plus sensibiliser le public, comme cela se pratiquait jadis. Ainsi, grâce au débat public, quelques projets scandaleux ne purent aboutir: la suppression de la traduction en langue des signes du JT de 19H30 ou l’arrivée du téléachat sur le service public. 
Sur ce point, Monsieur Philippot applique une obligation plus large décidée peu après sa nomination par le gouvernement de la Communauté française: celle qui interdit de façon indirecte à tous les administrateurs d’organismes publics de s’exprimer de façon critique sur l’entreprise où ils siègent (…)».

 

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