semaine 39

Le meilleure raison d'aimer Godard

Cinémarmelade par Joker, le 16 septembre 2022

Capture d'écran de la bande-annonce de Masculin Féminin. Vous la reconnaissez? C'est Chantal Goya. Le film a été restauré en 2016 et est téléchargeable sur plusieurs sites.

Truffaut est mort, Godard est mort et moi-même je ne me sens pas très bien non plus, pour paraphraser Woody Allen. Godard! Comme l’observait si justement Jean Rebuffat dans son infolettre de la semaine passée, c’est fou ce que les nonagénaires claquent en ce moment, ayant réchappé au Sard-Cov2 pour lâcher la rampe une fois ce péril conjuré. Godard, lui, l’a lâchée volontairement, choisissant l’euthanasie (en Suisse, peut-être pour des raisons d’assonance, on parle de suicide assisté, ça fait un peu La mort, mode d’emploi, pour continuer à paraphraser, rappelez-vous, La vie, mode d’emploi).

J’ai pensé à la fin de Pierrot le Fou. Jean-Paul Belmondo s’entoure la tête, peinte en bleu, d’une ceinture de bâtons de dynamite. (C’est ce qu’on appelle se faire sauter le caisson, merci M. Nobel, reposez en paix.) Il met le feu à la mèche puis essaie de l’éteindre en disant qu’au fond, non, c’est trop con. Le suicide suisse est moins spectaculaire et moins cinématographique. Mais Godard alternait volontiers la flamboyance et le misérabilisme. Je revois encore Lemmy Caution faire osciller une ampoule minable dans le décor miteux d'Alphaville. Et en écrivant cela, je me rends compte que le Godard que j’aimais, c’était surtout celui du début. Les Deux ou trois choses que je sais d’elle, pardon, de lui, ce sont surtout des souvenirs de jeunesse. Le cul de Brigitte Bardot dans Le mépris. Une scène culte qui servit de scène de cul à destination du grand public, surtout américain. Godard ne voulait pas la tourner mais la production (ah, le pouvoir de l’argent…) lui avait fait valoir qu’un film avec BB sans une leçon d’anatomie, autant dire que c’était la dernière fois qu’on le financerait…

Godard n’était pas que le révolté qu’on imaginait. Un peu comme Magritte, il avait aussi des côtés bourgeois. N’était-il pas allé, pour épouser Anne Wiazemsky, jusqu’à mettre dans sa poche le grand-père de La chinoise par ses bonnes manières et son sens du respect?

Je n’ai jamais rencontré Godard mais je connais le point de vue de Truffaut sur lui. Leur brouille vint d’une dispute à propos de Jean-Pierre Léaud, qu’ils utilisèrent tant l’un et l’autre et qui était tout de même quelque part (et même un peu partout) une sorte de fils Truffaut. Comme Belmondo, Léaud était pourtant parfaitement bien utilisé par Godard. On appelait ça la Nouvelle Vague, comme si c’était une école, alors que tous ces réalisateurs étaient si différents, même quand ils collaboraient… Faut-il rappeler que le célèbre À bout de souffle avait été scénarisé par François Truffaut? C’était un temps où Godard n’avait pas encore totalement oublié qu’un scénario, c’est parfois utile pour faire un bon film.

Pour conclure, un petit aveu. En 1966, j’avais adoré Masculin Féminin. Personne ne parle plus jamais de ce film. Outre Jean-Pierre Léaud, qui retrouvait-on comme premier rôle? Chantal Goya. Nettement moins cousine de Bécassine que par la suite. C’est bien simple, j’étais secrètement tombé amoureux d’elle et rien que pour ça, déjà, merci Jean-Luc d’avoir existé.

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