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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

Portrait de Jean-Pol Baras
Les calepins de Jean-Pol Baras

Garder Bruxelles, belle et multiculturelle

Le 23 novembre 2017

Jeudi 16 novembre

 Á la chaîne TV5 Monde qui l’interrogeait à propos de son dernier album, paraît-il très réussi, Carla Bruni a déclaré que son mari était « le meilleur homme politique que la France ait jamais connu ». D’après elle, il aurait aussi brillé en tant que « psychanalyste ou prêtre, dans tous les métiers qui impliquent de parler aux gens. Il a un immense talent pour cela.» L’usage de la cocaïne fait des ravages ces temps-ci dans le monde du spectacle.

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 En 1963, France Gall chantait Sacré Charlemagne, une chanson (écrite par Robert, son père, et Georges Lifermann) qu’elle aurait regretté d’interpréter et qui, cependant, traduite en 16 langues, lui aura sans doute rapporté beaucoup d’argent. La mélodie commençait ainsi : « Qui a eu cette idée folle / Un jour d’inventer l’école ? …»

 Aujourd’hui – signe des temps – on apprend que Charlemagne ne savait pas écrire. Bah ! On n’a pas encore prétendu qu’il aurait été pédophile. Quant au harcèlement, à l’époque, la soumission le prévenait…

Vendredi 17 novembre

 L’administration étatsunienne met en garde ses ressortissants désireux de passer les fêtes de fin d’année en Europe. La menace terroriste est accrue. Car bien entendu, sur son territoire, tout est calme et volupté : pas de tireurs fous qui tuent des enfants (les noirs, passe encore, mais les enfants !...) ; pas de harcèlement sexuel dans les boîtes de nuit ; pas de bombe explosant dans les supermarchés, etc. La dernière fois que les Etats-Unis s’étaient considérés inviolables, c’était sous le petit Bush qui avait délaissé son rôle dans le monde en déclarant : « L’Amérique d’abord », sous-entendu : « Que les autres se débrouillent ». Certains autres s’étaient débrouillés. Ils avaient lancé des avions sur les tours de Manhattan. L’Europe souhaite de bonnes et sereines fêtes de fin d’année aux Etats-Unis et adresse ses vœux de bienvenue aux ressortissants ainsi qu’à leurs cotillons (attention à la rime si ce dernier mot est fredonné sous forme de paroles d’accueil)

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 Le Beaujolais nouveau est arrivé… Mais c’est à peine si l’on s’en est aperçu ! Ce jeune Gamay, friandise laxative, ne fait plus recette dans les bistrots et restaurants, contrairement aux dernières années du siècle passé où l’on n’imaginait pas vivre à la mi-novembre sans l’avoir dégusté. Par bonheur pour les viticulteurs, les Japonais raffolent de cette piquette de luxe. Et donc, si la consommation intérieure est en baisse, les exportations, en nette hausse, compensent largement. Pour saluer ce moment de grâce œnologique, il importe de ne plus clamer : « Le Beaujolais nouveau est arrivé ! » mais bien : « Le Beaujolais nouveau est parti ! »

Samedi 18 novembre

 Il est toujours aussi difficile de démêler les ficelles qui ont amené le Premier ministre libanais Saad Hariri à démissionner de son poste en un message télévisé depuis Ryad où l’Arabie Saoudite le recevait en visite officielle. Le mystère s’apparente à une épaisse intrigue comme on peut en dénicher dans les décors des Mille et une nuits. Quel que soit le plan de ses détracteurs ou de ses bienfaiteurs (l’Histoire éclaircira tôt ou tard cette étrange énigme…) un acte inattendu vient troubler le jeu : après avoir envoyé Jean-Yves le Drian, son ministre des Affaires étrangères à Ryad, Emmanuel Macron invita Saad Hariri à Paris. Le voici à l’Élysée. On ne sait trop comment s’écrira la suite de l’affaire mais le président de la République a pris une position majeure telle qu’on aime le constater de la part de la France. « Le pays de l’universel » (Marx), la patrie des Droits de l’Homme, vient de faire entendre sa voix. Celle-ci prend des allures gaulliennes. C’est bon signe et cela grandit Macron.

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 Bruxelles a connu des émeutes à la suite d’événements inattendus. Sa police réputée à la hauteur de sa tâche, expérimentée, formée à ce genre de casse urbaine, a réagi tant bien que mal, surprise par des échauffourées soudaines que rien ne laissait prévoir. Deux douzaines de blessés furent à déplorer en ses rangs. Le pouvoir communal fait bloc derrière elle. Mais voilà que le ministre de l’Intérieur, Jan Jambon, nationaliste flamand, convoque une conférence de presse pour souligner des carences de la ville et de l’organisation de sa police. Très vite, on comprend la manœuvre méprisable du ministre. Le jeune bourgmestre, Philippe Close, est socialiste. Par les temps qui courent, c’est une tare. Mais cette identité n’est désormais plus que la face cachée de la méthode nationaliste flamande. Car d’autres premiers magistrats bruxellois seraient à la même enseigne s’ils appartenaient à une autre formation politique. Non, ce qu’il faut comprendre, c’est que l’opération visant à codiriger Bruxelles connaît là une de ses étapes opportunes. L’objectif, à terme, c’est de ne pas laisser un francophone à la tête de la capitale, quel qu’il soit.

 En octobre, la ville d’Anvers connut aussi des émeutes qui firent des victimes dans le corps de police. Le bourgmestre dut réprimer fermement et même interdire des rassemblements pendant plusieurs jours dans le quartier incriminé. Le ministre de l’Intérieur n’eut pas un mot sur les événements. Le bourgmestre d’Anvers, Bart de Wever, est le chef de son parti.

 Bruxelles, belle et multiculturelle, où le nationaliste catalan Carles Puigdemont organise des réunions politiques publiques (Victor Hugo, pourtant ami du bourgmestre, fut expulsé pour moins que ça…) au cours desquelles il remercie ses amis nationalistes flamands, chez qui, lorsqu’il est invité à déjeuner, un photographe de presse est convié… Chère Europe, attention ! Ta capitale est (aussi) contaminée !...

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 Le mouvement En Marche ! devenu un parti, La République en marche (LREM), possède désormais un chef en la personne de Christophe Castaner qui portera le titre de délégué général. Il a été choisi par Emmanuel Macron et il a été élu, à main levée, en congrès. Un peu plus de la moitié des délégués avaient choisi cette formule plutôt que le bulletin secret. Pas sûr que ce processus de désignation subsistera aux épreuves du temps…

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 Quand, dans une narration, on veut passer d’un cadre d’action à un autre, d’un moment de l’action à une scène ultérieure au cinéma ou au théâtre (un « noir » comme on dit dans le métier), on s’arrange pour qu’un indice, si minime soit-il, permette au spectateur d’établir un lien. Le lien, c’est un peu ce qui manque à Marylin, le nouveau film de Guillaume Gallienne. On ne sait d’ailleurs pas toujours si, avec ses copains et ses copines du Théâtre français, il a réalisé un film théâtral ou plutôt du théâtre filmé. Les deux genres s’entremêlent et Adeline d’Hermy est remarquable dans le rôle de l’héroïne autour de qui s’élabore toute la trame. Gallienne s’intéresse beaucoup aux femmes. Il lui arrive même de les incarner  à la scène ou sur la toile. Il sait qu’elles sont à la fois fragiles et courageuses, fragiles et fortes. C’est sans doute ce qu’il a souhaité développer dans ce film. En ce sens, c’est tout à fait réussi.

Dimanche 19 novembre

 Au risque de frôler des amalgames incongrus, on dira qu’il n’y a aucun point commun entre Ramzan Kadyrov, président de Tchétchénie, et Christophe Castaner, le chef du parti créé par Emmanuel Macron. Pourtant, lorsque le premier affirme « Il n’y a pas d’homosexuels en Tchétchénie » et que le second clame, le jour de son élection : « Je ne chanterai pas les louanges du gouvernement », on se dit qu’il y a des formules de style dont la politique se passerait volontiers.

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 The Square, la Palme d’or 2017, est à l’affiche en Belgique. Comme toujours, les annonces apparaissent en deux langues. Voici le commentaire en néerlandais : « Een intelligente satire vol spectaculaire scènes en hilarische situaties » Et dire qu’un peuple est fièrement occupé à devenir une nation sur la base de cette langue-là…

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