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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

Portrait de Jean-Pol Baras
Les calepins de Jean-Pol Baras

Macron : on commence à douter

Le 15 septembre 2017

Vendredi 1er septembre

 Candidat à la présidence du parti LR, Laurent Wauquiez se présente comme le disciple de Nicolas Sarkozy. S’il est sans doute fidèle dans les options, il innove dans les méthodes. Son maître voulait pendre Dominique de Villepin à un croc de boucher. Lui, il veut couler Nathalie Kosciusko-Morizet dans le béton.

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 Réforme du code du travail version Macron : le patronat est content, les syndicats sont déçus, Mélenchon est furieux. Rien que des évidences.

Samedi 2 septembre

 La sixième édition du festival Les Inattendues de Tournai est à la hauteur des cinq précédentes. La communion fructueuse entre la musique et la philosophie fonctionne à merveille et la foule est au rendez-vous. Aristote et Haydn, Kant et Bach, des couples qui s’harmonisent comme par enchantement. On rencontre aussi de l’improvisation, lorsque Francesco Cafiso, pianiste, flûtiste et saxophoniste prodigieux, s’intercale dans des dialogues de Boris Cyrulnik et Cynthia Fleury agencés par Martin Legros. Il y a même des moments de grâce, comme lorsque l’époustouflant comédien Thomas Coumans récite le Ainsi parlait Zarathoustra de Nietzsche, des paroles puissantes entrecoupées d’interprétations de Strauss en deux pianos tellement bien assortis, Éliane Reyes d’un côté, Jean-Claude Vanden Eynden de l’autre. Des heures d’apprentissage, de réjouissance et d’émotions. Transformation du plaisir en art de vivre. Métamorphose du frisson en cadences de savoirs et en leçons de choses. Vive la vie !

Dimanche 3 septembre

 Les dingues de la Corée du Nord continuent à narguer le Japon, les Etats-Unis, et bien entendu les voisins du sud. Un 6e essai nucléaire vient d’être accompli. L’ONU prendra des sanctions sans qu’aucun de ses membres ayant le pouvoir de veto ne l’utilise. Mais on attend davantage de la Chine. Car le docteur Folamour de Washington pourrait bien entrer en scène.

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 Un député macroniste d’origine marocaine – qui avait sollicité l’investiture du PS avant de passer sous l’étiquette LERM – frappe Boris Faure, député socialiste, à coups de casque de moto, le laissant dans un état comateux, toujours maintenu à l’hôpital. La presse relate les faits et croit savoir que la victime aurait lancé une injure. On est presque sur le point de pardonner le geste violent. Si l’inverse s’était produit le député Faure aurait été traîné devant les tribunaux et la Cour des droits de l’Homme, étiqueté raciste jusqu’à la fin de sa carrière.

Lundi 4 septembre

 Emmanuel Macron avait prévenu : sous son règne, la droite et la gauche n’existeraient plus. On travaillerait la main dans la main au bien-être des Français et au développement de l’Europe, quelle que soit la tendance des ministres. Á Bercy, sous la bénédiction de Bruno Le Maire, des ministres de droite se retrouvent régulièrement pour échanger, mine de rien. Ayant eu connaissance de cette pratique, au Quai d’Orsay, Jean-Yves Le Drian a décidé d’accueillir régulièrement un groupe de ministres de gauche, pour parler… Chez Les Républicains, Laurent Wauquiez a beaucoup de chances de remporter la compétition présidentielle. En présentant sa candidature, il a souligné qu’il voulait diriger un parti de droite, « une droite qui soit vraiment la droite »… Et il ajouta : « une droite qui ne s’excuse pas ». Alors  qu’il voulait rassembler au-dessus du clivage des partis Macron semble plutôt radicaliser le paysage politique de son pays. Quand Jupiter veut chasser le naturel, les vieux démons sortent de sa cuisse ventre à terre.

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 Au début de l’année 1897, Jules Renard rencontre un jeune homme et le décrit dans son journal  « prodigieux causeur qui montre de surprenantes richesse de cerveau, une fortune. » C’était Paul Valéry (qui avait déjà 26 ans, seulement 7  de moins que Renard …)

Mardi 5 septembre

 Il est toujours très imprudent d’établir des pronostics – même à courte échéance – eu égard à une crise en cours. Á la suite du récent essai nucléaire déclenché par Kim-Jong-un, les États-Unis ont demandé « les sanctions les plus sévères possibles ». Compte tenu de la nature provocatrice du geste coréen et des positions récentes du Conseil de Sécurité, on pouvait imaginer que la position américaine serait suivie. Or voilà que Vladimir Poutine déclare qu’il est opposé à toute nouvelle sanction contre la Corée du Nord. Son représentant usera donc sûrement du droit de veto. La Chine semble lui emboîter le pas. Ce geste humaniste de Poutine n’a rien de philanthropique. La condition du peuple coréen lui sert juste d’argument pour démontrer qu’il n’est pas le béni oui-oui de Trump, lequel doit fulminer, ce qui n’arrange rien.

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 François Hollande prend officiellement la présidence de la Fondation La France s’engage. 30 millions de budget annuel pour encourager l’innovation sociale. Les observateurs se demandent s’il sera candidat en 2022. Et je te dis qu’il n’a aucune chance, et je te dis qu’il peut se révéler fort d’expériences, et va pour les spéculations, et va pour les références historiques… Dieu que ces gens que l’on croit spécialistes sont … Non, on ne peut pas le dire, sous peine d’être accusés de porter atteinte à la liberté d’expression.  Qui peut raisonnablement pronostiquer la compétition présidentielle qui aura lieu dans cinq ans ? Et d’ailleurs, quel est l’intérêt d’aborder cette question-là aujourd’hui ? Quelle est l’intelligence d’en discuter ?

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 Si les statuts du parti macroniste La République en Marche (LREM) renferment bien les termes traditionnels pour qualifier les organes de direction (Convention nationale, Conseil général, Bureau exécutif…) les journalistes mentionnent souvent l’expression « Conseil d’administration ». On se demande bien pourquoi ! Serait-ce un lapsus révélateur ?

Mercredi 6 septembre

  Harvey a fait des ravages sur le Texas et à Houston en particulier, Irma cause des morts dans les Antilles, Jose et Katia sont en route. D’où vient ce tic retors et vicieux qui consiste à décerner de jolis prénoms à des typhons et des ouragans ?

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 Il fallait s’y attendre : après quelques mesures impopulaires touchant les couches fragiles de la société, Emmanuel Macron apparaît désormais comme le président des riches. Il lui faudra ramer pour se défaire de cette étiquette.

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 D’André Malraux, une phrase qui a plus de soixante ans d’âge : « Un pays sans sculpture ni peinture est pour moi un pays muet, d’où la faiblesse de nos relations avec l’islam. »

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 Ôtez-moi d’un doute, film de Carine Tardieu, est une charmante histoire oscillant d’un quiproquo à une situation vraisemblable et inversement, un ensemble parfois un peu tiré par les cheveux ou cousu de fil blanc. Mais le couple formé par François Damiens et Cécile de France fonctionne très bien et le sourire de Guy Marchand est toujours agréable à retrouver.

Jeudi 7 septembre

 Jusqu’aux années soixante, la pollution d’une rivière se traduisait par un articulet dans la page des faits divers. Aujourd’hui, c’est un événement présenté à la une. Au cours des années septante, les agressions, colis suspects, menaces étaient traités dans les pages de faits divers. Aujourd’hui, ce sont des actes qui supplantent le reste de l’actualité. Au début du siècle, l’attaque à l’arme blanche d’un individu contre un agent de sécurité ou de police était un fait rare. Désormais, le fait est événement car il devient fréquent.  Il serait sage de compulser les pages de faits divers afin de déceler ce qui dominera la société demain.

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 Jeanne Balibar et son ex-compagnon Mathieu Amalric se sont laissé envahir par la personnalité de Barbara, son charme, son talent, ses tics, ses gestes, ses paroles, ses caprices, sa poésie. Il fallait donc être Barbara, vivre Barbara, chanter Barbara, parler Barbara, composer Barbara, authentifier Barbara. Jeanne Balibar a réussi une performance admirable. Ce film, Barbara, n’est pas émouvant. Il est envoûtant.

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 Pas rancunière, Bruxelles célèbre le cent-cinquantième anniversaire de la mort de Baudelaire. L’occasion de se souvenir qu’un certain Barbara, Charles de son prénom, directeur d’un journal orléanais, lui fit découvrir Edgar Poe, l’auteur américain que Baudelaire traduisit sans maîtriser la langue anglaise. Il n’y a évidemment aucun rapport entre Louis Charles Barbara (1822 – 1866), ami de Champfleury, et la chanteuse honorée par Amalric et Balibar.

Vendredi 8 septembre

 Image somptueuse hier soir depuis Athènes : Macron à la tribune, dans un cercle de lumière avec dans le fond l’Acropole, lui aussi éclairé. Un ton d’homélie. Des paroles pour annoncer la relance de l’Europe par une initiative qu’il proposera aux vingt-six partenaires après les élections allemandes. Côté spectacle, c’est grandiose. On espère que les actes suivront les paroles. Car sur ce plan-là, on commence à douter.

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 Le grand changement dans cette rentrée des classes n’est pas  souligné. Pourtant, il marque un tournant capital dans la manière d’enseigner donc, dans les répercussions que les méthodes d’apprentissage auront sur les mécanismes sociétaux à venir. La plupart des professeurs commencent leurs cours en disant : « Je vous rappelle vous êtes priés d’éteindre votre téléphone pendant la durée du cours ». D’autres – encore une petite minorité – déclarent : « Veuillez allumer votre téléphone ; le cours va commencer ». L’ère du numérique rogne quelque peu l’usage du livre. Elle ne le supprimera pas de sitôt mais il conviendra de trouver un juste équilibre entre les deux outils.

Samedi 9 septembre

 La presse européenne qui, durant toute la campagne, avait souligné les convictions de Macron en y décelant un apport très positif en faveur de la défense et du renforcement de l’Union, se met à douter de l’efficacité du président français. Pour le moment, elle n’y découvre que des mots solennels et des mises en scène remarquablement étudiées. Ainsi, d’Athènes, le discours qui se voulait de portée historique a été moins commenté que la tenue et les déambulations de Brigitte, l’épouse. Soit. Attendons, comme il le précise, le scrutin allemand. C’est déjà dans quinze jours. On verra ce qu’il déposera sur les tables du Conseil. Et l’on évaluera surtout comment ses propositions seront accueillies…

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 Irma n’est pas douce. Elle ravage tout sur son passage. 6,3 millions d’habitants de Floride sont priés de fuir vers le nord. Miami est transformée en ville fantôme. On dit déjà que le Ciel démontre à Trump qu’il doit revoir sa position sur le climat. Si, déjà, il ne croit pas que l’ouragan a été déclenché par Kim-Jong-un, un pas aura été accompli dans le bon sens.

Image: 

Une mise en scène féérique. Photo © Youtube

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