semaine 27
Portrait de Jean-Pol Baras
Les calepins de Jean-Pol Baras

Homo homini lupus

Le 18 juin 2020

Samedi 6 juin

 L’organisation des Nations-Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO) estime qu’il est possible de nourrir l’intégralité de la planète sans utilisation de pesticides.

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 Joseph Kessel (1898 – 1979), « Jef », entre en Pléiade. L’auteur avec son neveu Maurice Druon du « Chant des partisans » avait été admis difficilement à l’Académie française (14 voix contre 10 à Marcel Brion) en 1962. Les raisons du refus ne manquaient pas, depuis ses origines russes jusqu’à ses nuits montmartroises en passant notamment par ses relations féminines. Mais il avait bien servi la France et aux yeux de François Mauriac, cela gommait tout le reste. Devant ses confrères, il n’hésita pas à souligner : « La vie de Kessel, au moins, on la connaît. On ne saurait en dire autant de beaucoup d’entre nous… » Et pan pour les collabos. Son œuvre journalistique et son œuvre littéraire étaient un peu contestables. Gaston Gallimard les avait repérées depuis longtemps. Cette entrée en Pléiade apparaît donc au fond bien tardive…

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 Thomas Gunzig souligne une réflexion de Pedro Almodovar qui disait : « Il est impossible d’écrire de la fiction quand on en vit une. » Voilà une affirmation plus subtilement éclairée que la banale « réalité dépasse la fiction ». Dans deux ou trois siècles, les meilleurs journaux de confinés de la présente époque seront enseignés comme des formes originales de roman.

Dimanche 7 juin

 Bien qu’engagé dans le camp républicain, Colin Powell appela ses concitoyens à voter pour Barack Obama en 2008 et en 2012. Il en fit de même en 2016 en faveur d’Hillary Clinton. Son parcours l’avait pourtant conduit à devenir le secrétaire d’État de George W. Bush de 2001 à 2005 après avoir été chef d’État-major des Armées de 1989 à 1993. Mais la date qui lui colle à la peau, « la tache », qui ne s’effacera jamais, c’est le 5 février 2003. Ce jour-là, devant le Conseil de Sécurité de l’ONU, il présenta des preuves fabriquées afin de prouver que l’Irak de Saddam Hussein possédait des armes de destruction massives, allant même jusqu’à prétendre que le dictateur disposerait bientôt de l’arme nucléaire. S’il regretta maintes fois son geste, il sait que celui-ci lui nuira devant l’Histoire, le chaos dans lequel se débat l’Irak n’en étant aujourd’hui que la triste conséquence. L’homme doit nourrir une amertume considérable. Á 83 ans, plutôt que de rester loin des phares médiatiques, il vient d’annoncer qu’il ne voterait pas pour Donald Trump, énumérant une série de maladresses et de fautes dans son comportement présidentiel, et terminant par un coup de grâce : « Il ment toujours » déclara-t-il. Á ses mots, on dit que son miroir s’est brisé.

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 Bon dieu mais c’est bien sûr !, comme disait autrefois le commissaire Bourrel, alias Raymond Souplex. Il fallait que Sa Majesté du Flore ouvrît la série des nombreux ouvrages à paraître sur le confinement planétaire… Notons donc la référence de l’essai incontournable sur « la première peur mondiale » : Bernard-Henri Lévy. « Ce virus qui rend fou » (éd. Grasset). Et soyons persuadés que la machine audiovisuelle va nous en donner des échos à satiété.

Lundi 8 juin

 Depuis qu’un agent de police étouffa un citoyen noir dans un caniveau de Minneapolis, des manifestations naquirent dans des villes du monde entier contre le racisme et les violences policières. Fait rare, la Maison-Blanche est en état de siège tandis que la colère gronde dans les rues de Washington jusqu’à celles de Sydney. L’Europe aussi se mobilise en s’indignant. Bravant les mesures de distanciation physique, des foules se rassemblèrent à Londres, Madrid, Paris, Rome… Bruxelles n’échappa point à cette mobilisation protestatrice. Dès que le souhait fut exprimé, la Première ministre réclama la prudence sanitaire, signalant qu’il existe des formes avisées de contester. Le bourgmestre de Bruxelles interdit la déambulation mais il autorisa une manifestation statique sur la place située en face du Palais de Justice. Celle-ci, pouvant contenir 5000 personnes tout en respectant les règles de distanciation, devait à ses yeux parfaitement convenir. Les organisateurs s’accordaient sur la proposition, s’engageant à faire respecter les consignes officielles. La ville de Bruxelles prit même la précaution de distribuer 4000 masques aux manifestants, ceux-ci n’étant autorisés à gagner la place que munis de cette protection. C’était sous-estimer l’émoi que les médias causent en montrant chaque jour les rassemblements de par le monde, repassant aussi les horribles images de l’agonie du pauvre Floyd. La foule spontanée compta plus de 10.000 personnes, la plupart recueillies et pacifiques sauf une bande très minoritaire de casseurs qui détruisirent des commerces se préparant à rouvrir leurs portes ce matin, comme la troisième phase du déconfinement les y autorise. La Belgique, au centre de l’Europe, devait au lever du jour recouvrer un vent de vie conviviale. Elle fut dérangée au réveil par des salves de diatribes à l’encontre du bourgmestre Philippe Close, orchestrées par le fougueux jeune président des libéraux francophones, dont l’objectif avoué est de figurer tous les jours en bonne place dans les médias. Demain auront lieu les funérailles de George Floyd. Tout naturellement, elles traduiront encore l’événement médiatique. La Libre Belgique a déjà publié sur son site l’éditorial de son rédacteur en chef, condamnant sans ambages le bourgmestre de Bruxelles. Ce pays en a vu bien d’autres, mais toutes ces facéties verbales et ces gesticulations dégagent une misère démocratique où des responsables politiques se transforment en pyromanes afin de pouvoir apparaître ensuite comme d’efficaces pompiers.

Mardi 9 juin

 Les émeutes raciales sont assez fréquentes aux États-Unis mais celles-ci sont les plus…  La crise sanitaire qui secoue toute la planète est la plus…  Cet automne, le chômage risque d’être le plus… Mauvais présage : les médias emploient beaucoup de superlatifs. On dirait qu’ils se sont donné le mot. Il n’y a rien de plus futile qu’un superlatif. C’est le parfait indice d’une société malade d’elle-même.

Mercredi 10 juin

 Un dialogue au sujet du Proche-Orient.

  • On s’active dans le nouveau gouvernement israélien.
  • Il se dit que tout sera prêt pour qu’à partir du 1er juillet, on puisse occuper un tiers de la Cisjordanie afin d’y installer de nouvelles extensions immobilières et urbaines.
  • Rien là d’anormal ou de surprenant : il s’agit de l’application du plan de paix établi par Donald Trump.
  • Oui, d’accord, mais il n’a pas demandé l’avis des Palestiniens...
  •  Bah !...
  •  Á propos, comment voient-ils cette nouvelle agression les Palestiniens ?
  •  Ils semblent résignés.
  •  Hum… Ce sont des combattants, ils n’ont rien à perdre… Et puis, il faut se méfier de l’eau qui dort…

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 Parmi les grands disparus de cette année bizarre, on répertoriera Henri Weber, ancien sénateur socialiste puis député européen PS, mort en Avignon du Covid-19 le 26 avril. Grand amateur d’échanges contradictoires, il aimait raconter qu’en novembre 1998, tandis qu’il donnait une conférence sur « Le socialisme au XXIe siècle » à Brive-la-Gaillarde, une personnalité bien connue de la région, d’obédience libérale, était venue lui porter la contradiction. La joute avait pris un tour de confrontation idéologique et son interlocuteur se lançait dans des défenses du capitalisme et de sa courroie de transmission, le libéralisme, jusqu’à ce que Weber, souhaitant veiller à ce que la séance ne s’achève pas en polémique, tenta de trouver une conclusion susceptible de clore en bonne entente. Il proposa de souhaiter « une société où le libre développement de chacun sera la condition du plein épanouissement de tous ». « Libre développement de chacun ? » Cela ne pouvait que réjouir le débatteur qui l’apostrophait. Et en effet, celui-ci en fut réjoui, convaincu sans doute qu’il avait influencé la pensée de l’orateur. Au cours de la réception qui suivit, Henri Weber, très gentleman comme l’aimaient ses amis, vint apprendre discrètement à son contradicteur que la phrase était de Karl Marx.

 Cette anecdote méritera d’habiter les esprits quand on entrera dans les débats sur le nouveau monde à construire, ce monde d’après déjà tellement chargé de gestations sémantiques abracadabrantesques (comme aurait dit Jacques Chirac…)       

Jeudi 11 juin

 Un dialogue au sujet des États-Unis.

  • Les statistiques révèlent que depuis le 1er janvier 2015, 3679 personnes ont été tuées par la police, dont 2416 blancs et 1263 noirs. Il est donc difficile de parler d’un racisme criminel de la part des policiers…
  • Certes, mais la population étatsunienne est composée à 76 % de blancs et 13 % de noirs.
  • Toute proportion appliquée… Ce qui est plus impressionnant, c’est le chiffre global : 3679 en quatre ans ! Plus de 2,5 personnes par jour !...
  • Eh oui, mais il faudrait aussi compter la légitime défense, la vraie, pas celle qui est fabriquée…
  • Évidemment. Ne jamais oublier que le port d’arme est autorisé là-bas.
  • Résultantes de la mondialisation numérique faisant en sorte qu’un acte insoutenable commis à Minneapolis est perçu très vite partout sur la planète, les manifestations européennes ne peuvent pas correspondre à de pareils actes.
  • Sans doute. Les États-Unis d’Amérique se sont construits sur l’esclavagisme (importation de noirs africains) et le génocide (les indiens). L’Europe s’est plutôt enrichie grâce à la colonisation.
  • Et d’où venaient les colons aventuriers qui ont bâti et fait prospérer les États-Unis d’Amérique ?
  • D’Europe.
  • Eh bien voilà : l’exploitation de l’Homme par l’homme, ce n’est qu’une branche de Homo homini lupus.  

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 Un dialogue au sujet de l’Europe.

  • L’Union européenne semble en bonne vitalité.  Ses frontières intérieures vont rouvrir et la Commission envisage de publier une liste de pays extérieurs déconseillés à visiter pendant l’été.
  •  Y aurait-il aussi une ardeur à prévoir dans la relance ?
  •  Peut-être, grâce au plan franco-allemand. Mais attendons la prochaine   réunion du Conseil, dans quelques jours…
  •  Au fond, le Brexit et le Covid-19 auront resserré les liens de solidarité européenne…
  • Ah bon ! Et pas le sentiment d’appartenance ?

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 Un acronyme qui a de l’avenir : Tina (There is no alternative). Ceux qui croient que le capitalisme, confronté à la crise sanitaire, est sur la pente agonisante, sont de doux rêveurs.

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 Le Point l’a repérée. On peut considérer désormais que la presse française (et peut-être européenne) ne négligera pas (plus…) le parcours de Jacinda Ardern, la jeune Première ministre social-démocrate de Nouvelle-Zélande (elle aura 40 ans le 26 juillet). Á suivre.

Vendredi 12 juin

 Constat incroyable : les marchés grimpent. Le Nasdaq mène le peloton avec une hausse de 10 %. L’abondance de liquidités commence à créer des « bulles de valorisation ». On nous l’a dit : Tina !  Ce qui est davantage certain, c’est que les emplois vont subir le contrecoup. Pas de doute, le marché de l’Emploi, lui, va se détériorer considérablement. Sommes-nous déjà en train de constater que les écarts sociaux vont croître ? Tina. Mais attention, une bulle, ça explose…

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 Arnaud Montebourg (58 ans le 30 octobre), ministre du Redressement productif dans les premiers gouvernements du quinquennat Hollande, a-t-il en vue l’élection présidentielle de 2022 ? Il répond honnêtement qu’il ne sait pas. Ce qu’il sait, c’est qu’il faut pour cela une machine humaine et de l’argent. Il n’a pour l’instant ni l’un ni l’autre. Il tâte le terrain de l’opinion publique et se fait inviter à la matinale de France Inter. Il donne son évaluation des mois de crise sanitaire en soulignant que cette crise nous a montré une hiérarchie sociale inversée. Il estime que l’État fut lamentable (« ils sont tous nuls ») et propose notamment une relance de l’économie par la participation des salariés (ici, Nicolas Demorand aurait dû lui signaler que c’était un thème cher à de Gaulle, mais l’emphase n’aurait pas suivi : Arnaud n’est plus grande gueule). L’air de ne pas y toucher, rappelant qu’il avait quitté le gouvernement parce que celui-ci accomplissait une politique trop libérale, il souligna que son successeur à l’Économie fut un certain Emmanuel Macron. Tiens, comment va-t-il le président ? Réponse dimanche aux 20 heures. En voilà un en tout cas qui ne pourra pas dire Tina…  

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 Elle a trouvé que la période de confinement n’était pas propice à la contestation politique. Que ce n’était pas convenable de contester les actes et les décisions du président et du Premier ministre. Elle a fait preuve de civisme, de haute dignité. Il importe de la saluer. Cela aura dû parfois lui en coûter mais Ségolène Royal respecta le mutisme qu’elle s’était imposé, vu les circonstances. Il faut désormais s’attendre à ce qu’elle ressorte sa lame du fourreau. Rappelons son dernier apophtegme avant le confinement : « Si j’étais à la place d’Emmanuel Macon, la France irait mieux ».

Samedi 13 juin

 L’horrible geste du policier de Minneapolis qui provoqua la mort de George Floyd continue à nourrir des manifestations contre les violences policières et le racisme. Les premières se caractérisent par une mainmise de l’extrême gauche et des anarchistes qui doit bien amuser Marine Le Pen et qui mettent le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner dans une situation quasiment intenable. Quant à la lutte contre le racisme, elle accouche d’une opération visant à déboulonner les statues. Tout le monde y passe, depuis Colbert jusqu’à Léopold II (qui n’a jamais mis les pieds dans son domaine privé, le Congo…) en passant par une foule de personnages et de personnalités comme Christophe Colomb, ou même Victor Schoelcher, député de la Martinique, artisan du décret abolissant l’esclavage en France, dont seuls restèrent deux socles à Fort-de-France. Ces activistes ne connaissent pas leur histoire Allez comprendre…) Pire : ils confondent histoire et mémoire. Heureusement, on peut toujours avoir recours à Pierre Desproges pour dégonfler les baudruches vocifératrices : « Un Noir qui dit qu’un Blanc est con, on dira que le Blanc est con. Un Blanc qui dit qu’un Noir est con, on dira que c’est un raciste. »

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  Conseil aux bobos à la belle conscience et au porte-voix tout reluisant : si vous voulez vous attaquer à Colbert, rasez plutôt Versailles !

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 Jacinda Ardern. Avant-hier une colonne dans Le Point (cf. jeudi 11 juin ci-dessus) ; aujourd’hui une page entière dans Le Monde (la 21). Cette fois, les regards européens vont commencer à se jeter sur elle, d’autant qu’on la dit avoir remarquablement géré la crise sanitaire et que sa popularité est au zénith avant de se présenter devant les électeurs le 19 septembre. Á suivre (bis), et plus que jamais. 

Dimanche 14 juin 

 Que faire du maréchal Haftar ? doit se demander Poutine. Il va de recul en défaite dans une Libye qui commence à ressembler à la Syrie. Il bénéficie toujours du soutien de la Russie, de l’Égypte, et des Émirats arabes unis. Mais on vient de découvrir des charniers en Libye, où des hommes auraient même été enterrés vivants…

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 Macron aux JT de 20 heures. Rarement un chef d’État aura offert une communication aussi creuse à ses concitoyens. Des paroles, encore des paroles, parfois grandiloquentes, parfois pompeuses, pour annoncer le déconfinement et remercier tout le monde pour les efforts consentis, chacun dans son rôle. Quelques rappels d’idées républicaines, toujours bonnes à rappeler, qui entraînent le respect de l’ordre républicain, toujours bon à souligner. « Nous allons retrouver notre indépendance pour vivre mieux ». Ah bon ! Donc c’est bien vrai, nous dépendions des autres… « Nous allons dessiner notre nouveau chemin ». Ah oui ! Quand ? « En juillet ». Ça va. On a compris. Il va attendre le second tour des élections municipales (pour vérifier, par exemple, qu’Édouard Philippe est bien redevenu maire du Havre) et il s’exprimera au plus tard le 14 juillet, date propice aux grandes manœuvres, d’autant que le spectacle du défilé n’aura pas lieu. Tout cela, on comprend. Mais ce soir, il y a des Français, ses chers compatriotes, qui se demandent ce qu’ils vont faire d’ici le 14 juillet. C’est dans un mois. Un mois sans décision. Un mois sans moyens. Un mois de détresse. Un mois que Macron ne mesure pas. On ne va quand même pas oser imaginer qu’il laisse volontairement pourrir la situation. Sans doute pas, mais ce président n’est pas capable d’accompagner son peuple dans l’épreuve.

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  De nouveaux foyers d’infection sont apparus en Chine mais aussi en Italie et en Espagne. Á la veille de l’ouverture des frontières en Europe, la balance entre la sécurité sanitaire et le besoin de bronzage ou la visite des lieux touristiques semble définitivement pencher dans le plateau du relâchement. Venise, totalement déserte, offrait une vision de tristesse énigmatique dans ses vides insolites. Désormais, ses richesses architecturales sont redevenues invisibles, cachées par la foule revenue les contempler. C’est à présent le trop-plein qui est insolite, gavé d’encombrements.

Lundi 15 juin

(C’est le jour anniversaire des grands disparus de la scène et du showbiz : Guy Bedos, Johnny Hallyday, Demis Roussos… et aussi de l’un des rares de cette génération qui subsiste : Claude Brasseur, 84 ans)

 

 L’Allemagne est un pays ordinaire. Toutes les statistiques la concernant ne sont pas réjouissantes. Exemple : en 2019, 41.000 crimes et délits « à motivation politique » y ont été commis, soit une hausse de 14,2 % par rapport à 2018. La poussée de l’extrême droite et de groupuscules violents qui l’alimentent en sont la cause.

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 Plusieurs commentateurs ont beau parler de « Drôle de crise » comme on disait jadis « Drôle de guerre », un fait est acquis : si les personnes âgées furent les principales victimes de la crise sanitaire, c’est la jeunesse qui paiera le prix fort de la crise économique à venir.

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 Anvers est la plus belle, la plus puissante, la plus grande ville de Belgique. On pourrait même ajouter qu’elle est la plus chargée d’Histoire. Dans ses premiers livres datant des décennies ’70 et ’80 (« La Nouvelle économie française », « La Parole et l’outil » et surtout « Les Trois mondes »), Jacques Attali plaçait Anvers carrément au centre du monde, plusieurs siècles évidemment avant que la Belgique existât. De l’activité diamantaire à l’art d’avant-garde, cette ville mériterait d’’être suivie et observée par les médias de la partie francophone de pays. Anvers bouillonne et bouscule. Ainsi, le samedi 9 mai, une manifestation contre « la dictature du confinement » interdite par la direction de la ville mais déclenchée par les réseaux sociaux traversa les artères au grand dam des citoyens. Il y eut juste 13 arrestations administratives. Pas un mot dans la presse francophone. Le dimanche 7 juin, plusieurs centaines de personnes se mobilisèrent contre le racisme et les violences policières, comme ce fut le cas dans de très nombreuse villes partout en Europe et dans le monde. Bien entendu, ce rassemblement se réalisa au mépris des mesures sanitaires. Contrairement à la direction de la ville de Bruxelles (qui distribua notamment 4000 masques aux participants…) celle d’Anvers ne tenta point de temporiser les ardeurs et de convenir de précautions avec les organisateurs. 115 arrestations. Un chiffre suffisamment important pour que l’on évoque un peu l’événement au sud du pays. Que l’on évoque, pas que l’on condamne… Les condamnations, elles vinrent d’une partie du monde politique, mais pour Bruxelles seulement. Les mauvaises langues prétendent qu’Anvers est ménagé parce que son bourgmestre est le chef du parti nationaliste flamand. On n’ira peut-être pas jusque-là. Mais si une demi ou une page par semaine, dans deux grands journaux comme Le Soir ou La Libre Belgique était hebdomadairement publiée sous « Reflets » ou « Courrier d’Anvers » comme Le Monde publia autrefois son Courrier de Belgique, le patriotisme de cette étonnante monarchie ne s’en porterait pas plus mal.    

 

Image: 
Colonne d'esclaves. Gravure pour le livre "Aventures au pays des gorilles" de Paul Belloni Du Chaillu, "L'Univers illustre", 1868. © AFP - Bianchetti/Leemage)

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