semaine 38

Impatiences et crispations

Edito par Jean Rebuffat, le 10 septembre 2021

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Une très large majorité n'est pas l'unanimité. Photo © Jean Rebuffat

Il y a deux conceptions de la liberté qui s’affrontent dans le débat sur la vaccination anti-covid. L’une, nettement majoritaire, tient de cette évidence selon laquelle la liberté d’un individu s’arrête à celle d’autrui ; l’autre, très remuante, part du principe qu’on ne peut rien imposer, même indirectement, par exemple en rendant intenable la position du non-vacciné. Au nom de la première, certains recommandent de rendre la vaccination obligatoire (il ne serait pas le seul vaccin dans le cas) et soulignent que le vaccin a fait ses preuves tant dans son innocuité que dans son efficacité ; plus on traîne, plus le risque de voir un variant pire que l’actuel s’accroît, rendant plus lointaine l’immunité collective. Mais ce qui semble se dessiner, c’est que les vaccinés commencent à trouver qu’il n’y a aucune raison de continuer à ménager les récalcitrants, rendus responsables de la prolongation des mesures sanitaires actuelles. On sent une crispation de plus en plus vive et un plaidoyer subséquent pour l’instauration d’un véritable passe sanitaire.

Il est clair que le passe n’est pas une garantie absolue et que sa mise en place comprend une part d’incitation, voire d’injonction, à la vaccination. Il est évident aussi que les non-vaccinés d’aujourd’hui ne sont pas tous foncièrement hostiles à la vaccination ; on sait que la précarité joue un rôle dans le taux d’abstention (il faut donc aller chercher les éventuels vaccinés dans les quartiers). Un autre facteur dont il faut tenir compte est que même un taux de vaccination très élevé en un endroit n’arrêtera jamais entièrement le virus tant qu’il restera des réservoirs, nombreux pour ne pas dire innombrables dans les pays pauvres ; ces réservoirs finiront bien par produire des variants plus contagieux ou plus mortels.

C’est pourquoi l’impatience des vaccinés dans les pays riches est compréhensible mais contient deux périls : une fracture sociale, les deux clans se supportant de moins en moins ; un risque sanitaire car le passe, pas plus que le vaccin ou le fait d’avoir fait la maladie et d’en avoir guéri, n’est une garantie absolue. On entendra sûrement encore assez longtemps parler des gestes barrière et du port du masque…

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