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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

Courage, fuyons!

Pasta par Michel Noirret, le 03 novembre 2017

Carles Puigdemont intervient le 10 octobre 2017 devant le Parlement pour réagir au résultat du référendum d'indépendance. Photo DR © Generalitat de Catalunya

La Catalogne, c’est le Costa Concordia de l’Europe.

Souvenons-nous : Le capitaine du Costa-Concordia, Francesco Schettino, décide de passer au plus prés des côtes sachant qu’il y a des récifs sous-marins très dangereux, mais il s’agit d’épater la galerie, à terre, qui aime, la nuit, voir passer des monstres maritimes tout illuminés. Le capitaine d’un bateau, c’est bien le moins, sait parfaitement ce qui arrive à un navire dont la coque est déchirée par un récif : il coule.

Peut-être que Francesco Schettino pensait que vautrer son bateau contre un récif, ça ne pouvait pas lui arriver à lui.

Et le bateau coule quand même. C’est con les bateaux, quand on y réfléchit bien.

La tradition, le règlement aussi, veulent, en cas de naufrage que le capitaine dirige les opérations de sauvetage jusqu’au bout, parte le dernier, s’il est encore possible de partir.

Ce capitaine trouve alors que c’est bien joli ces histoires de marins héroïques, mais seulement dans les livres quand on les lit bien au chaud dans son plumard. Dans la réalité, c’est pas pour lui. Et il se tire sans plus s’occuper des opérations de sauvetage des passagers : 32 morts.

Il s’est pris 16 ans de cabane et il n’y a pas eu grand monde pour le plaindre.

Puigdemont connaissait la Constitution espagnole. Ou son imprégnation idéologique indépendantiste l’empêchait de considérer qu’elle existait vraiment. Il se sentait, du coup, dispensé de la lire.

Comme le capitaine du Costa Concordia, il est probable que parmi les conseillers de Puigdemont, l’un ou l’autre ait rappelé les inconvénients de la constitution espagnole vis-à-vis des projets indépendantistes. Ce qu’on encourait en cas de violation : dans les 30 ans de cul-de-basse-fosse.

Contrairement à Schettino, Puigdemont s’est dit que c’était le moment de devenir un héros.

À sa manière.

Il a donc quitté le navire Costa Catalonia, laissant l’équipage et ses passagers se démerder sur place pendant le naufrage de l’indépendance, tandis que lui, héroïque, mais pas téméraire, se mettait à l’abri à Bruxelles pour tenir des discours émouvants à propos de l’injustice qui lui était faite : l’obliger à partir ! Sinon, vous pensez bien qu’il ne l’aurait pas fait de son plein gré, hein ! Comme me disait un de mes « amis » sur Fesses de bouc, pro-Puigdemont : « Il n’a pas fui, il s’est soustrait à la prison ».Quel courage ! Quel sens de l’histoire !

C’est vrai que si on veut bien regarder les choses d’un autre œil, Schettino n’a pas abandonné navire, équipage et passagers : il s’est soustrait à un bain forcé, voire pire. Ca change tout.

Alors, ma foi, si on extrade ce zygoto, comme disait Chirac dont je n’étais pas un admirateur ça m’en touchera une sans faire bouger l’autre.

Sans compter que je n’ai jamais eu non plus beaucoup d’admiration pour les indépendantistes de tous poils dont les discours sur la liberté du peuple, sa culture, la beauté de sa langue, ses mœurs incomparables menacées, ne sont qu’un air de pipeau cachant la véritable chanson : contrôler tout le bizness sur un territoire donné.

De plus, à l’usage de ceux qui prendraient Puigdemont pour un malheureux progressiste pourchassé par un impitoyable pouvoir totalitaire, sachons qu’il a en son temps voté allègrement toutes les calamités néolibérales de Rajoy. S’il y a eu des mesures sociales prises en Catalogne, ce fut principalement par la maire de Barcelone Ada Colau, opposée à l’indépendance.

On ne s’étonnera donc pas trop des amitiés de Puigdemont avec nos nostalgiques amis du vert-de-gris belges Bart De Wever et Théo Franckenstein (dixit le regretté Luc Delfosse ). Ce n’est pas vraiment un hasard s’il est « un ami qu’on ne laisse pas tomber. »

Enfin si l’insurrection est un devoir lorsqu’on est victime de l’arbitraire, de l’autoritarisme, du déni de droit, bref, de la dictature, c’était loin d’être le cas de la Catalogne, même si le furoncle franquiste n’est pas totalement éradiqué de l’Espagne, même si je n’éprouve aucune sympathie pour le roi d’Espagne et son Premier ministre Rajoy, ce n’est pas Pinochet, Videla ou Kim Jong Un.

Comme je ne suis pas un sympathisant des punitions carcérales, je verrais bien Puigdemont condamné à une fessée publique, un suppositoire et au lit !

Appel d’air

D’après Théo Franckenstein (dixit, etc.) créer à Bruxelles, comme il en est question, un centre d’accueil pour les immigrés, ça va créer un appel d’air.

Un appel d’air qui nous débarrasserait un peu des miasmes fétides de l’idéologie de la NVA ne pourrait être que salutaire, selon moi.

Car enfin si ce n’est pas de l’idéologie que d’empoisonner des immigrés qui ne s’arrêtent en Belgique que parce qu’ils n’ont pas le choix et n’ont qu’un but à leur voyage, l’Angleterre ?

Peut-être que Franckenstein est vexé de ce que ces voyageurs forcés ne sont pas admiratifs de notre beau pays, l’ignorent, le considèrent juste comme une étape obligée dont ils se passeraient volontiers. C’est blessant.

Pourquoi tiennent-ils absolument à poser leur sac pour de bon au Royaume uni ? La langue avec laquelle il est possible de se débrouiller un peu partout dans le monde est un attrait, mais surtout la carte d’identité n’y existe pas, ce qui représente un atout considérable pour le clandestin.

Alors ? Qui c’est qui crée un « appel d’air » ? Hein ?

Quand est-ce que Franckenstein va dire à sa Gracieuse Majesté qu’il va venir personnellement lui botter le train si elle ne prend pas des mesures cessant d’attirer tous les pues-la-sueur du monde ? Avec ces connards d’Anglais qui ont fait foirer le 3ème Reich, faut pas se gêner.

Lou Ravi, Premier ministre va dire : « Attention ! on a des traités, des accords avec l’Angleterre, il n’est pas possible de ne pas les respecter. »

Comme si, aussi bien Lou Ravi que ce genre d’argument avait déjà impressionné le Secrétaire d’État à l’immigration qui n’en rate pas une pour s’assoir sur les conventions et traités qui protègent un peu les immigrés.

Faut le virer ! Avec l’Espagne il va nous créer un beau sac de nœuds. L’Espagne c’est loin, d’accord, mais si ça s’envenime avec l’Angleterre, c’est juste en face !

Michel Noirret

Que le Monstre En Spaghetti Volant vous touche de son appendice nouilleux.

Ramen.

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