semaine 47

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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

Balançons donc

Edito par Jean Rebuffat, le 20 octobre 2017

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Un tweet de France Info (capture d'écran du site twitter.com). Il ne compte pas les #MyHarveyWeinstein.

Comment parler d'autre chose? Malgré la Catalogne, malgré l'Autriche, malgré tout ce qui ne va pas dans le monde et dont on pourrait parler, cette semaine, c'est le phénomène #BalanceTonPorc qui suscite le débat. Une libération de la parole qui montre deux aspects contradictoires de notre civilisation transparente et trouble.

On dit souvent que les réseaux sociaux libèrent la parole. Qu'ils soient cathartiques, nul doute. Où est passée la «netétiquette» dont on se glorifiait voici vingt ans quand l'internet était enfant? À l'époque, écrire en capitales était du plus mauvais goût et assimilé au cri... Les propos racistes, homophobes, sexistes, insultants et sommaires y pullulent – à côté, il est vrai, de commentaires intelligents, humanistes ou d'informations intéressantes. La frontière étant cependant ténue entre dénonciation et délation, une campagne comme #BalanceTonPorc pourrait aboutir au pire alors qu'en fait, elle est parfaitement justifiée et qu'il est même significatif qu'on n'y ait pas pensé ou qu'on ne l'ait pas pratiquée plus tôt.

Il en va du sexisme ambiant comme d'autres comportements autrefois tolérés: on ne les supporte plus. Qu'il s'agisse de corruption, de pédophilie ou de machisme inégalitaire, cela ne passe plus la rampe à un moment donné et sans doute, ce moment-là est-il arrivé en cette matière où la honte, la peur de ne pas être cru(e) et l'inutilité de la démarche avaient jusqu'ici dissuadé d'en parler – même sur les réseaux sociaux où la parole apparaît si facile. En balançant son porc, assimile-t-on aussitôt tout homme au cochon qui sommeillerait en lui ou à l'inverse, établit-on une nouvelle norme qui permettra à la société d'évoluer?

Bien sûr, la plupart des êtres humains de sexe masculin (je fais partie de cette catégorie) font-ils l'apprentissage toujours douloureux de la perte de certains privilèges. La phallocratie leur était confortable. Mais on ne peut pas admettre un principe sans en accepter les conséquences. Les droits de l'homme ne faisaient pas bon ménage avec l'esclavage ou la colonisation: il aura fallu un siècle ou deux pour s'en apercevoir. Tenir la porte et s'effacer devant la personne qui vous accompagne peut tout autant être l'expression de la gentillesse et de la courtoisie que celle d'une galanterie qui serait une forme sournoise de phallocratie.

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