semaine 47

Rechercher

En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

Portrait de Henry Landroit
Pour remettre les idées à l’endroit...

Dis-moi Céline

Le 15 octobre 2017

C’est la folie ! L’auditoire Paul-Émile Janson de l’ULB était en effervescence avec la venue le jeudi 28 septembre de Céline Alvarez. C’était complet et des dizaines d’amateurs se pressaient pour obtenir des places auprès des heureux possesseurs de billets qui ne compteraient pas les employer pour cause de rhume ou d’oreillons.

Il suffit de regarder cette vidéo pour se rendre compte de la vacuité de son discours. À aucun moment, il n’est fait allusion aux aspects sociétaux et politiques de l’acte éducatif. Il m’est difficile de croire, comme elle l’affirme, parait-il, qu’elle pose un acte politique... et qu’elle est gênée parce qu’on l’associe tout le temps à la pédagogie Montessori. Aucune situation n’est proposée pour résoudre les conflits, etc.
 Cette proposition attire pourtant les foules, justement parce qu’elle ne propose que des changements cosmétiques, toujours contrôlables par l’adulte, à la mode Montessori. De plus, l’ensemble est validé par les neurosciences. Alors on peut être tranquilles, il n’y a rien à craindre.

L’enfant apprendra à savonner une planche à lessiver du 19e siècle, avec entrain et avec la seule motivation d’apprendre à lessiver. C’est plus simple que de lessiver quelques textiles sales mais dont on a véritablement besoin. L’élève boutonnera des boutons qui ne servent pas à fermer sa veste ou son anorak mais bien un "jeu éducatif" présentant les pans d’une veste. Il remplira des cruches d’eau qu’il versera dans un baquet pour apprendre à verser de l’eau sans renverser et surtout pas parce qu’il a besoin d’eau pour une activité qu’il a choisie.

Personnellement, je ne suis pas pour les "stars", que ce soit en politique ou en pédagogie ou en cuisine ou en n’importe quoi. Ça empoisonne le discours. Je remarque que les gens se laissent plus facilement berner par des personnages de couverture de magazine (cela a été le cas avec Macron, cela est le cas avec Alvarez). Vous allez peut-être penser que je suis jaloux et que jamais personne ne me suivra dans mes idées grâce à mon style de coiffure, mes beaux yeux ou ma nouvelle chemise à fleurs et vous avez raison. Il en vaut mieux ainsi. Mais voilà une institutrice qui a travaillé trois ans dans des conditions idéales, avec des subventions et des soutiens exceptionnels qui lui ont été bizarrement accordés par le pouvoir en place puis qui écrit un livre à succès et fait des conférences partout. Tiens, fait-elle encore classe ? Et nous qui avons de solides expériences en pédagogie, on nous entend à peine dans le concert cacophonique qui s'installe dès qu'on parle d'éducation.

Encore jaloux ? Non, je constate seulement. Ce que je condamne, ce ne sont pas les gens qui travaillent et qui coopèrent avec leurs pairs puis qui en parlent, mais un système qui permet à des personnes sans expérience véritable de séduire des enseignants qui sont au quotidien en difficulté dans leurs classes et qui par conséquent se laissent attirer trop facilement par des personnages comme Céline Alvarez. Elle n’est pas la seule. La recette est toujours la même : trouver une idée un peu originale, la copier s’il le faut dans une pédagogie existante, une idée qui ne trouble pas trop le système et qui est même soutenue par lui, travailler quelques petites années, écrire un livre, ouvrir un blogue, y poster des vidéos paradisiaques, quelques conférences et le tour est joué. Les enseignants, férus de l’internet et des réseaux sociaux, affluent par centaines écouter la bonne parole.

Cerise sur le gâteau : le Salon de l'éducation de Charleroi (18-22 octobre 2017) a invité C. Alvarez et notre ministre de l'Éducation à papoter ensemble. Ça promet...
 

 

Ajouter un commentaire

entreleslignes.be ®2017 design by TWINN