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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

Mes cinquante ans avec Magritte

ConsoLoisirs par Bernard Hennebert, le 31 août 2017

En 2017, un des escaliers qui mène du Musée Magritte Museum vers l’accès au «Musée Fin de Siècle» propose une série de documents encadrés concernant des activités «Magritte», dont cette affiche trompeuse. Photo © B. Hennebert

Il y a juste 50 ans, je publiais l’un des mes premiers articles. Dans l’hebdomadaire de la Ligue des familles, «Le Ligueur», en date du 1er septembre 1967, il occupa trois colonnes et annonça le décès de René Magritte, cet artiste dont la dernière demeure était située dans le quartier dit «des fleurs» de Schaerbeek (au 97, rue des Mimosas), à cinq minutes à pied d’où j’avais vécu jusqu’au début de mon âge adulte (rue Willem Kuhnen), près du Parc Josaphat et de l’église Sainte-Suzanne, l’un des premiers édifices en béton Art déco de la capitale.

Un demi-siècle de «carrière» plus tard (si c’en fut une !), je me rends compte que les nombreuses œuvres du peintre surréaliste exposées à Bruxelles aux Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique (du moins les conditions dans lesquelles elles ont été rendues accessibles au public) ont constitué un des fils rouges de ma vie professionnelle.

Adepte d’un journalisme d’action favorisant une évolution humaniste pour le bien de tous, préférant à l’inaccessible objectivité la simple honnêteté, j’ai mené notamment par mes écrits de nombreuses actions pour combattre un certain fatalisme ambiant: faire le preuve qu’un citoyen peut être entendu par ceux qui détiennent le pouvoir, voir ses propositions prises en compte et concrétisées.

Ceci demande bien entendu souvent temps, énergie et détermination. Mais parfois, en fin de parcours, des avancées en faveur du public sont possibles. Pour moi, les médiatiser procure des vitamines à notre collectivité et peut éloigner certains d’une vie trop absurde, des extrémismes ainsi que des populismes.

SEPTEMBRE 1967:
L’UN DE MES PREMIERS ARTICLES

Née en 1903, Suzanne Sulzberger, petite fille de peintre et fille de critique d’art, travaillait notamment dans nos musées fédéraux. Elle était une proche de ma famille. C’est elle qui m’initia à l’art lors de visites en duo au Musée d’Art Ancien. Sa façon de poser la voix me faisait penser à la célèbre journaliste de Radio Luxembourg, Geneviève Tabouis, qui terminait toujours ses chroniques par un «À dimanche prochain, pour les dernières nouvelles de demain». Ce n’est que bien plus tard que je me rendis compte que Tante Suzanne était fort différente du reste de mes proches et qu’elle sema la suite de ma vie. Heureux de lui rendre hommage en cet instant.

Tante Jeannot (l’une des sœurs de ma mère) et son époux, Oncle Paul, me rapportèrent d’un voyage à Paris (à l’époque, c’était exceptionnel dans ma famille) un bel album sur les Impressionnistes que j’ai toujours conservé. Quand je fus un grand adolescent, alors que d’autres font du sport, je passais mes soirées à dessiner, en parfait amateur, un «mini récit» Spirou consacré à ce courant pictural, en reproduisant le plus fidèlement possible avec mes crayons de couleur et de l’encre de chine des œuvres de Van Gogh, Pissaro, Gauguin, Renoir, Sisley… qui fut refusé par la rédaction de l’hebdomadaire.

Et donc, ce n’est sans doute pas un hasard si l’un de mes premier articles fut consacré à l’art: l’annonce du décès de Magritte. Il y a tout juste 50 ans.

AOÛT 1998:
PAYER POUR NE PAS CONTEMPLER CERTAINS MAGRITTE

Les MRBAB (Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique) s’enorgueillissent de posséder l’une des plus importantes collections d’œuvres de Magritte. Les guides touristiques relaient cette donnée et, dans «Le Soir», Danielle Gillemon en tirait la conséquence: «(…) Nul n’ignore qu’une bonne part des visiteurs étrangers vient d’abord (aux MRBAB) pour Magritte (…)».

Attentif à cette thématique, j’ai régulièrement découvert qu’à l’étage -6, l’«Espace Magritte» était dépouillé d’une part importante de ses œuvres. Le minimum que j’ai observé, c’était un reliquat de cinq toiles, alors que bien souvent cinq fois plus sont exposées.

Dans ma plainte, je notais qu’un droit du public consistait à être averti de l’absence de telle ou telle œuvre maîtresse du musée avant qu’il ne paie son ticket. Généralement, les musées indiquent celle-ci sur un petit carton affiché à la place du tableau manquant. C’est trop tard: si vous venez expressément pour admirer cette œuvre précise, votre ticket est payé et ne sera pas remboursé. Vous vous sentez trompé, à juste titre.

Le 17/08/1998, Éliane De Wilde, la conservatrice en chef des MRBAB, me répondit: «(…) Près de 2.000 œuvres sont exposées en permanence. Il n’en est donc pas possible d’en montrer la liste à l’entrée. En ce qui concerne les œuvres en déplacement - expositions à l’extérieur, atelier de restauration - la situation est beaucoup plus compliquée que vous ne le pensez. Faute de moyen et de personnel, je ne peux malheureusement rien changer pour le moment».

Depuis plus de vingt ans à la direction des MRBAB (le personnel, lui, fait ce qu’il peut et on ne doit pas l’associer à cette critique), de Madame De Wilde à Monsieur Draguet, les deux arguments «manque d’argent» et «plus assez de personnel» permettent de clore tout dossier de plainte… et surtout de ne pas évoluer. Cela s’appelle bureaucratie et cela existe aussi dans le secteur culturel. Il faut le dénoncer. Le manque de moyens est une évidence mais il ne doit pas devenir une justification de tous les maux.

Aujourd’hui, un écran tactile placé dans le hall d’entrée des MRBAB pourrait avoir différentes fonctions dont celle de renseigner le public (et le personnel!) , avant achat de son ticket, des œuvres exposées (ou pas), des salles ouvertes (ou pas), du plat du jour du restaurant, etc.

Réagissant aux résultats (médiocres) de cette plainte, un ancien conservateur de premier plan d’un de nos musées (dont je dois respecter l’anonymat) m’écrivit:

«(…) De nombreux Magritte ont été absents des cimaises pendant de longs mois. C'est la politique actuelle des musées et des politiques: faire rentrer de l'argent en prêtant ses chefs d'œuvre en Asie ou aux USA. Magritte en a été la victime mais aussi les citoyens qui aiment l'art et veulent le faire admirer à tous. J'ai plusieurs fois voulu montrer à des amis étrangers ces collections et me suis trouvé devant des murs vides... Les politiques doivent comprendre que l'œuvre d'art n'est pas une marchandise commerciale qui s'exporte comme la bière ou les chicons. Je sais qu'il faut faire connaître et partager nos richesses, mais avec modération car les œuvres souffrent toujours lors des déplacements.

De plus, le citoyen «modeste», bon père de famille, doit pouvoir profiter de ce qui est acheté, en partie, grâce à ses impôts! Les donateurs d’hier n'ont pas offert leurs œuvres chéries aux pays lointains mais bien à leur pays, à leur musée. La fréquentation des musées est importante pour les familles et les jeunes, d'où l'importance de leur faciliter l'accès aux œuvres non seulement par la présence de celles-ci aux cimaises (pas en Chine ou ailleurs) mais aussi par des prix abordables par tous».

AOÛT 1998:
UNE AFFICHE TROMPEUSE

La Rétrospective Magritte qui se déroula dans les salles des MRBAB du 06/03/1998 au 28/06/1998 attira plus de 300.000 visiteurs (en moyenne plus de 3.000 par jour) qui purent contempler plus de 350 œuvres. J’ai envoyé une plainte le 24/06/2008 pour tromperie volontaire dans sa promotion.

Les MRBAB avaient choisi comme emblème pour cet événement la toile «Le château des Pyrénées». On la retrouve sur l’affiche, le dépliant, la couverture du catalogue… et fut même le sujet d’un timbre édité par la poste. Mais cette toile fut rapatriée à mi-parcours de la rétrospective à son institution prêteuse, l’Israël Museum!

Mon enquête auprès du personnel me permit de découvrir que lorsque le choix de cet emblème fut fait, la date de retour de l’œuvre à Jérusalem était déjà connue. Le 07/08/2008, Éliane De Wilde, la conservatrice en chef des MRBAB, me répondit: «Il est vrai que le tableau est parti avant la fin de l’exposition et nous le regrettons».

Madame De Wilde omettra cependant dans son courrier de répondre à mes questions plus pointues: «Considérez-vous qu’il était judicieux de choisir comme emblème de cette exposition une toile qui ne sera pas exposée durant toute la durée de la manifestation? Pourquoi le public n’a-t-il pas été averti avant l’achat de ses tickets? Pourquoi le dépliant ne le mentionne-t-il pas?(…)».

En 2017, un des escaliers qui mène du Musée Magritte Museum vers l’accès au «Musée Fin de Siècle» propose une série de documents encadrés concernant des activités «Magritte», dont cette affiche trompeuse.

NOVEMBRE 2003:
IGNORANCE D’UNE CRITIQUABLE ÉVOLUTION DES DROITS DE SES VISITEURS

En novembre 2003, j’interviewe pour «Le Ligueur» Helena Bussers, la conservatrice faisant fonction des MRBAB, et deux de ses collaborateurs.

Celle-ci prend l’initiative de me parler des visiteurs chômeurs qui doivent avoir accès gratuitement aux Musées d’Art Ancien et Moderne dont elle a la charge: «C’est normal pour ces gens pour qui toutes les portes se ferment. Qu’on ouvre les nôtres! C’est l’aspect service public des musées. Qu’un maximum de gens s’y sentent bien». Je n’ose rétorquer trop abruptement à ces trois interlocuteurs d’aussi bonne volonté (et si peu connaisseurs de l’évolution des droits de leurs visiteurs) que cette gratuité des chômeurs a été supprimée quelques mois plus tôt (et remplacée par une réduction) par leur ministre de tutelle Charles Picqué.

SEPTEMBRE 2008:
CHÔMEURS, SUCEZ-LE DE VOTRE POUCE !

La présentation des «réductions» pour visiter les fonds permanents des MRBAB est lacunaire au comptoir-caisse de l’accueil du musée. Si celles qui concernent les seniors ou les jeunes de moins de 26 ans sont clairement indiquées, aucune mention n’est faite pour celle qui concerne les chômeurs. Les visiteurs qui pensent que la tarification affichée est exhaustive risquent de croire que rien n’est prévu pour cette catégorie de la population. De plus, s’enquérir auprès du caissier pour savoir si cette réduction existe et se faire entendre des autres personnes dans la file peut entamer l’amour propre de certains visiteurs.

À quoi bon opter pour pareille réduction, si c’est pour ne pas la médiatiser? Le droit à l’information du visiteur n’est donc pas respecté. Mon courrier (12/01/2008) et ses rappels (11/06/2008 et 25/07/2008) qui détaillent ce problème resteront sans réponse, à l’inverse d’un envoi en recommandé (19/09/2008). Six jours plus tard, le 25/09/2008, je reçus une réponse du directeur général Michel Draguet qui explique son long silence par le fait que toute son énergie a été absorbée par le futur Musée Magritte. «Je suis conscient du caractère lacunaire des tarifications (quoique ceci a été corrigé)» m’indiquera-t-il. Et pourtant l’absence de l’indication de cette réduction «chômeurs» se poursuivra encore pendant plus de huit mois jusqu’au 30/05/2009, date où l’ensemble des prix d’entrée des MRBAB seront revus à l’occasion de l’ouverture de ce fameux Musée Magritte.

Une plainte analogue fut faite pour une exposition, le 24/12/2003, au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles (dénommé par la suite Bozar) et une tarification plus conforme fut affichée le 14/01/2004, soit trois semaines plus tard.

MAI 2009:
LE SYNDROME DE LA DAME BLANCHE

Les MRBAB ont restauré une de leurs sections, celle consacrée aux œuvres de Magritte.

À l’inverse de tout ce qui se passait jusqu’alors quand l’unité des lieux était respectée (on payait une seule entrée pour découvrir toutes les œuvres présentées aux MRBAB: les anciennes et les modernes dont la collection des Magritte), ils ont fait croire qu’il s’agissait d’un nouveau musée (et cela a marché grâce au rouleau compresseur médiatique), ce qui leur permit de multiplier les ventes de tickets d’entrée (par trois) et de développer astucieusement («artificiellement» diront certains) les statistiques de fréquentation du vaste ensemble muséal. Il se nommera «Musée Magritte Museum» car un «Musée Magritte» existe déjà à Jette (la maison située au 135, rue Esseghem où habita le peintre: www.magrittemuseum.be).

Le 19 mai 2009, la veille du vernissage royal, Le Soir publia ma carte blanche «Le nouveau Musée Magritte ou le syndrome de la dame blanche». On pouvait y lire notamment: «...Avec l'inauguration du Musée Magritte, nous allons donc vivre le «syndrome de la dame blanche» adapté à la culture. Explication: ces dernières années, nombre de tea rooms ont, en effet, réussi à masquer une hausse significative du prix de cette coupe glacée typiquement belge en dissociant ses éléments mythiques: de la glace vanille, du chocolat chaud et de la crème fraîche (ou chantilly), cette dernière constituant désormais un supplément facultatif, supplétif... et tarifé à part. En art donc, désormais, on isole aussi un élément de ce qu'on considérait comme un tout (...) Jusqu'à la veille de l'ouverture du Musée Magritte, il fallait s'acquitter de 5€ (tarif prix plein) pour admirer tous les chefs d'œuvres anciens et modernes des Musées Royaux sis rue de la Régence, dont sa célèbre collection d'œuvres du maître surréaliste considérée par les guides touristiques comme l'une des plus riches au monde.

Désormais, pour découvrir sur une surface plus ou moins analogue (aucun nouvel immeuble n'a été construit) globalement le même nombre d'œuvres anciennes et modernes, il faudra acquérir un billet combiné de 13€ (collections permanentes des Musées d'Art Ancien et Moderne + Musée Magritte). Il s'agit donc de bien plus que d'un doublement du prix, en pleine crise économique sans précédent. Profitant du délire inaugural du Musée Magritte, une autre augmentation substantielle est discrètement mise en place: le «tarif normal» pour la visite des Musées d'Art Ancien et Moderne passe de 5 à 8€. Bien sûr, la majorité des touristes acceptera sans doute ces augmentations mais, le premier effet de «mode» passé, qu'en sera-t-il pour le public autochtone?».

Intégrale du texte:http://www.consoloisirs.be/textes/090519carteblanchemagritte.html

Alors que, de plus en plus souvent, les différents médias se reprennent les uns aux autres telle ou telle information diffusée en priorité, rien de tel dans le cas présent. C’est d’autant plus étonnant que l’on a dénombré, lors de la naissance de ce musée, un nombre significatif de suppléments publiés par la presse écrite et d’émissions spéciales réalisées tant en radio qu’en télévision, avec généralement un contenu redondant.

OCTOBRE 2009:
500.000 DÉPLIANTS INCOMPLETS

La promotion de la gratuité mensuelle du «Musée Magritte Museum» (chaque premier mercredi du mois, il reste payant de 10 à 13 heures, sans doute pour empêcher l’accès libre aux groupes scolaires, et est gratuit de 13 à 17 heures) devrait, bien entendu, être faite sur internet avant que le visiteur ne se décide à acheter un ticket. Il n’en est rien. Mois après mois, j’ai interpellé, depuis le 1erjuillet 2009, Sabine Laruelle, la Ministre ayant en charge les musées fédéraux. Finalement, son chef de cabinet, Christophe Hardy, me contacte, le 9 octobre 2009, pour m’indiquer qu’il a «enfin obtenu des éléments de réponses plus précis». À savoir: «Cette mesure de gratuité qui s’applique à tous les musées fédéraux depuis de nombreuses années semble bien connue du public si l’on se base sur l’augmentation considérable du nombre de visiteurs, le jour dit» et «Quant à l’insertion de la mention sur le site internet du Musée Magritte, le point a été mis à l’ordre du jour du prochain comité exécutif». Finalement, les MRBAB obtempéreront à la demande pressante de leur ministre de tutelle.

Les luxueux et prolixes dépliants présentant le musée ne mentionnaient pas non plus cette gratuité mensuelle. Sur cet autre point, Mr Hardy m’indiquait: «Concrètement, les services des MRBA m’ont assuré que l’insertion de la mention dans le dépliant sera prévue, lors de la réimpression. La date précise de celle-ci n’est pas connue et dépend de l’écoulement du stock de dépliants actuel (500.000 exemplaires)». Et là, il faudra patienter plusieurs années pour qu’une nouvelle édition mette fin à cet oubli…

2012:
IL EST INTERDIT DE DESSINER OU DE PRENDRE DES NOTES

En 2012, une visiteuse irritée m’envoie le courriel suivant: «J’ai visité dans le courant du mois de janvier le Musée Magritte Museum. Ma visite a été interrompue car alors que j’inscrivais dans un petit carnet au crayon une note personnelle, un garde m’a apostrophée et m’a interdit d’écrire dans le musée. L’intervention de ce garde constitue pour moi une violation de mes droits personnels dans un pays démocratique. J’ai quitté l’exposition et je suis allée parler au responsable du musée qui m’a confirmé qu’il était interdit d’écrire. Suite à cet «incident», j’ai écrit une réclamation remplie de colère tant j’étais hors de moi. J’ai demandé le remboursement de mon billet (…)». Comme le musée ne lui répondait pas, j’ai conseillé à mon interlocutrice de renvoyer une plainte du même tonneau, ce qu’elle fit. Là, elle reçut rapidement une réponse insupportable: le musée lui demandait de lui téléphoner. Afin qu’il n’existât aucune preuve écrite? L’affaire en resta là.

Elle démontre au moins que le droit à recevoir une réponse écrite à une plainte reste un droit minimum à conquérir, ne fût-ce pour qu’un début de dialogue puisse s’instaurer entre un organisme culturel subsidié et ses usagers. Je pense que le public est en droit de se faire rembourser son ticket si cette interdiction n’est pas portée à sa connaissance avant qu’il ne l’achète. Il s’agit d’un droit important (tout comme la possibilité de photographier sans flash) pour une partie significative du public et ce dernier doit en être averti au moment où il va faire son choix de découvrir ou non ladite activité culturelle (qu’elle soit payante ou gratuite).

Rebondissement trois ans plus tard de ce dossier grâce au site français www.louvrepourtous.fr qui publie le 4/10/2015 une enquête minutieuse intitulée «Ces musées belges qui interdisent croquis et notes» (www.louvrepourtous.fr/Ces-musees-belges-qui-interdisent,788.html). Avec cette information inédite: «(...) Nous avons contacté la Fondation Magritte, partenaire privilégié du musée dès sa création. Ayant pour objet d’assurer la pérennité et la protection de l’œuvre et de la renommée de René Magritte, cette association a été fondée à l’initiative de Charly Herscovici, l’unique ayant droit du peintre depuis qu’il a été désigné légataire universel de tous ses droits patrimoniaux, en 1986 à la mort de Georgette Magritte, la veuve dont il était le secrétaire. À notre grand étonnement, il nous a répondu personnellement, nous signifiant très clairement au sujet de la prise de notes et de croquis: «Nous n’avons jamais, et en aucun cas, interdit quoi que ce soit dans un sens ou dans un autre».

Bernard Hasquenoph, coordinateur du site et auteur de cette enquête, dévoile ensuite le même positionnement de Charly Hercovici pour la prise de photos: «(...) Nous avons demandé à Charly Herscovici si l’interdiction photo dans l’établissement belge était de son fait. Réponse: «Non, je n’ai rien à voir avec l’interdiction photo pour les visiteurs au sein du Musée». Ainsi donc, le musée Magritte interdit autoritairement prises de notes, croquis et photos (...)».

Le 7/10/2015, pour l’hebdomadaire français Télérama, Luc Le Chatelier investigue davantage à partir du travail de Bernard Hasquenoph dans un article court intitulé «C’est surréaliste: il est interdit de dessiner au Musée Magritte de Bruxelles» (www.telerama.fr/scenes/c-est-surrealiste-il-est-interdit-de-dessiner-au-musee-magritte-de-bruxelles,132448.php). Le lendemain, le 8/10/2015, massivement et pour la première fois, la presse belge aborde l’affaire, citant le «prestigieux hebdo culturel français»: une pleine page dans Le Soir, un même article publié dans La Libre et dans La Dernière Heure, des reportages dans les JT de la RTBF et de Télé Bruxelles. Couronnement, dans les éditions du week-end du Soir (10/10/2015), où cet événement est considéré comme l’un des trois gagnants de la semaine. Éric Deffet explique pourquoi: «(...) Le surréaliste belge aurait sans doute bien ri de cette décision administrativo-kafkaïenne. Justification officielle: manque de personnel de surveillance. Plus sérieusement: pas question de reproduire les œuvres de l’artiste... Présentez-vous vite sur place et si le cerbère vous confisque votre portemine, répliquez: Ceci n’est pas un crayon».

Mais aucun média belge n’aborde les déclarations de Charly Herscovici. Il est vrai que Télérama n’y faisait pas allusion et il fallait lire toute l’enquête de Louvrepourtous.fr pour découvrir ce «scoop» (publié aux 3/4 du long article).

Tous les médias de chez nous réchauffent donc une info ancienne, loupant ce qui aurait permis de la réactualiser et, surtout, de remettre en question la communication institutionnelle du musée qu’ils ne se privent pas de diffuser sans investigation, empêchant ainsi tout débat contradictoire auprès de leur public.

Aucun des quatre arguments évoqués n’est crédible.

1. L’argument qui revient le plus souvent est celui du droit à l’image. «Les propriétaires de certaines œuvres verraient d’un mauvais œil que les peintures soient reproduites» selon La DH. Mais aucune sous-question du type: n’y a-t-il pas de la part du musée, en ce qui concerne ce droit de reproduction, confusion entre photographier et dessiner ou prendre des notes? À Télé Bruxelles, Isabelle Bastaits, la chargée de communication des Musées Royaux, est catégorique: «Les prêteurs privés ne souhaitent pas que les œuvres soient reproduites de quelque manière que ce soit». Il est regrettable dès lors qu’elle ne soit pas ensuite interrogée sur les déclarations de Charly Hercovici faites à Bernard Hasquenoph (voir plus haut).

S’il existe effectivement quelques exceptions d’interdiction de photographier (on ne parle même pas ici de dessiner avec un crayon) pour respecter le droit à l’image d’ayants droits, il suffit de limiter cette mesure défavorable aux droits du public uniquement aux œuvres en question et non d’appliquer la restriction à l’ensemble du musée. Aucune réflexion à ce sujet dans les médias belges.

2. Le manque de place au «Magritte». Le JT de la RTBF accepte comme pain bénit un autre argument de Mme Bastaits, omniprésente dans ce dossier et jamais contredite. Où est donc l’investigation? Elle explique que l’interdiction s’applique au «Magritte» car ses locaux sont relativement étroits (2.500 m2) et qu’il faut favoriser le flux des visiteurs. Alexandre Météa a-t-il préparé son interview (de même, dans Le Soir, Michel Draguet parle de lieux assez exigus)? A-t-il simplement lu le texte du règlement? Car l’interdiction y est également bien prévue pour les expositions temporaires qui, elles, se déroulent dans des espaces autrement grands!

Si on prend en compte cet argument, il faudrait immédiatement supprimer la location d’audioguides qui «figent» les visiteurs de longues minutes devant les toiles ou les visites guidées qui «encombrent» bien davantage l’espace du musée!

Pour respecter le confort des visiteurs, il ne faut pas interdire certains droits du public (dessiner, prendre des notes, photographier, utiliser un audioguide ou assister à une visite guidée) mais, en cas de succès et de trop importante fréquentation, limiter le nombre d’entrées et favoriser la prévente par tranche horaire. Voilà des arguments à proposer à une attachée de presse par des journaux ou des télévisions qui s’intéressent aux droits de leurs lecteurs-visiteurs! On en est loin.

3. La protection des peintures.

Pour justifier l’interdiction, Le Soir se contente de publier la déclaration suivante de Michel Draguet sans nullement la remettre en question: «On a déjà eu pas mal de dégradations d’œuvres. Nous avons dû prendre des mesures en 2005 après que, lors de l’exposition Le Romantisme en Belgique, une œuvre a été dégradée à coup de pic (dans l’article du Soir, il est bien écrit le mot «pic»). Plus près de nous, en 2013, rappelez-vous «La Liberté guidant le Peuple» de Delacroix, prêtée par Le Louvre à l’antenne du musée de Lens, fut taguée par une visiteuse...». À Lens, la toile fut bien mutilée à l’aide d’un marqueur.

Le cancre de la classe, à propos de cette thématique sécuritaire, serait bien le JT de la RTBF.

Pour illustrer les dangers d’outils permettant de dessiner ou d’écrire, il a proposé une courte séquence où l’on voit à Taipei un jeune Taïwanais renverser accidentellement le contenu d’un verre sur un tableau ancien. Cet exemple (qui n’a rien à voir avec la thématique abordée) est d’autant plus absurde que les boissons sont toujours interdites (à juste titre d’ailleurs) dans nos institutions muséales.

Tout ceci démontre avec quelle légèreté on ose traiter les dossiers qui soutiennent les droits du public dans le secteur de la culture. Affligeant.

À propos des vitres, Michel Draguet poursuit ainsi sa déclaration dans Le Soir: «Pour protéger nos œuvres, nous sommes donc obligés ou bien de les recouvrir de verre (ce qui en altère parfois la perception) ou alors de contrôler, par autorisation, l’utilisation de matériel de dessin dans les salles». Pour le conservateur, dans cette déclaration à la presse, c’est «ou» recouvrir de verre, «ou» interdire le matériel de dessin. Petit mensonge! Dans le réel, c’est plutôt un «et, et», ce qui semble abusif. En effet, au «Magritte», la plupart des œuvres sont protégées par des vitres ou plexiglas (ce que critiquent souvent les visiteurs), il n’y avait donc aucune raison d’inventer cette interdiction complémentaire.

4. Diminution du nombre de surveillants.

L’ultime argument invoqué concerne la surveillance des œuvres. Selon La DH et La Libre, les employés du musée invoquent «les coupes budgétaires qui ont eu pour conséquence de faire diminuer le nombre de surveillants dans les musées». Dans Le Soir (moins dupe?): «Justification officielle: manque de personnel de surveillance». S’il y a effectivement moins de gardiens, est-ce justement une bonne idée que de les encombrer d’une mission supplémentaire aussi peu efficace, et donc non prioritaire: empêcher le visiteur de dessiner ou de prendre des notes?

À ce sujet, ni la direction du musée, ni son personnel, ni les médias n’ont jugé utile d’informer le public de la politique de gardiennage des Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique: de quand à quand fut-il fait appel à une société privée, quel en fut le coût, comment furent préservés dans cette tâche les objectifs de démocratisation de la culture, etc. Voilà, là aussi, un autre débat de fond «interdit au public».

Lorsque la presse belge s’est emparée de cette thématique, les réactions des visiteurs furent très nombreuses sur la toile. Elles vont quasi toutes dans le même sens. Une bouffée d’air! En voici un mini florilège.

- Un dimanche matin, Philo, 7 ans, et moi-même nous sommes fait interdire de dessiner des œuvres d’art du «Musée Fin de siècle» et du «Musée Magritte». Pour des questions de droit. J’étais furieux, j’ai sorti ma carte des "amis du musée", j’ai fait venir le responsable qui m’a expliqué que c’était une question de droits d’auteur... Mais enfin. Nos filles vont bientôt avoir une amende pour dessiner les "nombrils" dans les marges de leurs cahiers? Le plus absurde, c’est qu’en tapant «Magritte» sur Google image, toutes ses œuvres apparaissent, absolument libres d’être recopiées, voire même imprimées en grand format. C’est n’importe quoi... Une action, Bernard Hennebert? On débarque un matin au musée avec nos enfants, et on fait de la désobéissance civique devant la presse pour voir jusqu’où ils iront pour nous empêcher de dessiner?

- Il y avait très peu de monde dans le musée, on ne bloquait personne... On a dessiné la nageuse de Spilliaert pendant 20 minutes, assis par terre, sous le sourire des gardiens.

- Le musée, frigo à œuvres d’art ou espace ouvert au dialogue, à l’appropriation, à la vie? Il faut avouer que, parfois, en Belgique, on se pose la question. Merci à Bernard Hennebert pour son infatigable travail.

- C’est plutôt à contre-courant des musées en général qui font des efforts pour rendre la visite ludique aussi pour plus jeunes. Dommage.

- Dans le temps, on avait des musées. C’était chouette, les musées: on pouvait y aller même pauvre, car ils étaient gratuits. On pouvait flâner dedans, s’arrêter devant une œuvre interpellante, en prendre un croquis on une aquarelle, revenir quelques jours après, comme ça, par plaisir, sans plans, pour rafraîchir sa mémoire d’une complicité artistique de passage... Mais ils n’existent plus, les musées. Ou presque. Il ne reste que des zombies, des machins bizarres remplis d’œuvres d’art, mais où tout est interdit sauf payer l’entrée et passer, vite, en fermant sa gueule. Faites attention: ça ressemble à un musée, mais ça n’en est pas un. Si vous vous trompez, et si vous vous comportez malgré tout comme un visiteur de musée, vous risquez des coups, les menottes dans le dos, et une nuit en tôle.

- Inouï et scandaleux

- P.S. De toute façon, pour dessiner en public, il nous reste Ikea: ils fournissent même le matériel.

- Et puis après tout pourquoi ne pas décider d’interdire de dessiner tout simplement? Dans et hors des musées... Certains l’ont déjà fait, non?

Probablement suite à cette catastrophique campagne médiatique franco-belge, le règlement des MRBAB a heureusement évolué mais reste complexe. Jugez-en par vous même!

- Article 7: «Les visiteurs ont le droit de dessiner au crayon sur format A4 dans les salles des Musées et dans les expositions temporaires moyennant une autorisation écrite. Les visiteurs ont la permission de prendre des notes au crayon, sur format A4 dans les salles des Musées et dans les expositions temporaires».

- Article 18: «Il est interdit de gêner les visiteurs ou de présenter un risque pour les œuvres en prenant des notes ou des croquis devant celles-ci».

- Article 18 bis: «Il est interdit de gêner les autres visiteurs par l’usage de téléphones portables ou autres appareils dans les salles à l’exception de l’écoute de programmes téléchargés ou d’audioguides des Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique».

- Article 19: «Les visiteurs sont toujours tenus de se conformer aux injonctions qui leur sont adressées par le personnel des Musées».

- Article 23: Spécifiquement, pour les groupes «(…) l’autorisation de dessiner sur format A4, au crayon, dans les salles du Musée Oldmasters, Modern et Fin-de-Siècle est accordée automatiquement aux groupes ayant réservé une visite et reçu une autorisation écrite.

Il est interdit de dessiner dans le Musée Magritte et dans les expositions temporaires. Cette interdiction a pour but de protéger les œuvres en provenance de prêteurs privés et de certains Musées».

- Article 24: Toujours pour les groupes: «(…) l’autorisation de prendre des notes sur format A4, au crayon, dans les salles du Musée Oldmasters, Modern et Fin-de-Siècle est accordée automatiquement aux groupes ayant réservé leur visite, accompagnés de leur responsable et ayant reçu une autorisation écrite. Il est interdit de prendre des notes dans le Musée Magritte et dans les expositions temporaires. Cette interdiction a pour but de protéger les œuvres en provenance de prêteurs privés et de certains Musées».

- Article 25: «Pendant les heures d’ouverture au public les visiteurs peuvent photographier ou filmer (vidéo incluse) les œuvres exposées dans les salles des Musées avec du matériel léger pour un usage privé, à l’exception de toutes celles qui sont pourvues d’un sigle d’interdiction. Les images prises ne peuvent en aucun casêtre diffusées».

- Article 26: «Sauf autorisation écrite de la direction, sont interdits:

• l’usage des flashs, lampes et autres dispositifs d’éclairage

• l’usage de pied

• l’usage de perche pour prises de son».

-Article 27: «Il est interdit de photographier les installations et équipements techniques».

EN 1998 COMME EN 1899:
AUJOURD’HUI, DES LECTEURS REVENDICATIFS COMME CERTAINS JOURNALISTES D’AUTREFOIS

À propos de la grande rétrospective Magritte qui se déroula aux MRBAB du 06/03/1998 au 28/06/2008 (voir plus haut, le point 2), comment ne pas entendre cette interpellation de trois lecteurs qui ont publié une lettre dans feu le courrier des lecteurs «Furieusement Vôtre» de l’hebdomadaire Télémoustique, le 29 avril 1998!

Ils la signèrent ainsi: «Trois jeunes fauchés, malheureusement assoiffés de Culture».

De «leur banlieue ouvrière», et... sans avoir réservé, voyagèrent jusqu’à Bruxelles pour y découvrir la Rétrospective Magritte: «Quelle ne fut pas leur déception lorsque, 100 km plus loin, on leur annonça que l’expo était «sold out today». Eh oui, ils auraient dû réserver à l’aide de leur carte de crédit. Mais comment faire lorsqu’on est fils d’ouvrier, chômeur ou étudiant et qu’on n’a pas la jouissance des avantages bourgeois? Réponse du musée: venir aujourd’hui, payer de suite, et visiter demain. Alors, on a fait un tour dans la capitale, puis on est rentré chez nous, forcément déçus…».

Ce n’est pas faire du misérabilisme que de souligner le fait que certains visiteurs doivent se serrer la ceinture pour payer leur entrée. Et qu’il leur est encore plus difficile d’avancer cette somme plusieurs mois à l’avance, d’autres priorités économiques accablant leur quotidien. La crise actuelle va multiplier le nombre de ces personnes pour qui financer une place de musée sera un luxe. Et pourtant, par leurs impôts, ils contribuent à l’existence même de la plupart de ces musées. Voilà pourquoi je prône, au moins pour les activités et les institutions subsidiées, la nécessité, à côté de la prévente, de prévoir un contingent de places valables pour le jour même qui pourraient s’acheter sans majoration au guichet dès son ouverture. Cette possibilité devrait pouvoir entrer en concurrence avec les réservations et donc serait signalée par l’organisateur à chaque fois qu’il annonce ses conditions des réservations notamment via internet.

La façon de s’exprimer de ces jeunes visiteurs tranche avec le langage généralement bien plus soft actuellement utilisé par la majorité de nos médias pour présenter le «Musée Magritte Museum» ou les évolutions des MRBAB.

Là, il y a également une évolution, sans doute sournoise, et il me semble bien utile de rappeler qu’autrefois, tous les journalistes n’entraient pas aussi facilement dans les rangs! Ainsi, depuis leur création par Bonaparte au début du XIXe siècle, les MRBAB connaîtront un parcours sinueux concernant leur accès pour le public, gratuit ou non. Peu après leur naissance, cette gratuité (à tous les moments d’ouverture) sera remise en question sous prétexte que beaucoup de visiteurs débattaient ou sommeillaient sur les banquettes. Les gardiens n’appréciaient pas non plus le bruit des sabots des enfants des classes populaires qui visitaient les lieux. Le Peuple réagit, le 17 mars 1899, en publiant un article intitulé «Les Pauvres et les Beaux-Arts» qui considéra le nouveau droit d’entrée (5 FB) comme « une nouvelle manœuvre pour priver les ouvriers, les campagnards, les «gens du commun» de toute impression d’art». À l’époque, on osait pratiquer un journalisme d’investigation populaire. La gazette socialiste expliqua comment pratiquaient les huissiers «de temps immémorial habitués à somnoler dans les galeries et qui en sont arrivés à croire que le Musée a été créé expressément pour leur fournir des salles de repos ou des dortoirs». Pour «dégoûter» les instituteurs de visiter avec leurs élèves: ils conseillaient aux «frotteurs» d'astiquer bruyamment le plancher et de parler haut pour couvrir les commentaires dispensés, ou alors «c’est l’huissier qui se précipite, interrompant la leçon, sous prétexte que les enfants s’approchent trop des tableaux».

EN 2017:
EN GUISE DE CONCLUSION

Ces exemples nous montrent que les problèmes que les visiteurs doivent affronter sont multiples et qu’il n’existe guère de législation pour tenter de les contenir.

Une première évolution concrète fut la création en 2006 d’un «Code de respect des usagers culturels en Fédération Wallonie-Bruxelles». Il accorde 15 droits aux usagers dans toutes les institutions culturelles subsidiées par la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Les voici:http://www.centresculturels.cfwb.be/index.php?eID=tx_nawsecuredl&u=0&file=fileadmin/sites/cecu/upload/cecu_super_editor/cecu_editor/documents/actu/code_de_respect_des_usagers_culturels__reglement_du_bureau_de_conciliation.pdf&hash=99c4873072b800b23de6b00bdbf09870a3ad4e9b

En 2017, ce Code est sélectionné dans les «expériences de référence» (partie «Le musée éthique et citoyen») du nouveau rapport sur «Les Musées du 21ème siècle» coordonné par Jacqueline Eidelman et qui vient d’être remis au Ministère de la Culture en France.

La même année (le 30/05/2017), son intérêt a été rappelé par Alda Greoli, la ministre de la culture de la Fédération Wallonie-Bruxelles, dans le cadre de la publication des «40 actions pour une nouvelle politique culturelle en FW-B».

Son action 28 annonce une étude du champ des droits des usagers en lien avec les droits culturels: «L’OPC et l’AGC étudieront, par une approche notamment juridique, les principes généraux des droits des usagers et des opérateurs culturels soutenus par la FW-B. À la lumière de ces éléments, la Charte des usagers sera actualisée pour permettre l’application des droits culturels en faveur des opérateurs, des créateurs et des usagers, sur base d’une démarche informative large et d’un processus consultatif. Dans le cadre de la Charte, une médiation de proximité sera instaurée au sein de l’Inspection. En outre, un observatoire des droits culturels sera animé par l'OPC en collaboration avec les associations expertes du champ de l'EP pour améliorer la production d'informations, de statistiques, d'analyses et de réflexions, sur l'exercice de ces droits, dans une visée d'approfondissement de la démocratie».

Quel rapport avec les œuvres de Magritte exposées aux MRBAB, le fil conducteur de cet article?

Le 3 septembre 2007, Michel Draguet m’a confirmé par écrit que les 15 points du «Code de respect des usagers culturels en Fédération Wallonie-Bruxelles» avaient été examinés par les services des MRBAB: «Nous sommes en mesure de souscrire aux points 1 à 15».

Ainsi, une «bonne pratique» né en Fédération Wallonie-Bruxelles aurait pu inspirer la gestion culturelle fédérale (nationale) mais depuis, aucune concrétisation n’a vu le jour.

Vu l’accumulation des difficultés rencontrées par le public qui fréquente les MRBAB et vu la réactualisation prochaine du Code ainsi que l’intérêt qu’il suscite en France, on peut espérer que la situation évoluera et, qui sait, que bientôt également l’Europe elle-même s’emparera de ce sujet.

Vous comprendrez aussi aisément l’utilité de la création et du développement d’une véritable association des visiteurs des MRBAB.

Pour ma rubrique «À l'écoute des usagers du temps libre» n°34 parue dans Le Ligueur du 7 mai 2003 (http://www.consoloisirs.be/articles/leligueur/032.html), le Ministre de l’économie Charles Picqué m’indiquait: «Les musées auraient intérêt à élargir le principe des associations des «Amis du musée» qui ne rassemblent actuellement que des collectionneurs, d’anciens fonctionnaires et des sponsors. Il faudrait y adjoindre de simples visiteurs. Ainsi, pourrait se renforcer une consultation et une participation du public à la définition de la gestion et des objectifs des musées. Pourquoi ces associations ne pourraient-elles pas devenir un ferment de médiation informelle entre le public et l’autorité?».

Quatorze ans plus tard, il n’a pas (encore) été entendu.

 

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