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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

On ne prête qu'aux riches

Edito par Jean Rebuffat

Que trouve-t-on, juste en face de l'Élysée? Des commerces de luxe. Photo © J. Rebuffat

La philanthropie est un pari risqué. La France nous le rappelle de façon insistante. Quelle idée de base sous-tend la politique économique de la présidence Macron? Celle qui imagine que la distribution des cadeaux aux nantis leur donnera la bonne idée d'en faire autant.

La suppression de l'impôt sur la fortune et la baisse des aides au logement en donnent deux exemples dont la puissance symbolique semble avoir été sous-estimée grandement par le nouveau pouvoir. Le tout s'accompagne de discours moralisateurs assez ridicules. Prenons le cas des APL: cinq euros par mois en moins, qu'est-ce donc, en effet, quand on en a assez? Les décideurs gagnent en effet correctement leur vie et le sacrifice ne leur pèse rien. Mais les petites gens, les pauvres, n'ayons pas peur des mots, ne raisonnent pas comme ça: ils sont tout heureux de pouvoir dégager de leurs maigres ressources un surplus de quelques euros qui leur permettra de faire la folie d'offrir une glace aux enfants, par exemple. Ces cinq euros pèsent lourds dans cette perspective-là: sans un tout petit peu de superflu, la vie semble encore bien plus dure qu'elle ne l'est. Depuis le temps qu'on sait que l'homme ne se nourrit pas que de pain...

Oui, répond-on, mais les propriétaires n'ont qu'à remplacer les pouvoirs publics et baisser les loyers de cinq euros. (Combien le feront-ils?) Et de toute façon, cette perte est compensée par la baisse de la taxe d'habitation. Idem pour la CSG qui elle, rabote les retraites...

Et face à cela, comment ne pas ressentir que les cadeaux faits aux riches apparaissent insultants? On espère que les économies qu'ils feront seront réinvesties. Alors certes dans l'histoire de l'humanité, les dépenses des rois et des princes ont-elles contribué à développer un secteur de l'économie: le luxe. Peut-être en effet engagera-t-on une vendeuse de plus chez Guerlain. Mais cela n'ira jamais plus loin: ça ne marche pas, on a déjà essayé. Le gouvernement précédent avait été voué aux gémonies parce qu'il tablait sur le fait que diminuer les charges sociales des entreprises allait vertueusement aboutir à la création d'emplois. Erreur: cela accroît les bénéfices.

Et tout ceci dans un discours d'où il ressort que ceux qui réussissent sont mal aimés, qu'on les culpabilise de leur réussite au lieu de les en féliciter. Ah, si les riches, en effet, investissaient massivement dans le non-marchand parce qu'ils en ont les moyens, alors là, on pourrait leur clamer notre amour. Le problème est que plus ils sont riches, plus ils ont envie de l'être, et de plus en plus. La société, de la sorte, se dualise encore et toujours entre riches très riches et pauvres plus pauvres, avec au centre une classe assez large que l'on pourra apaiser par quelques petits cadeaux fiscaux bien à-propos et qui finalement ne feront que cela: accroître l'égoïsme ambiant, le chacun pour soi et l'après moi les mouches.

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