semaine 39
Portrait de Carine Toly Humbert
Des Chemins d’écriture

UNE RENTREE LITTERAIRE

Le 31 juillet 2020

Tandis que nous préparions, non sans certains doutes à propos de l’évolution possible du Coronavirus, nos vacances d’été, les écrivains, les éditeurs et leurs services de fabrication, commercial, de presse, préparaient, eux, la rentrée littéraire dite de septembre mais dont une grande partie sera dans les librairies dès le mois d’août et lue pendant cet été par des journalistes qui livreront leurs critiques dans les colonnes de vos journaux, magazines, chaînes de radio et de télévision préférées, sans compter les blogs et autres médias internet.

Oui, tout ce petit monde travaille avec ardeur depuis le mois de février, mars : les écrivains ont remis leur manuscrit à leur éditeur préféré qui l’a lu puis l’a fait lire au service commercial pour un avis sur la bonne date de publication, sur le choix du titre, du tirage, de l’illustration de la couverture, puis l’a transmis au service de fabrication qui l’a fait relire par un correcteur et apporté chez un imprimeur, enfin, l’imprimeur a fourni à l’éditeur des exemplaires appelés « épreuves » qui sont un premier tirage du livre, avant brochage, ces épreuves sont envoyées, vers le mois de juin, aux journalistes choisis par les attaché-e-s de presse…et vogue la galère ! car à partir de ce moment-là, tout est hors contrôle, les critiques sont libres d’aimer ou pas, de faire un papier ou pas, et le public – vous – de lire ou pas…

Et puis il y a les jurés des prix littéraires qui eux aussi ont reçu ce fameux « jeu d’épreuves » et vont devoir choisir les romans, les essais qui auront l’honneur de figurer sur les listes de sélection des « grands prix », à savoir le prix Goncourt, le Femina, le Renaudot, le Médicis, l’Interallié, et les autres, le Prix Décembre, le Grand Prix du roman de l’Académie française…

Tous ces envois sont souvent suivis par des appels téléphoniques des services de presse, voire de l’éditeur lui-même, il ne s’agit pas de pression bien sûr…mais de rappels, d’encouragements à lire plus vite celui-ci ou celle-là, de précisions sur certains aspects de la vie de l’auteur qui pourraient particulièrement intéresser le public, leurs lecteurs…tours et détours ciblés car la lutte est rude : plus de 500 ouvrages à défendre à chaque rentrée !

Cette rentrée 2020 étant marquée par la crise sanitaire, beaucoup de livres devant paraître en mars, avril ont été reportés en septembre tandis que les éditeurs misent sur les auteurs à fort potentiel de vente pour « rattraper » un peu les méventes du printemps.

Malgré les déclarations des éditeurs qui avaient proclamé ne pas souhaiter surcharger les libraires en septembre, 511 romans et nouvelles vont tout de même être mis sur le marché, contre 524 l’an passé, la baisse n’affectant « que » les premiers romans qui passent de 82 l’an dernier à 67 ! *

Les libraires vont donc recevoir ces ouvrages à partir de la mi-août par l’intermédiaire du diffuseur de l’éditeur. Avant cela, ils auront eux aussi reçu des informations – à partir du mois d’avril, mai - de la part des éditeurs, par le truchement du service commercial qui leur aura dépêché un-e représentant-e chargé-e de leur parler des livres, de leur remettre un « argumentaire », document qui présente le contenu de l’ouvrage et quelques mots sur l’auteur. Quelques-uns d’entre eux auront eu le privilège d’être invités chez l’éditeur, ou dans un salon loué pour l’occasion, à Paris ou en région, pour rencontrer l’auteur, souvent accompagné par son éditeur ou l’attaché-e de presse. Car les écrivains, au même titre que les acteurs et actrices au moment de la sortie d’un film, d’une pièce de théâtre, payent de leur personne ! certains le font avec bonne grâce, ils ont souvent eu une bonne expérience dans les librairies qui, ensuite, les reçoivent pour des séances de rencontre-lecture-signature, d’autres rechignent un peu, certains refusent carrément mais cela reste rare.

Tout est donc prêt dès la mi-août : les libraires ont dégagé de la place pour accueillir toutes ces nouveautés, les premiers articles de presse sont publiés, les écrivains ont rempli leur agenda en vue de leurs déplacements en librairie, bibliothèque, salons, festivals…et nous, lecteurs, sommes prêts à lire ce que les critiques de presse, de revues, de blogs, les libraires, les émissions de radio et de télévision – et notre propre flair - vont nous conseiller, nous recommander.

Beaucoup de magazines spécialisés, de suppléments de journaux vont donc bientôt paraitre à ce sujet, je ne vais pas me substituer à eux et répertorier ici l’ensemble des parutions ! mais juste vous citer quelques écrivains dont la renommée fait espérer des ventes en rapport, ainsi les romans d’Emmanuel Carrère, qui publiera « Yoga », aux éditions P.O.L - de l’infatigable Amélie Nothomb chez Albin Michel pour « Les Aérostats » - de Camille Laurens « Fille », chez Gallimard – Philippe Claudel, chez Stock pour « Fantaisie allemande » - Muriel Barbery quitte (provisoirement ?) Gallimard pour Actes sud où elle publiera « Une rose seule » - Eri de Luca, «Impossible » chez Gallimard - Salman Rushdie, pour « Quichotte » chez Actes Sud - la comédienne Isabelle Carré, chez Grasset, pour « Du côté des Indiens », Philippe Djian, chez Flammarion, « 2030 » - Tobie Nathan pour « La Société des belles personnes » aux éditions Stock – François Bégaudau « Un enlèvement » chez Verticales…

…un choix immense pour des heures et des heures de lecture. Et moi, j’ai remarqué une auteure et son roman qui m’intriguent tous deux, ce sont les éditions Autrement qui vont le publier le 19 août prochain, il s’agit de « L’Autre moitié de soi » de Brit Bennett, jeune femme afro-américaine qui vit à Los Angeles et s’interroge dans ce roman, un peu à la façon d’Elena Ferrante, sur l’identité et son rapport à la filiation.

Concernant particulièrement la Belgique, je vous propose de consulter l’excellente revue belge « Le Carnet et les instants » qui offre une belle présentation de la rentrée littéraire des éditeurs belges ainsi que celle des écrivains belges édités en France :

https://le-carnet-et-les-instants.net/2020/07/04/la-rentree-litteraire-belge-2020-lapres-confinement/

Enfin, je voulais vous signaler un passionnant événement littéraire qui a lieu habituellement au printemps, a été annulé MAIS heureusement reporté à l’automne, il s’agit du

38ème Marché de la poésie, qui réunit 500 éditeurs et revues, sous le titre « Pour le livre et la lecture », du 21 au 25 octobre, et se tiendra, en France, dans divers lieux parisiens et autour de la capitale, ainsi qu’en région. Depuis quelques années la manifestation s’est internationalisée et est organisée dans quelques pays d’Europe (cette année : Allemagne, Luxembourg, Pays-Bas). Vous trouverez l’ensemble du très riche programme de rencontres, débats, lecture concerts et expositions sur le site : http://www.marche-poesie.com/

                                  Bonnes lectures, bonnes rencontres avec les écrivains et bonnes vacances !


*source : Electre Data service

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