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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

Souvenances

Le Chant la vie par Serge Noël, le 08 mai 2018

...un homme n’est libre que s’il se bat pour que tous le soient... Photo © Jean-Frédéric Hanssens

fougères craquant sous la neige

rousses et sèches

dans la forêt les biches mangent l’écorce des arbres

on entend le croassement des corbeaux fendre l’air glacé

en ville la tranquillité des petites rues

où dansent les enfants autour des marelles

un nuage à la bouche

et la lune devient rouge

au raz des toits par où sinue la fumée

immobile figé je songe en bleu

je repense à l’été

je pense à toi gazelle mâle

à tes bonds par-dessus les hautes herbes

 

une lettre ce jour qui m’est adressée

un ami lointain me parle de mer

de pays défaits de routes mortes

de cadavres noirs sous les bombes

et d’enfants qui ont du mal à respirer

les avions là-haut glissent sur l’horreur

et rentrent chez eux sans avoir été touchés par le sang

des hommes rampant entre les maisons

il n’est plus une pierre sur une pierre

le silence après l’orage pèse sur les épaules

et peuple les rêves que l’on fait les yeux ouverts

comment parler simplement des bois et des champs

en hiver et au mois d’août

quand c’est l’enfer qui vient là-bas

comment vivre sans saigner

 

le soleil

enveloppe la peau des dames qui passent

une aurore dans les cheveux

une aurore sur les hanches

mais qui dit ce vent léger chaud blond

je dis la brûlure des soleils embrasés

sur les têtes des petits enfants dans les rues de Gaza

je dis la blessure profonde la douleur le couteau

dans le cœur et le corps des migrants noirs en Lybie

le soleil est un ami proche

intime au creux des yeux

qu’importe qui parle

qui dit la misère et la mort

dans un après-midi fauve et doux

qu’importe les rêves et les doutes

quand revient danser le mois d’août

un homme n’est libre que s’il se bat pour que tous le soient

et dans l’après-midi par la fenêtre la soie

du temps clément qui baisse vers 21h

la soie tendre du soleil parle de déserts et de crues

 

et je me souviens bien des nuits

des nuits noires et gommées

quand le lumignon de l’ennui

et du sommeil reste allumé

 

musiques claires et fragiles

ô notes pures du malheur

et debout sur mes pieds d’argile

je danse au cœur de la male heure

 

mais je n’ai jamais su aimer

comme une porte refermée

j’aime pour le monde en entier

le monde entier est mon quartier

 

comment faire pour ne pas avoir mal à la bouche des noyés

comment comment vivre simplement

dans une fiction de vie pleine

alors que mes frères mes sœurs s’enfuient dans la tourmente

et que faire

c’est mon océan à moi

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