semaine 04

Sport, politique et santé publique

Edito par Jean Rebuffat

Capture d'écran du site officiel de l'Australian Open. Il s'agit de la page relative aux mesures de sécurité. N'espérez pas y trouver quelque chose sur la saga Novak Djokovic, que les médias locaux affublent souvent du pseudonyme de Novax Djokovid...

Sport et politique n’ont rien à voir, le refrain est bien connu et a été tenu pour une vérité jusque dans le dernier quart du XXème siècle où on a fini par admettre que le sport était aussi un enjeu économique et social de toute première importance. On peut même dire que sport et politique ont tout à voir. Un champion est objet de fierté nationale; l’organisation d’un grand événement, façon de se mettre en vitrine même si l’arrière-boutique est sale.

Novak Djokovic est un grand champion, l’un des plus grands joueurs de tennis de tous les temps. Il est richissime et sa carrière, loin d’être terminée. Comme il est serbe et fier de l’être, que les grands champions serbes ne courent pas les rues et que la Serbie traîne encore, un quart de siècle plus tard, le boulet de ses errances guerrières (elle n’était au reste pas la seule dans le quartier…), le phénomène prend déjà une saveur un peu particulière, mais quand on y ajoute que Novak Djokovic a des opinions très minoritaires en matière d’alimentation, de santé publique et d’attitude vis-à-vis de la pandémie et de la vaccination, on en arrive à la hauteur d’une polémique internationale.

L’Australie est une île. Contrôler une maladie par une frontière naturelle aussi évidente qu’une côte et quelques aéroports est relativement possible. La preuve, c’est qu’il n’y a pas de cas de rage en Grande-Bretagne et qu’on n’y autorise la venue des animaux extérieurs qu’après une quarantaine, des vaccinations, etc. Personne ne rouspète parce que Médor ou Mirza n’entre pas sur le sol britannique sans satisfaire aux mesures prescrites. L’Australie profite, si l’on peut dire, de sa position insulaire pour exiger des garanties importantes des personnes qui entendent entrer sur son territoire, serait-ce pour disputer l’un des plus importants tournois de tennis de l’année. Cette politique sanitaire ne lui a pas trop mal réussi jusqu’ici. L’éradication du covid, là-bas, est un objectif qui est préféré à celui de l’immunité collective (encore que les deux se rejoignent par certains aspects, principalement par une vaccination massive). Cela a entraîné de longues périodes de confinement et autres mesures restrictives.

Novak Djokovic a gagné neuf fois le titre à Melbourne. C’est son tournoi comme celui de Roland-Garros est celui de Rafael Nadal. L’enjeu pour le champion serbe est d’ailleurs de dépasser ses rivaux en accrochant une vingt-et-unième victoire en Grand Chelem. Qu’il ait envie de jouer à Melbourne plus qu’ailleurs se comprend aisément. Le problème est qu’il a présenté, en atterrissant en Australie, des documents attestant non pas qu’il est vacciné, mais qu’il aurait été récemment contaminé et très rapidement guéri. L’affaire se corse encore quand on apprend, grâce à une enquête menée par des confrères allemands, qu’il est hautement probable qu’il ait triché sur la date du test positif. Elle renforce l’idée que Novak Djokovic est un manipulateur et un menteur, au moins par omission, quand on sait qu’il a oublié de mentionner un séjour en Espagne avant de s’envoler pour Melbourne dans les documents nécessaires à son entrée en Australie.

Ainsi a débuté un feuilleton judiciaire. L’Australie est un état de droit et la justice y est indépendante. Donc face à la répétition des suspensions de son visa, le joueur est allé de recours en recours et on ne saura que très peu d’heures avant le début du tournoi si oui ou non, finalement, il y sera tête de série numéro 1 ou s’il sera viré comme un malpropre. Car quelle que soit l’issue de ce match-là, je ne peux pas m’empêcher de penser que Novak Djokovic a sciemment et délibérément usé de son aura (et du soutien diplomatique de son pays) pour obtenir ou forcer une exception, quitte à manipuler, à tricher, à mentir et à minimiser les erreurs qu’il a bien dû avouer avoir commises, rejoignant ainsi la cohorte des puissants qui, se sentant au-dessus ou plutôt à côté des lois, estiment évidente leur impunité – ou, dans le cas qui nous occupe, leur immunité…

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