semaine 34

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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

Portrait de Jean-Pol Baras
Les calepins de Jean-Pol Baras

Le plus inquiétant est ce qu’on ne dit pas…

Le 02 février 2018

Vendredi 26 janvier

 Le sultan Erdogan semble marri que la guerre en Syrie touche à sa fin. Alors il a décidé d’envoyer la mitraille sur les Kurdes par-dessus ses frontières, ceux-là mêmes qui ont très largement contribué à éradiquer Daesh. Quand ils étaient à l’œuvre pour éliminer les positions djihadistes, les Kurdes étaient complimentés par la « communauté internationale ». Á présent que celle-ci est devenue muette, les Américains tentent de sauver les apparences en délivrant un message à Erdogan : allez-y mollo quand même… On sait que l’impudence constitue un des piliers de la diplomatie mais on est cependant toujours étonné de son usage.

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 Féminisation des mots. Qu’est-ce qu’on fait avec l’expression Tous les hommes sont mortels ?

Samedi 27 janvier

 Tous les films de Steven Spielberg sont tirés au cordeau. Pentagon papers ne manque pas à ce principe. L’histoire du journal Washington Post révélant des documents confidentiels ultrasecrets à propos de la guerre du Vietnam est construite selon une narration haletante et remarquablement précise, sans qu’une minute ne soit inutile ou fortuite. Le duo formé par Meryl Streep, propriétaire de l’entreprise, et Tom Hanks, qui en dirige la rédaction, sous-tend très bien le rythme de l’événement qui va éclore et provoquer une ode à la liberté de la presse. On savait l’aventure du Washington Post dans l’affaire du Watergate ; on connaissait moins celle-ci. Le public américain était peut-être pour une grande part dans le même cas. C’est donc une raison supplémentaire pour saluer l’excellent travail civique de Spielberg.

Dimanche 28 janvier

 Une manifestation anti-Poutine à Moscou. Le principal opposant Alexei Navalny est arrêté, emprisonné. Il sera interdit de se présenter contre le président sortant à l’élection du 18 mars. Celle-ci ne présente plus qu’un seul intérêt : la participation. Combien de citoyens russes se rendront aux urnes, sachant par avance que le résultat du scrutin est connu ?

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 Le psychanalyste Michel Schneider à l’occasion de la première année de présidence Trump : « Le plus inquiétant n’est pas ce qu’il dit mais ce qu’il ne dit pas. »

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 Ils réalisent des films à succès depuis un demi-siècle et ils ne s’étaient jamais parlé ! Le Journal du Dimanche (JDD) a eu la bonne idée d’organiser un dialogue entre Woody Allen et Claude Lelouch. On retiendra une question liminaire à laquelle répond Lelouch : « Je voudrais tourner une conversation entre Dieu et vous à New York autour d’un pastrami. » Allen accueille la proposition : « J’adore l’idée ! Mais il faut qu’on fasse vite : les années passent et cette conversation, je risque bientôt de l’avoir pour de vrai… » Ce projet ne ressortit pas à la boutade. Car tout à la fin de l’échange, Woody Allen y revient. Ce sont ses derniers mots : « Quand est-ce qu’on la tourne cette scène du pastrami ? » Il faudrait donc s’attendre à l’arrivée prochaine d’un formidable moment de cinéma.

Lundi 29 janvier

 Plus Theresa May trouve que « le Brexit est inévitable », plus les partisans d’un maintien du Royaume-Uni dans l’Union européenne sont nombreux et manifestent. Même dans le parti de la Première ministre. Il y en a même qui citent Oscar Wilde : « Les folies sont les seules choses qu’on ne regrette jamais ». Ce parlementaire conservateur aurait peut-être voté la mise sous écrou du poète. Le voilà du reste très audacieux de le citer car on pourrait lui opposer d’autres paroles du même homme annihilant son effet. Celle-ci par exemple, définition de la démocratie : « Oppression du peuple par le peuple et pour le peuple. »

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 … Et ces chiffres, ces instruments de mesure de l’économie censés mesurer désormais la bonne tenue d’un pays, ces chiffres de plus en plus favorables sur 2017, résultats d’un quinquennat bien géré par François Hollande et qui profitent à son successeur…  Ces chiffres, comme il est à la fois triste et plaisant de les voir éclore…

Mardi 30 janvier

 Donc Patrick Roegiers a obtenu la nationalité française en septembre dernier. Cela faisait 34 ans qu’il vivait sur le territoire français mais la plupart de ses livres concernaient la Belgique. Il fallut attendre la quatrième de couverture de son dernier ouvrage (Le Roi, Donald Duck et les vacances du dessinateur, éd. Grasset) pour l’apprendre. Ce n’est pas dans les habitudes du véhément écrivain de taire un événement touchant à sa hautaine personne. Alors quoi ? En est-il honteux ? Est-ce un calcul tactique pour faire parler de lui simultanément à la promotion de son livre ? On pouvait penser qu’en publiant L’Autre Simenon en 2015, il avait épuisé son fond de commerce lié à son pays natal – car il en a écrits des livres et des textes sur la Belgique et les Belges… - Eh bien non ! L’imagination qu’il puise dans l’histoire des Ménapiens, des Nerviens, de leurs voisins et de leurs descendants n’est pas tarie. Celle de la Maison des Saxe-Cobourg Gotha non plus d’ailleurs. Accordons-lui donc, en oubliant un peu son infatuation, le bénéfice du geste : le 12 septembre 2015, sur le plateau de Ruquier, il dépeignait avec beaucoup d’amertume la présence du parti nationaliste flamand (NV-A) au gouvernement de son pays. Considérons, sous réserve de précisions, que cette amertume devint l’élément déclencheur d’une démarche qu’il avait plus d’une fois sans doute envisagée.

Mercredi 31 janvier

 Tariq Ramadan est en garde à vue, soupçonné d’agressions sexuelles. « Ils ne mouraient pas tous mais tous étaient frappés. » (Jean de La Fontaine. Les Animaux malades de la peste, 1678). Le fabuliste ne faisait jamais mention du Coran mais des imams obsédés par l’idée de rattacher le monde à l’islam prétendent qu’il s’en inspirait. La Fontaine a, en revanche, toujours eu l’honnêteté de reconnaître l’enseignement d’Esope, fabuliste et néanmoins esclave d’origine phrygienne. Aucun imam n’a encore à ce jour prétendu que le prophète avait inventé le bonnet phrygien.

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 Depuis l’installation des colonnes Buren à côté des fontaines de Pol Bury dans les Jardins du Palais Royal en 1986, Paris connut quelques farouches querelles esthétiques à propos d’œuvres d’art prenant place dans le cadre urbain. La  dernière fut celle qui aboutit à la destruction de Tree, l’œuvre de Paul Mac Carthy, qu’il avait érigé sur la place Vendôme. Le microcosme germanopratin et ses ramifications lutéciennes s’étaient aussi émus du sort réservé à l’œuvre d’Anish Kapoor, Le Vagin de la reine trônant dans le parc de Versailles. Voici que Jef Koons offre à la Ville une sculpture impressionnante (10 mètres de haut sans le socle, 8 mètres de large), aux couleurs vives,  intitulée Bouquet de tulipes, en hommage aux victimes des attentats de 2015. Il n’en faut pas plus pour que des pétitions circulent et que les débats s’engagent, parfois de manière passionnée. Aux dernières nouvelles, il semble que l’on puisse trouver un modus vivendi. Ce qui ferait surtout problème serait en effet le lieu d’implantation, à savoir l’esplanade du Palais de Tokyo, un choix assez logique compte tenu des activités de l’établissement, mais qui briserait la perspective du Trocadéro. Quoiqu’il en soit, il importe de ne jamais oublier le moyen de ramener les protagonistes à un peu de sagesse : il suffit de leur proposer la lecture de la lettre ouverte que des célébrités de l’art et de la littérature comme Garnier, Gounod, Huysmans, Leconte de Lisle, Maupassant ou Zola rédigèrent à l’intention du commissaire de l’exposition universelle de 1878 Adolphe Alphand afin de s’opposer à l’élévation de la tour de Gustave Eiffel. Un exemple parfait d’allergie désopilante.

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