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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

De la rue de la Prison au boulevard du Crime

Edito par Jean Rebuffat, le 01 juin 2018

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Où débouche-t-elle? © Jean Rebuffat

On appelle désormais ça le terrorisme low cost. L'attentat de Liège n'a demandé qu'un couteau comme matériel de base, pas même une camionnette de location. Cet éparpillement est terrifiant et c'est bien son but. Désormais nous savons que nul n'est à l'abri et que nulle ville, nul lieu n'est impossible à frapper. Alors se posent deux questions: la faute à qui et que faire?

Ces deux débats s'entremêlent. Pour prévenir, il faut surveiller et chacun c'est que c'est au péril de nos libertés: où trouver le point d'équilibre? Pour intervenir, il faut s'équiper, se former et chacun sait que c'est coûteux. Et malgré tout, cela ne suffira jamais. Même Hitler a failli périr dans un attentat: le plus totalitaire des régimes n'étouffera jamais complètement le risque.

Alors que celui-ci se concrétise, on cherche bien entendu des coupables et/ou des responsables. Le ministre fédéral belge de la Justice, Koen Geens, s'est grandi – à l'inverse de tant de ses collègues – en faisant part de ses états d'âme et de ses interrogations. Mais faut-il supprimer toute permission de sortie des détenus en fin de peine parce que Benjamin Herman a commis cet attentat? Faut-il placer un policier derrière chaque personne vaguement ou précisément soupçonnée de radicalisation? Faut-il multiplier les prisons, allonger les peines, les rendre incompressibles?

L'émotion pousse à y voir une solution alors qu'en réalité, on aggrave le problème. Où s'est radicalisé le terroriste liégeois, parfait exemple de petit délinquant sans foi ni loi? En prison.

Quand comprendra-t-on que la prison est criminogène comme certains traitements médicaux sont iatrogènes? On veut soigner, on rend malade. Des prisons, il y en a toujours plus. Des peines sévères, il y en a toujours plus. Qu'observe-t-on? C'est que malgré toutes les politiques d'alternatives à la détention – car ne croyez pas que les spécialistes ignorent le problème et ne les imaginez pas en joyeux idéalistes angéliques! – la population carcérale est de plus en plus nombreuse, de plus en plus incontrôlable, de plus en plus dangereuse. On en est arrivé à ne plus faire appliquer que les peines vraiment lourdes! Le système contient en lui cette perversion: en voulant être sévère, on est devenu laxiste...

La prison idéale sert à mettre la société à l'abri dans un premier temps et dans un second, à y réintégrer tant que faire se peut. La peine, disait déjà un ancien président de la République française il y a plus de quarante ans, c'est la privation de liberté, et rien d'autre. Le paradoxe est que ce n'est même plus vraiment la privation de liberté, la norme, mais que tous les côtés les plus décriés du système ont continué à croître et à enlaidir. On s'est engagé dans une cavalerie dont on voit le résultat: la porosité entre la petite délinquance et le terrorisme. Bien sûr, ce n'est pas la seule cause de celui-ci mais il ne faut pas la sous-évaluer. Un phénomène d'une telle ampleur mérite une analyse qui ne soit pas une simplification et aucune ébauche de solution ne sera possible sans une prise de conscience générale dont hélas, l'évolution actuelle des opinions publiques laisse craindre qu'elle soit chimérique à court ou à moyen terme. Pourtant, quand une marmite entre en ébullition, la bonne façon d'éviter qu'elle explose n'est pas de resserrer son couvercle mais de baisser le feu.

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