semaine 25

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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

Portrait de Jean-Pol Baras
Les calepins de Jean-Pol Baras

Quel cinéma!

Le 25 mai 2018

Mercredi 16 mai

 Il faudra posséder du cran et faire preuve d’intrépidité cet automne pour aller au cinéma voir le dernier film de Lars von Trier The House that Jack Built. Il y démontre une pensée qui l’habite, selon laquelle le paradis et l’enfer ne font qu’un ; l’âme étant au paradis et le corps en enfer. Sept ans après avoir fait scandale à Cannes par des propos controversés sur Hitler, le cinéaste danois revient plus provocateur, plus dérangeant que jamais. On ne sait toujours pas si son comportement exécrable ressortit à du ludique ou à du lubrique, à de la suffisance ou à de la souffrance. Un jour peut-être, l’une de ses deux épouses ou l’un de ses quatre enfants témoignera. En attendant, l’homme exulte : « Je n’ai jamais tué personne mais si je devais, je tuerais un journaliste. » Hubert Beuve-Méry, directeur-fondateur du Monde, avait l’habitude de préciser : « Vous ne trouverez derrière mon dos ni banque, ni Église, ni parti. » Aujourd’hui, il devrait faire une exception pour Lars von Trier.

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 Les combats féministes connaissent cette année des échos et des avancées considérables. On rappelle qu’il y a un peu plus de cinquante ans seulement qu’une femme peut ouvrir un compte en banque sans l’autorisation de son mari ou de son père. C’est à peine croyable. En revanche, l’heure n’est pas tellement à se remémorer les conquêtes sociales, pourtant bien mises à mal ces temps-ci. Ainsi, les mineurs de fond qui mouraient étouffés dans la cinquantaine relèvent désormais d’une histoire oubliée parce qu’éteinte. Une toute petite évocation radiophonique souligne que la silicose fut considérée par la sécurité sociale dès 1945 (sic) en France tandis que la Belgique n’en tint compte qu’à partir de 1963, au moment où l’on commençait à fermer les charbonnages. « … Et chaque verre de vin était un diamant rose / Posé sur fond de silicose… « (Pierre Bachelet. Les Corons, 1982)

Jeudi 17 mai

 Panurge est à Washington. Les moutons suivent. Le Guatemala vient d’inaugurer son ambassade, transférée de Tel-Aviv à Jérusalem. D’autres s’y préparent…

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 La voilà, éblouissante, au pied des marches recouvertes de tapis rouge, en robe Chanel. On ne voit qu’elle au milieu de l’équipe du film Un couteau dans le cœur de Yann Gonzales, où elle joue le rôle d’une productrice de porno gay… Vanessa Paradis avait 15 ans lorsqu’on la connut, en 1987. Elle chantait Joe le taxi avec une voix de petite fille. On sentait déjà qu’elle allait devenir une star. Et puis, la chanson était d’Étienne Roda-Gil…

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 Michel Onfray dialogue avec Alexis Lacroix (L’Express, 2 mai). Á propos de l’éternelle querelle entre les Anciens et les Modernes, il prononce une parole sage : « Je préfère être dans le vrai avec un ancien que dans le faux avec un moderne et dans le vrai avec un moderne plutôt que dans le faux avec un ancien ». Á 59 ans, Onfray possède déjà une bibliographie abondante. Au nom de ce principe, on pourrait attendre de lui un ouvrage sur Marx. L’air du temps le suscite à l’envi.

Vendredi 18 mai

 Ce clivage gauche-droite que l’on dit désuet, comme il sert si bien ces partisans du nouveau monde qui puisent dans les plus mauvaises époques conservatrices ou même nationalistes les principes d’une nouvelle gouvernance ! C’est au tour de l’Italie, l’un des grands pays fondateurs de l’Union européenne, d’en faire désormais l’expérience. Trump est un Reagan mal élevé, un Bush junior plus brutal. Les futurs maîtres de l’Italie sont des Berlusconi  au dentier moins rutilant mais aux dents plus longues.

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 Il y a une dizaine d’années, les éditions Galaade publièrent un fort volume intitulé Israël, les Arabes, les Palestiniens. L’auteur était Jean Daniel, fondateur du Nouvel Observateur. Elie Barnavi, ancien ambassadeur d’Israël en France, en était le préfacier ainsi qu’Elias Sanbar, ambassadeur de la Palestine à l’Unesco. Cet ouvrage présentait un intérêt majeur. Rassemblant les chroniques de Jean Daniel sur les sujets évoqués dans le titre, entre 1956 et 2008 soit sur plus d un demi-siècle, on pouvait constater que l’analyse de l’écrivain-journaliste n’avait jamais varié, que sa pensée, loin du gouvernement israélien actuel, associait toujours la défense de l’Etat hébreu à l’existence d’une patrie palestinienne et un compromis pacifique durable avec les nations arabes. Durant la deuxième moitié du XXe siècle, cette position n’apparaissait pas utopique mais au contraire tout à fait plausible, ainsi que l’illustrèrent des présidents étatsuniens comme Jimmy Carter et Bill Clinton tout particulièrement. On en est loin désormais, et le massacre de lundi à Gaza, ponctué par les paroles et les actes de Trump, éloigne toute perspective de climat serein entre les différentes communautés du Proche-Orient. Aujourd’hui, Jean Daniel est un très vieux monsieur (21 juillet 1920). S’il lui arrive encore de signer de temps en temps un éditorial, sa plume ne dégage plus la même énergie mobilisatrice de clarté dans une condamnation nette et cinglante, en une intelligence du propos qui exige la considération, sorte de force tranquille intransigeante mais respectueuse et respectable. Sa fille, Sara, publie dans L’Obs un texte digne de son père qui rehausse l’honneur et la qualité de ce magazine dont on ne sentait plus très bien ces temps-ci l’identité politique et philosophique voulue par son fondateur. « Ce qui vient de se passer à Gaza est un rappel à l’ordre, tragique, à une communauté internationale qui a abandonné le peuple palestinien. » On ne peut pas mieux dire.

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 Ce n’est pas en manipulant voire en détruisant la belle langue française que les revendications féministes sont les plus heureuses. Il faut l’affirmer haut et fort : l’écriture inclusive est une invention débile. Tordre la langue pour affirmer son identité, c’est criminel. La langue est une matière vivante. Elle n’évolue pas par décret.

Samedi 19 mai

 Les citoyens britanniques ignorant que le prince Harry a épousé ce matin l’actrice américaine Meghan Markle doivent consulter, toute affaire cessante.

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 Et que de chichis au château de Windsor, et que de chachas chez les commentateurs ! Pourquoi faire si long ? Tous les journalistes devraient connaître la leçon de brièveté d’Ernest Hemingway. Comment raconter la Genèse ? Très simplement :

« Un homme

   Une femme

   Une pomme

   Un drame. »

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 Quand le patronyme Le Pen lui servait de tremplin électoral, jolie Marion l’utilisait à volonté. Á présent, jolie Marion n’en a plus besoin. Elle est populaire simplement par son prénom. Comme son grand-père est encombrant et que sa tante l’agace, jolie Marion abandonne l’appellation contrôlée. Elle s’appellera désormais Marion Maréchal. « Marion Maréchal Nous voilà ! » pourrait ironiser le spirituel Jean-Marie… Oui, on la verra aux avant-plans, mais pas lui, il est trop vieux. Jolie Marion n’a que 28 ans. Elle n’a vraiment pas de raison de se presser.

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 C’est un art de proposer une histoire emberlificotée dans laquelle le lecteur ou le spectateur est dérouté, surtout lorsqu’il est question de querelles de famille. L’œuvre est réussie lorsque tout s’éclaire en fin de parcours, et mieux encore si - ô surprise !... – l’épilogue révèle l’inattendu. Ce n’est vraiment pas le cas pour Everybody knows, le film d’Asghar Farhadi qui ouvrit le Festival de Cannes, et c’est dommage car le couple Pénélope Cruz / Javier Bardem joue merveilleusement bien.

Dimanche 20 mai

 Puisque François Hollande a été le président le plus raillé, il a des chances d’être un jour le plus adulé. Ce théorème mitterrandien aurait été risible voici encore quelques semaines. Mais on se demande si une période Hollandemania n’est pas tout à coup en train de naître. Plus un jour ne se passe sans que l’on évoque la personnalité de l’ancien président. La semaine dernière, Le Point - qui l’a tellement ridiculisé durant son quinquennat - proposait un reportage très positif sur le périple discontinu de ses séances de dédicace et le succès qu’elles recueillent. Samedi soir, lors de l’émission On n’est pas couché de Laurent Ruquier, comme d’habitude, il figurait parmi les victimes des caricaturistes mais de façon plutôt sympathique, pas du tout ironique ou violente. Et puis, les allusions critiques et parfois burlesques quant à certains de ses comportements ne portent plus ; elles ont tendance à choyer le personnage plutôt qu’à le nuire. On assista même à un moment tout à fait surprenant : de manière totalement spontanée, Christine Angot signala qu’elle était occupée à lire son livre et qu’elle le trouvait « vraiment bien, bien écrit ». Pour ne pas être en reste, Yann Moix, qui fut souvent si sévère avec Hollande, prédit « qu’il va revenir » ! Et d’ajouter « Et puis, il y a quelque chose de très français là-dedans : on adore ce qu’on a brûlé ». Hier, dans Le JDD (Le Journal du Dimanche), à la page des chroniques musicales, il est question de Foé, un jeune chanteur toulousain de 20 ans qui monte dans le domaine de la chanson française. Et alors qu’il n’y a aucun lien direct ni aucune raison de le créer, une note de bas de page nous apprend que François Hollande écoute son premier album en boucle. Il séjournera cette semaine à Pékin. Si les médias répercutent son voyage, ce sera un nouveau signe qu’il se passe réellement quelque chose autour de François Hollande.

Lundi 21 mai

 Rarement le Festival de Cannes aura été si transparent. Pierre Lescure et Thierry Frémaux se devaient de lui donner une identité féminine forte si bien que l’on eut droit de temps en temps à de nouvelles revendications ou à des révélations de harcèlement et de viol. La Palme d’or revint néanmoins à un homme, le cinéaste japonais Kore-eda, un habitué de la Croisette, pour son film Une affaire de famille. Le Prix du jury (Capharnaüm, de Nadine Labaki) devra être remarqué quand il sortira en salles. C’est à Girl, du jeune Gantois Lukas Dhont, la Caméra d’or de cette édition, qu’il convient de s’intéresser si l’on veut dénicher de nouveaux talents. Pour le reste il faut se dire « à l’année prochaine » en espérant que la Mostra de Venise, en septembre prochain,  et la Berlinale, en février 2019, ne vont pas faire de l’ombre au plus important rendez-vous cinématographique du monde.

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 Toutes celles et tous ceux qui auront gardé un souvenir captivant de l’exposition Mélancolie – Génie et folie en Occident réalisée par Jean Clair au Grand Palais à l’automne 2005 parcourront avec plaisir les cimaises de la Fondation Boghossian, Villa Empain à Bruxelles. Certes, l’ensemble a beau être de qualité, il est beaucoup plus modeste dans son ampleur, mais la commissaire Louma Salamé a tenu à présenter, parmi des noms et des œuvres renommées, quelques jeunes artistes dont il est bon de retenir les noms. Ainsi, les fresques murales du Français Abdelkader Benchamma, les broderies des jeunes artistes belges de KRJST Studio, la peintre franco-belge d’origine syrienne Farah Atassi, le sculpteur français Samuel Yal ou encore la vidéaste espagnole Eli Cortiñas trouvent parfaitement leur place parmi les Paul Delvaux, Giorgio de Chirico, Constant Permeke, Léon Spilliaert, et autres Claudio Parmiggiani. On souhaite aux organisateurs que les travaux de l’avenue Franklin Roosevelt auront cessé d’ici peu, afin que les amateurs ne soient pas découragés par les embouteillages assommants, d’ici le 19 août, dernier jour de l’exposition.

Mardi 22 mai

 Écrivain, éditeur, fondateur de la fameuse collection Dictionnaire amoureux chez Plon, Jean-Claude Simoën est un homme d’esprit. Il en a côtoyé tant de beaux qu’il possède un bissac d’anecdotes croustillantes et croquignolesques. De surcroît, il en tient aussi de seconde main. Apocryphes ou non, c’est leur saveur qui compte. Ainsi lorsqu’il déclare qu’Albert Einstein aurait affirmé qu’il existait sûrement dans une galaxie une planète identique à la nôtre, le convive est intéressé. Quand il ajoute que, toujours pour Einstein, « la preuve, c’est qu’ils ne sont jamais venus nous voir… », on rit, on décroche, on vacille. C’est déséquilibrant, superbe et tout à fait plausible : le sens de l’humour du grand savant est encore à dévoiler.

Mercredi 23 mai

 Les images tragiques de Gaza continuent de faire le tour du monde. Elles divisent l’écran selon deux  parties égales : d’un côté l’inauguration de l’ambassade US à Jérusalem où le champagne coule à flots et les embrassades affolent le téléspectateur candide ; de l’autre, à quelques dizaines de kilomètres de là, un massacre éhonté. Le contraste n’a pas besoin de commentaires.  Certes, le Hamas a poussé son peuple à la provocation. Mais cela permet-il seulement d’accepter l’usage de balles réelles contre des pierres ? « Enfermer l’Occident dans sa caricature ». La formule est de Jean-François Kahn. Ainsi qualifie-t-il le dessein de Vladimir Poutine. C’est bien vu car Trump nourrit presque malgré lui cette diabolique intention jour après jour.

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 L’Italie possède un Premier ministre qui n’a jamais trempé dans le monde politique, du moins officiellement. Avocat florentin de 53 ans, Giuseppe Conte commence par essayer de masquer son amateurisme en bidonnant son curriculum-vitae. De Pittsburg à Malte en passant par New York, les universités mentionnées déclarent que son nom ne figure point dans leurs tablettes. Le nouveau Président du Conseil a déjà usé des arrangements auxquels sont habitués les vieux dinosaures transalpins. Revoici le théorème de Lampedusa en pleine application. Mais comment, à l’heure où tout est filmé, où tout est vérifié, où tout se décortique sur-le-champ et tout se sait, des personnes intelligentes peuvent-elles encore user de stratagèmes aussi épais en imaginant tromper les observateurs ?

Image: 

Un peu de douceur dans ce monde de brutes : l’affiche du Festival de Cannes 2018 est tirée du film Pierrot le Fou, de Jean-Luc Godard (1965). Photo © Georges Pierre, maquette © Flore Maquin.

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