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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

Murmures de la rue…

Edito par Gabrielle Lefèvre, le 09 juin 2017

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Le 31 décembre 2010, manifestation des SDF dans le centre de Bruxelles pour enterrer en beauté l'année européenne de lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale Photo © Jean-Frédéric Hanssens

… Et bruyante tempête médiatico-politique sur le Samusocial de Bruxelles.
Et les sans-abris là-dedans ?

« La rue, c’est marche ou crève » ; « On dort dehors mais vous ne pouvez pas vous imaginer le nombre de logements vides » ; « huit mois de retrait de chômage et paf dans ma tronche ! Et là, je n’ai plus rien, plus rien. »

On ne sort pas indemne du petit livre « Murmures de rue » édité par Présence et Action Culturelles dans une collection « Agir par l’écriture » qui rassemble des travaux réalisés par les écrivain(e)s publics. Ici, s’exprime le Réseau des Ecrivains publics de Mons-Borinage et les « sans domicile fixe » rencontrés au centre d’accueil de jour « L’Escale » à Mons. Au rythme des pages et des variations typographiques, s’égrènent les paroles, les histoires de ces vies chahutées, basculées, douloureuses souvent. La parole se libère au travers d’ateliers d’écriture collective. Apparaît l’humain au-delà des histoires tragiques, des vols, des viols, de la drogue, de la maladie, des coups, des humiliations permanentes, vécus par ces personnes échouées dans la rue. C’est le tableau d’une tragédie sociale qui est ainsi révélé, par les mots des victimes elles-mêmes. Des mythes, des préjugés s’écroulent, les discriminations, les exclusions sont dévoilées.

« Ecrire, c’est exister au-delà des préjugés », ainsi que le dit Dominique Surleau, secrétaire générale du PAC. Ce «Murmures de la rue » parle au cœur.

La tempête bruxelloise hurle l’indignation. Rappelons que l’asbl le Samusocial a été créée en 1999 par des francs-maçons philanthropes qui voulaient, dans l’urgence, pallier les insuffisances de l’aide sociale. Plus tard, l’asbl a été gérée par Pascale Peraita et Yvan Mayeur, l’objectif étant de poursuivre cette aide devenue d’autant plus nécessaire que les problèmes sociaux s’amplifiaient et que les services publics, notamment les CPAS, voyaient fondre leurs moyens financiers. Une action associative qui devait être transitoire – puisqu’elle était censée être reprise par les CPAS - s’est ainsi pérennisée, professionnalisée après quelques crises et critiques vives sur la gestion. Le travail d’assistance aux plus démunis de notre société a été fait et bien fait, la gestion était contrôlée par les administrations des ministères subsidiant et, depuis quelques années, par des commissaires du gouvernement qui siègent au conseil d’administration. Le Samusocial gère 2000 lits et fait travailler 500 personnes en hiver, 300 tout au long de l’année. L’Agence fédérale pour l’accueil des demandeurs d’asile lui confie la gestion de deux centres d’accueil (250 places chacun) pour demandeurs d’asile.

Alors, puisque l’action sociale de l’asbl est si efficace, pourquoi une telle rage politique et médiatique contre le bourgmestre de Bruxelles, porteur depuis le début du projet Samusocial ? Avant même qu’une enquête soit entamée, les accusations et les condamnations avant  jugement  ont fusé dans les médias renforçant l’idée populiste que « tous pourris surtout s’ils sont socialistes ».  Ainsi s’établit un amalgame entre une action sociale réelle, qui rend de véritables services à la société, un vrai travail presté sur le terrain par un mandataire politique avec le scandale Publifin où des mandataires politiques étaient payés alors qu’ils ne faisaient rien !

Cela est indigne. Reste que, même si rien d’illégal n’est prouvé jusqu’à présent,  l’éthique politique a bel et bien été bafouée. Yvan Mayeur affirme qu’il considérait  son action dans l’asbl comme un travail méritant salaire (700 € net par mois). Il pouvait le prester bénévolement, vu ses revenus de mandats politiques. C’est du moins ce qu’exige une opinion exaspérée par les « affaires » qui ont entaché l’ensemble du monde politique ces dernières années et par l’accroissement de la précarisation.

Dans cette lamentable affaire, la question la plus importante est celle-ci : comment admettre que notre système politique continue à rogner sur les budgets destinés à l’aide aux plus pauvres, aux plus démunis, aux victimes d’un système économique injuste ? Comment poursuit-il une « privatisation » de la pauvreté en la faisant gérer par des associations alors que le service public est censé apporter une aide au rétablissement des personnes dans leurs droits et leur dignité ?

Comment admettre que, dans nos sociétés, il faille recourir à la charité (les restos du cœur, les dons pour le Samusocial) afin de pallier les manques financiers des services publics chargés de gérer  les drames vécus par les plus démunis. Et dans le même temps, comment peut-on accepter que l’on ne taxe pas les transactions financières et les fortunes des plus riches ?

Tant que cette justice sociale n’est pas rétablie, il faudra de l’action « humanitaire » pour aider les victimes de l’injustice.

Parole d’un SDF : « Si j’étais une devise, je serais « la vérité du mensonge » qui prouve que personne n’a tort ou raison ».

Article 25 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (1948)

Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment pour l’alimentation, l’habillement, le logement, les soins médicaux ainsi que pour les services sociaux nécessaires ; elle a droit à la sécurité en cas de chômage, de maladie, d’invalidité, de veuvage, de vieillesse ou dans les autres cas de perte de ses moyens de subsistance par suite de circonstances indépendantes de sa volonté. »

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