semaine 32

L'essence est chère

Edito par Jean Rebuffat

Toutes les pompes à essence ne sont pas si sympathiques. Mais elles ont une caractéristique commune: le prix du litre est élevé. Photo © Jean Rebuffat

Le prix de l’énergie est au centre de bien des discussions et de mesures. Ce qui manque, par contre, ce sont quelques réflexions et remises en perspective. On voit dans la presse un grand nombre d’articles décortiquant le vrai prix de l’énergie (comme si le vrai prix n’était pas en définitive celui que l’on paie!) et arrivant à la conclusion droitière que l’État s’en met plein les poches. Par exemple, Le Soir calcule qu’en gros, les taxes représentent 30% de la note d’électricité, 25 de celle gaz et 50 de celle de carburant. Quand on sait que ces ventes sont soumises au taux normal de la TVA en Belgique, 21%, ces chiffres sont déjà relativisés. Si l’on baissait la TVA à 6%, fatalement cette part apparemment jugée excessive (on ne parle pas des bénéfices des compagnies de gaz, d’électricité et d’énergies fossiles, au passage) diminuerait drastiquement. Donc, nettement moins de revenus pour l’État, c’est un fait. Mais pour autant, est-ce une économie pour les citoyens lambda? Paradoxalement, il apparaît que non: cela les priverait d’une tranche d’indexation.

Autrement dit, faut-il faire payer uniquement l’État, ou tous les secteurs économiques? Le débat devient moins simple.

Mais ce n’est pas le seul problème mal posé. On s’exclame partout que jamais l’essence ne fut si chère. C’est vrai. Mais d’une part tout le monde sait qu’enchérir un bien en diminue la consommation et il faudra bien atteindre un jour les objectifs de réduction d’émissions de CO2... sans compter que la pénurie relative qui finira par arriver laisse augurer qu’il faudra bien s’habituer à la payer à un prix élevé. Et de l’autre, quelle est la part de la consommation dans le prix réel d’une voiture?

Voici un petit calcul tout simple. Imaginons que XYZ possède une automobile payée 20.000€. Il (ou elle) la garde cinq ans et la revend 5.000€. Coût annuel, 3.000. Ajoutons-y 1.200 euros d’assurance, de taxe de roulage, d’entretien et de réparations (chiffre probablement sous-évalué): nous voilà à 4.200. Imaginons que cette voiture consomme en moyenne 7 litres aux cent kilomètres et qu’elle roule 20.000 km durant cette année: elle aura consommé 1.400 litres. À 1,5€ du litre, cela fait 2.100€. Ce n’est pas négligeable mais c’est la moitié du coût du reste, le tiers seulement du coût réel. Faisons passer le litre à 1,8€, soit 20% d’augmentation, la dépense annuelle grimpera à 2.520€. Certes, 35€ supplémentaires par mois (un peu plus d’un euro par jour...) sont désagréables à sortir et pour les budgets serrés, ce n’est pas facile, sans compter que pour eux, l’amortissement en capital est moindre et donc la part relative du carburant plus grande. Mais ce n’est pas monstrueux. En réalité, c’est la hausse qui inquiète et qui a un effet psychologique démesuré. Et la hausse du prix du gaz, qui entraîne celle de l’électricité, dont le prix est basé sur celui du gaz, est encore bien plus frappante... précisément parce que la part des taxes et accises y est plus faible.

Un chiffre n’est rien sans son contexte et l’agiter en prenant des allures de rigueur qui sont fallacieuses ne fait qu’ajouter à la montée des populismes.

entreleslignes.be ®2022 designed by TWINN Abonnez-vous !