semaine 39

Pendant ce temps-là on dévore la Terre

Edito par Jean Rebuffat

Cette capture d'écran du monde.fr fait évidemment allusion au non initial de la Wallonie, de Bruxelles et de la fédération Wallonie-Bruxelles à l'égard du Ceta. Mais le dessin de Xavier Gorce peut aussi s'interpréter comme la menace que la fonte des glaces fait peser sur les manchots... même si on annonce en même temps la création d'un vaste sanctuaire en Antarctique. (D.R.)

Le Ceta a monopolisé l'attention ces derniers jours et a fait connaître Paul Magnette bien au-delà de Namur ou de Charleroi. Le commerce et le social, c'est bien, mais à quoi bon laisser mourir cette planète? Or c'est ce qui se passe et si la prise de conscience est réelle et les premiers efforts, actés, il n'en reste pas moins qu'un Luxembourgeois consomme neuf planètes par an...

Il faut évidemment toujours se méfier des cassandres et l'histoire de l'humanité montre que quand il se fait vraiment tard, l'homme prend des mesures de sauvegarde de l'espèce, quelque part entre les nécessités de l'immédiateté, de la vie hic et nunc, qui découle de l'instinct de survie de tout être vivant, et celles du long terme, qui découle de la survie de l'espèce qui, elle aussi, est inscrite dans nos gènes. Mais il y a tout de même un grand écart à réussir pour concilier mondialisation et le respect minimal de la nature.

Le vrai problème, au fond, est que le mode de vie le plus gourmand, celui des pays développés, s'affirme fatalement comme le modèle à suivre. Il est donc parfaitement égoïste de ne pas nous poser des questions, nous dont la panse est pleine et à qui les moins nantis veulent ressembler. Il est bien beau de disserter sur les vertus des filières de proximité tout en oubliant que c'est un comportement global qui ébauchera une solution durable. Le terme développement durable est un oxymore qui n'a pas encore perdu de sa puissance. Et si effectivement, les garanties que la Wallonie et Bruxelles ont obtenues quant au Ceta, dont on a oublié un peu vite que personne en fait ne le contestait sur le fond dans les majorités des états belges fédérés, constituent aussi un exemple de débat démocratique inattendu, ce traité part du principe que la liberté de commercer, quels que soient les garde-fous mis en place, est une sorte de droit naturel.

Alors certes ne nous enfermons pas dans notre village et admettons que les vertus odoriférantes du fromage de Herve puissent flatter les narines canadiennes; refusons les barrières de péage et les douanes; aérons nos cerveaux en comprenant que les bonnes idées ne naissent pas uniquement ici. Cependant, en contrepartie, ayons à l'esprit un comportement citoyen qui exigerait avec la même vigueur des comportements plus doux. Car les faits sont effrayants. Le rapport du WWF vaut ce qu'il vaut et on peut certes chicaner certains de ses aspects: il n'en reste pas moins que notre mode de vie a dépeuplé la Terre d'une bonne moitié des individus des autres espèces et que nous dépassons de 60% les capacités de régénération de la planète, principalement à cause de l'empreinte carbone qui est trop élevée et dont les deux raisons les plus criantes sont d'une part la combustion des énergies fossiles et de l'autre... l'alimentation.

Cette empreinte carbone, dans l'absolu, provient des pays très peuplés mais si l'on fait le compte individu par individu, on voit très bien le rapport avec des indicateurs comme le PIB. Le développement induit un changement d'habitudes alimentaires et une plus grande mobilité. Bien sûr, il y a des nuances locales importantes, comme par exemple entre la Chine et l'Argentine qui ont grosso modo la même empreinte par habitant mais pour des causes différentes: le Chinois se chauffe beaucoup au charbon et l'Argentin mange énormément de viande bovine. Aucune solution magique globale n'existe donc. Le paraphe de Paul Magnette en dessous du Ceta n'y changera rien.
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