semaine 25

Satan, le hidjab et Voltaire

Edito par Jean Rebuffat

Contrairement à une idée répandue, il n'est pas obligatoire de jouer au beach volley en maillot. La seule exigence est que les deux membres d'une même équipe soient habillé.es identiquement. Mais ici, à Rio en 2016, avez-vous vu les Égyptiennes? L'une est voilée, l'autre non. Photo d'archives D.R.

Que le voile islamique soit une marque religieuse ostentatoire et qu'elle soit marquée sexuellement, ce qui est inégalitaire en soi, tout cela ne fait aucun doute. Que d'autres religions prescrivent à leurs officiants ou à leurs fidèles d'autres signes discutables est un fait. On pourrait d'ailleurs écrire que par nature, toute soumission à une religion quelle qu'elle soit comporte une part choquante pour l'esprit libre, sauf à constater tout de même que le XXème siècle a promu un monde sans dieu au rang des possibles et que cela a eu une influence sur les croyants. Beaucoup doutent et agissent en usant de la morale commune, elle-même imprégnée de cette conception athée (au sens littéral du mot) selon laquelle les lois sont faites par et pour les hommes hors de toute transcendance ou révélation.

Il suffit par exemple de constater les ricanements qui ont accompagné la sortie du pape François voyant dans le Malin la propension pédophile de bien des prêtres et des évêques. On peut les résumer par ce témoignage lu cette semaine dans Libé: «Ce n'est pas Satan qui m'a mis les mains aux fesses». Cela dépasse l'anticléricalisme parce que ces protestations viennent souvent des croyants eux-mêmes, qui ne remettent pas forcément entièrement leur foi en cause mais qui attribuent à ces déviants une attitude exclusivement humaine et absolument individuelle.

C'est dans ce contexte qu'il faut décrypter la polémique du fameux hidjab Décathlon, qui a enflammé la presse française (et belge) cette semaine, ainsi que les réseaux sociaux francophones. Tout temple a toujours eu ses marchands et la vente de produits dérivés, pour parler moderne, a fait le bonheur des cultes et de tout ce qui les entoure. Le pèlerinage est aussi un voyage et si l'humanité était immobile, la civilisation se limiterait à quelques hordes dans le riff africain. Ajoutons que les religions, parce que ce sont des explications du monde, n'ont pas eu que des côtés négatifs. Elles ont souvent été utilisées pour asservir, c'est clair, mais elles furent des réponses à des questions intéressantes qui subsistent toujours et elles créèrent des valeurs pertinentes dont nous partageons l'héritage. Qui ne souscrit à ces sages préceptes comme «aimez-vous les uns les autres?».

Eh bien appliquons celui-ci à cette question du hidjab au lieu d'expédier des avis comme en guerre on s'envoie des obus. Répétons qu'en effet, le voile est une double soumission et que le geste des Iraniennes qui l'ôtent en public est bien sympathique. Mais d'autre part, ne peut-on comprendre qu'il vaut mieux, en attendant le grand soir où le monde sera enfin, débarrassé des dieux, faire du sport en hidjab ou en burqini que n'en point faire? Quant Cathy Freeman, en 2000, revêtait sa combinaison à capuche pour gagner le 400 mètres au Jeux olympiques, elle ne manifestait aucune allégeance à autre chose que sa croyance à elle selon laquelle, plus aérodynamique, elle courrait plus vite. Ce qui dérange dans le voile, c'est l'obligation, pas le vêtement. Alors créer l'obligation inverse, est-ce utile? La laïcité punitive n'a aucune chance de convaincre celles et ceux qui veulent la liberté et comme le remarquait déjà Voltaire, «la vérité luit de sa propre lumière, et on n'éclaire pas les esprits avec les flammes des bûchers». Fussent-ils postmodernes.

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