semaine 39

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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

Portrait de Henry Landroit
Pour remettre les idées à l’endroit... par Henry Landroit

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09 novembre 2017

L'égocentrique vous salue bien...

Le Congrès Freinet de l’Icem (mouvement Freinet français) bat son plein à Grenoble ce 26 aout. Le soleil est de la partie. Nous sommes 700. Les repas peuvent se prendre dehors si l’on veut. Des enseignants liégeois sont attablés vers 12 h 30 pour le déjeuner (il faut bien se plier aux coutumes locales...). Probablement afin de ne pas se retrouver tous aux mêmes ateliers (ils sont trente-cinq, quand même) et pour avoir une connaissance diversifiée et collective de ceux qui sont proposés l’après-midi, ils annoncent l’atelier qu’ils ont l’intention de fréquenter. Tout cela se défend.
Une jeune institutrice, bien inspirée et qui doit avoir bon gout, évoque son intérêt pour celui que je tiens (« Mythes et légendes à propos de Freinet », salle A 102).

La coordonnatrice l’interrompt : « Ah non, pas Henry Landroit, il est trop égocentrique ».
Et crac, j’aurai une participante de moins à un atelier d’un intérêt exceptionnel, illustré par un diaporama remarquable plein de photos rares et, qui plus est, commenté de main de maitre par quelqu’un de très bien documenté et par ailleurs d’une modestie spectaculaire..
Zut alors...
Égocentrique, moi ? Alors que dans cette présentation, je ne parle que de Freinet et ses comparses du siècle passé. Si j’étais atteint de cette maladie, j’aurais plutôt préparé un diaporama sur moi, sur mon itinéraire pédagogique, avec des photos de ma noble personne sous toutes les coutures et latitudes. J’en vaux vraiment la peine. C’est quand même un sujet que je connais bien, que je laboure depuis plus de 50 ans si pas depuis le 19 janvier 1941... (1)
Eh oui, il y en a des choses à dire sur moi, mais si je ne le fais pas, c’est justement pour ne pas paraitre égocentrique. Je veux bien être ressenti comme imprévisible, manichéen, intolérant même, mais pas comme « égocentrique ». En tout cas si ce terme désigne des formes de narcissisme ou d’égoïsme. J’irai même jusqu’à dire qu’une petite dose d’égocentrisme n’est pas inutile dans notre développement à tous et toutes, pas trop certes, mais un peu quand même. Cela nous permet en finale, paradoxalement, d’aller vers les autres et d’entrer véritablement en relation, en mixant nos « égocentricités ».
Je ne peux m’empêcher de vous signaler d’ailleurs que j’organiserai bientôt une grande soirée au cours de laquelle j’aurai le plaisir d’écouter ce que vous aurez à dire à mon propos (et que vous n’avez jamais osé m’avouer). D’habitude, en effet, on attend, on attend, puis un jour, il est trop tard...
Cette soirée s’intitulera « Hommage anthume à Henry Landroit », qu’on se le dise. Je me tâte pour voir si j’y inviterai les protagonistes de cette histoire.
Et si par hasard, vous découvrez un peu d’égocentrisme (ne serait-ce qu’un soupçon) dans ce petit billet, n’hésitez pas à me le signaler. J’ai 76 ans, mais je peux encore évoluer entre autres en décortiquant mon discours, en observant mes expressions, mes attitudes devant le grand miroir de ma chambre, en me photographiant et en vous inondant de photos sur les réseaux sociaux.

(1) Voilà, maintenant vous connaissez la date de mon anniversaire, vous n'aurez pas d'excuses si mon téléphone reste muet le 19 janvier 2018 !

22 octobre 2017

Vivez freinetiquement (et vos enfants aussi...)!

Aménagez votre maison et ses usages, ses habitudes en pédagogie Freinet

Chaque matin, avant que vos enfants ne prennent le chemin de l'école, instituez un court moment de rencontre et d'échanges entre eux et vous. Appelez-le par exemple «Quoi de 9 aujourd'hui?». C'est le moment de parler de vos rêves respectifs de la nuit qui vient de s'écouler et de vos projets pour la journée. Prenez note de tout ce qui s'y dit dans un cahier qui deviendra la mémoire de ces moments uniques. Un guide pratique est à votre disposition (29 €).

Chaque soir, soit avant le souper, soit après (mais c'est plus difficile), c'est le moment du bilan de la journée pour tous les membres de la famille. Chacun.e raconte les petits et grands évènements de sa journée. Un autre guide pratique répondant à toutes les questions inévitables qui se poseront à vous lors de la mise en pratique de cette activité est disponible pour la modique somme de 58,50 €.

Une fois par semaine, le samedi ou le week-end, instituez le Conseil de maison. Celui-ci durera un peu plus longtemps que les moments privilégiés évoqués ci-dessus. Il permettra d'une part à chaque membre de la famille (en donnant cependant priorité aux enfants) de s'exprimer à propos de la qualité des relations dans la fratrie et avec les parents, de chercher des solutions quant aux conflits ouverts ou latents et d'autre part, d'élaborer le programme de la semaine suivante (visites et activités prévues, évènements extraordinaires à organiser, anniversaires, fêtes, etc.). Le Kit n° 1 (60 € seulement) que nous avons préparé pour vous contient divers accessoires qui vous aideront dans la mise en place de cette activité: un bâton de parole (que l'on donne à celui ou celle qui veut parler) en merisier de premier choix issus de l'agriculture biologique et durable, un livret où chaque page est pré-imprimée avec le plan des séances de conseil et souvent une pensée de Célestin Freinet prêtant à commentaires, etc.Dans un appentis, une chambre inoccupée, installer l'équivalent d'un petit service de presse: ordinateur, imprimante et si possible imprimerie scolaire (casses de caractères en plomb, presse à volet ou à rouleau). Les enfants pourront s'y exprimer par écrit, retrouver l'essentiel en utilisant du matériel artisanal. Cela leur paraîtra vintage mais les intéressera certainement.

Tous les mois, ils pourront diffuser dans le quartier un petit journal aux allures professionnelles. Le Kit n° 2 un peu plus cher (120 € ou 265 € avec le matériel d'imprimerie) vous permettra de démarrer sans trop de soucis.

Dans un autre coin inoccupé de votre vaste demeure, placez un ou deux chevalets et tout le matériel nécessaire à l'exercice de la peinture: pinceaux, papiers de qualité de divers formats, pots de peinture, chiffons, etc. où vos enfants pourront rivaliser avec nos plus grands artistes contemporains. Notre kit spécial préparé spécialement pour cette activité est également dans notre catalogue (prix sur demande).

Instaurez le pipi libre pour vos enfants. Permettez-leur d'accéder aux toilettes de la maison quand le besoin s'en fait sentir et débarrassez-vous de de cette funeste habitude qui consiste à crier à tout vent lorsque le WC est occupé: «Et alors, t'as bientôt fini?». À cet effet, nous vous proposons un petit masque spécial qui vous rendra muet.te durant ces moments difficiles (en promotion actuellement à 18 €). La liberté se jauge même dans les petites choses.

 

Cette campagne d'information vers les parents a été imaginée pour que la pédagogie Freinet ne soit pas en reste face à la pédagogie Montessori.

Au salon de l'éducation de Charleroi, qui vient de se terminer, en effet, plusieurs tables étaient envahies par des livres proposant:

- «150 activités Montessori à la maison pour les 0-6 ans» (trier des objets par taille, transvaser des graines d'un bol à un autre, faire un bouquet, visser et dévisser des bouchons de bouteille, ranger des cartes, etc.)

- «Donner confiance à son enfant grâce à la méthode Montessori»

- «Montessori à la maison» 0-3 ans

- «Montessori à la maison - 80 jeux pédagogiques à réaliser soi-même»

- «Montessori à la maison – Apprendre à faire seul, 30 activités ludiques»

- «Cinq façons d'appliquer la pédagogie Montessori à la maison avec son enfant»

«Vivre la pensée Montessori à la maison
et la surenchère:

- « La pédagogie Montessori à la maison » - 200 activités

etc.

 

 

15 octobre 2017

Dis-moi Céline

C’est la folie ! L’auditoire Paul-Émile Janson de l’ULB était en effervescence avec la venue le jeudi 28 septembre de Céline Alvarez. C’était complet et des dizaines d’amateurs se pressaient pour obtenir des places auprès des heureux possesseurs de billets qui ne compteraient pas les employer pour cause de rhume ou d’oreillons.

Il suffit de regarder cette vidéo pour se rendre compte de la vacuité de son discours. À aucun moment, il n’est fait allusion aux aspects sociétaux et politiques de l’acte éducatif. Il m’est difficile de croire, comme elle l’affirme, parait-il, qu’elle pose un acte politique... et qu’elle est gênée parce qu’on l’associe tout le temps à la pédagogie Montessori. Aucune situation n’est proposée pour résoudre les conflits, etc.
 Cette proposition attire pourtant les foules, justement parce qu’elle ne propose que des changements cosmétiques, toujours contrôlables par l’adulte, à la mode Montessori. De plus, l’ensemble est validé par les neurosciences. Alors on peut être tranquilles, il n’y a rien à craindre.

L’enfant apprendra à savonner une planche à lessiver du 19e siècle, avec entrain et avec la seule motivation d’apprendre à lessiver. C’est plus simple que de lessiver quelques textiles sales mais dont on a véritablement besoin. L’élève boutonnera des boutons qui ne servent pas à fermer sa veste ou son anorak mais bien un "jeu éducatif" présentant les pans d’une veste. Il remplira des cruches d’eau qu’il versera dans un baquet pour apprendre à verser de l’eau sans renverser et surtout pas parce qu’il a besoin d’eau pour une activité qu’il a choisie.

Personnellement, je ne suis pas pour les "stars", que ce soit en politique ou en pédagogie ou en cuisine ou en n’importe quoi. Ça empoisonne le discours. Je remarque que les gens se laissent plus facilement berner par des personnages de couverture de magazine (cela a été le cas avec Macron, cela est le cas avec Alvarez). Vous allez peut-être penser que je suis jaloux et que jamais personne ne me suivra dans mes idées grâce à mon style de coiffure, mes beaux yeux ou ma nouvelle chemise à fleurs et vous avez raison. Il en vaut mieux ainsi. Mais voilà une institutrice qui a travaillé trois ans dans des conditions idéales, avec des subventions et des soutiens exceptionnels qui lui ont été bizarrement accordés par le pouvoir en place puis qui écrit un livre à succès et fait des conférences partout. Tiens, fait-elle encore classe ? Et nous qui avons de solides expériences en pédagogie, on nous entend à peine dans le concert cacophonique qui s'installe dès qu'on parle d'éducation.

Encore jaloux ? Non, je constate seulement. Ce que je condamne, ce ne sont pas les gens qui travaillent et qui coopèrent avec leurs pairs puis qui en parlent, mais un système qui permet à des personnes sans expérience véritable de séduire des enseignants qui sont au quotidien en difficulté dans leurs classes et qui par conséquent se laissent attirer trop facilement par des personnages comme Céline Alvarez. Elle n’est pas la seule. La recette est toujours la même : trouver une idée un peu originale, la copier s’il le faut dans une pédagogie existante, une idée qui ne trouble pas trop le système et qui est même soutenue par lui, travailler quelques petites années, écrire un livre, ouvrir un blogue, y poster des vidéos paradisiaques, quelques conférences et le tour est joué. Les enseignants, férus de l’internet et des réseaux sociaux, affluent par centaines écouter la bonne parole.

Cerise sur le gâteau : le Salon de l'éducation de Charleroi (18-22 octobre 2017) a invité C. Alvarez et notre ministre de l'Éducation à papoter ensemble. Ça promet...
 

 

12 octobre 2017

Du Kanal à l'égout

Après Bozar, bootik, kiosk, Cinématek, voici que notre paysage bruxellois s'enrichit d'une nouvelle enseigne grossièrement hybride mélangeant le français et le flamand.

Le futur Musée d'Art contemporain va en effet s'appeler « Kanal ». Appel a été fait partiellement à l'orthographe néerlandaise tout en n'écorchant cependant pas la prononciation à la française. Ou s'agit-il d'un mot-valise à partir de kanaal-canal ? L'avenir ne nous le dira pas mais peut-être que nos hommes politiques après avoir annoncé récemment la grande nouvelle à Berlin aux « Brussels days » s'en expliqueront bientôt lors d'une conférence de presse dans ce qui est encore le garage Citroën (qui sera vide à partir du 9 novembre) et qui va engloutir 125 millions d'euros (sans compter la TVA ni les rémunérations des architectes) pour se transformer en musée Kanal.

« Musée d'art contemporain» était donc trop long ? Mazette, trois mots, c'est la fin du monde ! Surtout qu'il aurait fallu les traduire en flamand et... en anglais, j'allais oublier.

Pourtant « musée d'art contemporain » ça dit bien ce que ça veut dire tandis que Kanal, ça n'évoque que Kanaal ou Canal. Ah non, pour les touristes polonais de passage, ça signifie « égout »…

Mais qu'est-ce qu'ils ont tous à vouloir rebaptiser les institutions, les services de noms aussi barbares ? La Stib s'en est donné à cœur joie avec ses bootiks et kiosks dans le métro, le Palais des beaux-arts a imposé Bozar, la Cinémathèque est devenue la Cinematek. À cette dernière occasion, je m'en étonnai auprès de la conservatrice de l'époque qui prit la peine de me répondre en utilisant l'argument classique : trouver des termes qui satisfassent les différentes communautés linguistiques à Bruxelles, c'est un fameux défi (à moins que ce ne soit un challenge difficile). Certes, mais est-ce suffisant pour créer ces néologismes que l'on dirait tout droit extraits des courriels (pardon des mails) de nos adolescent.e.s ?

Pourquoi ne pas donner la responsabilité et le choix des nouveaux noms de baptême à une commission qui statuerait à propos de la validité des propositions ? La Commission royale de toponymie a bien le droit de donner son avis sur les noms de rues et d'espaces publics. Pourquoi ne pas associer la population à ces choix ?

Je me prépare à voir bientôt le Botanique rebaptisé Botanik, me rendre à ma Bibliotek à moins que je ne préfère le Cirk (royal).

Mais aurais-je encore assez de frik ?

 

11 octobre 2017

Faudra-t-il les tester tous ?

Il y a peu, le ministre de l’Enseignement supérieur a proposé que les futurs professeurs soient soumis, avant leurs études, à un test de connaissance du français.

Selon nos informations (nous ne dévoilerons pas nos sources ici), différents ministres ont réagi.

Jusqu’à ce jour, le ministre de l’Environnement a demandé l’instauration d’un test du même type portant sur la géographie, celui des Finances sur les mathématiques (et particulièrement sur les compétences en gestion des tableaux Excel), celui des Cultes sur la connaissance approfondie des différentes religions. Les ministres de la Culture se tâtent encore pour demander un test sur la connaissance de l’histoire et de l’actualité.

Il se dit même, dans les coulisses de la Défense nationale, que le ministre va prendre en charge la préparation d’un examen portant sur les connaissances en matière d’arts martiaux des candidat.e.s et leurs capacités à pratiquer l’autodéfense, cela pouvant être utile lors d’une nomination dans les quartiers chauds des grandes villes.

La ministre de l’Éducation réclame quand à elle le passage des candidat.e.s à l’Alcotest avant chaque séance de contrôle des connaissances.

Entretemps, les associations professionnelles d’enseignants (et en particulier celle des professeurs de français) se sont fendues d’un communiqué fustigeant les mesures envisagées par les ministres où elles accusent ceux-ci de pratiquer une sorte d’amalgame mêlé de discrimination en mettant ainsi sur la sellette, que dis-je, en appelant à la vindicte populaire les milliers de professeurs (et d’instituteurs) qui suent quotidiennement sang et eau à enseigner les règles du participe passé ou celles qui président à la rédaction d’un texte argumentaire quand ce ne sont pas les bases d’une élocution fluide et claire.

En coulisses cependant, nous avons pu constater que nombre de ces professeurs tiennent en privé les mêmes propos que les ministres et considèrent que les élèves sortant du secondaire ont en général une connaissance relativement minimale de la langue de Voltaire (de qui ? demandent des jeunes de 16-17 ans présents à l’entretien), qu’ils la dominent mal, qu’ils connaissent mieux l’anglais que leur langue maternelle,qu’ils lisent de moins en moins (sauf sur leurs smartphones), qu’ils s’expriment avec réticence et hésitation, qu’ils connaissent mieux les rappeurs que Victor Hugo ou Aragon, qu’ils lisent plutôt (quand ils lisent) Nos étoiles contraires ou la trilogie de Hunger games que Christian Bobin ou Balzac, bref, que ça va plutôt mal.

C’est pourquoi une pétition se prépare, demandant solennellement aux hommes politiques de dresser une statue en hommage aux professeurs de français dans un lieu public très fréquenté comme l’Atomium ou la Grand-place eu égard à la dangerosité de leur métier.

Une artiste contactée (Delphine Boël pour ne pas la citer) se propose d’en assumer la paternité la maternité, ce dont nous la remercions surtout parce qu’elle a promis de reverser 80 % de ses droits d’autrice au F.S.E.P. (Fonds de secours aux enseignants pensionnés), malgré les frais que lui occasionne un procès qui n’en finit pas...

Henry Landroit

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