semaine 16

L'actualité bégaie

Edito par Jean Rebuffat

Est-il nécessaire d'être de mauvaise humeur pour manifester ses inquiétudes? Photo © Jean-Frédéric Hanssens

On dit que l'histoire parfois bégaie mais pour l'instant, c'est l'actualité qui se répète inlassablement. À lire les journaux, l'impression domine que les mêmes sujets reviennent sans cesse et sans changer. Tandis que j'écris ces lignes, des jeunes viennent de défiler pour le climat, des gilets jaunes préparent l'acte XIII, Delphine veut son analyse ADN, Nemmouche ne dit rien, Trump twitte, Maduro persiste, Macron parcourt la France, le Brexit n'avance pas, la Catalogne non plus, etc., etc. Bref faire original n'est pas une sinécure.

Tout se passe comme si désormais la répétition était une nécessité sans laquelle une idée, une position, une mesure ou tout autre événement n'existait plus. Comment ne pas y voir une tendance lourde du XXIème siècle? Même les feuilletons télévisés font x ou y saisons... Les réseaux sociaux font penser à un disque rayé du XXème siècle, chacun y répétant à satiété quelque chose qui ne convaincra de toute façon personne. Il est étonnant, tout de même, de noter que la mondialisation systématique en route depuis un demi-siècle n'aboutit pas à une homogénéisation redoutée, mais à une sorte d'émiettement entêté qui en est quelque part exactement le contraire. Plus tout se ressemble et plus l'individu s'estime au centre de tout.

Je serais curieux de voir ce que les sociologues du XXIIème siècle en penseront... Ce qui m'apparaît probable, c'est qu'on est en train de changer d'époque autant que de climat et que certains idéaux sont aussi menacés que les ours polaires sur leurs banquises fondantes. La première moitié du XXIème siècle ressemble à la seconde moitié du XVIIIème. Mais je ne nourris aucun pessimisme: la prise de conscience des périls ne débouche pas obligatoirement sur la catastrophe et l'avenir, toujours proposé comme radieux, est surtout imprévisible.

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