semaine 17

Le grand écart

Edito par Jean Rebuffat, le 22 mars 2019

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Une photo métaphorique prise par un rescapé du métro Maelbeek qui a fait le tour des réseaux sociaux et des médias mondiaux: la lumière est au bout du tunnel (capture d'écran)

Nous sommes aujourd'hui le 22 mars 2019 et bien sûr, la Belgique se souvient du 22 mars 2016, le double attentat Maelbeek-Zaventem, les 32 morts et les victimes survivantes, plus ou moins sauves, plus ou moins rétablies. La violence ne sert à rien d'autre qu'à renforcer les deux camps, celui qui estime qu'il n'y a pas d'autre issue et celui que cela révulse. La violence n'a jamais été une solution; aujourd’hui, la guerre est moralement hors-la-loi. Pourtant, il y a toujours des guerres, des crimes, des génocides. Le grand écart se fait entre l'idéal proclamé, l'horizon inatteignable, la promesse du lendemain et la réalité quotidienne, les penchants barbares et les rancunes de la veille.

L'être humain a deux visages. Il peut être solidaire, empathique, dévoué; il peut être égoïste, violent, dominateur. Sans doute, comme certains penseurs l'expriment, a-t-il fallu un peu des deux pour que l'espèce survive et prospère. Il est évident que la première option est celle que les Lumières ont favorisée et il est clair que c'est depuis lors que le pire s'est produit. Et ce pire est d'autant plus douloureux que l'on pense l'homme perfectible et le progrès, possible.

On cherche des solutions, bien sûr, pour ne plus voir le monde écartelé. Le rappel des horreurs est supposé prémunir contre leur retour. Ce n'est pas entièrement faux mais ce n'est pas suffisant. L'illusion que l'instruction (remplacée sémantiquement par l'éducation) résoudrait les errances dues à ce qu'on pensait être tout simplement de l'ignorance, de l'obscurantisme, de la tyrannie, les mots ne manquent pas autour de ce concept, cette illusion s'est estompée.

Désespérer? On voit bien la soumission qui en résulterait, soumission des esprits, soumission des corps. Il faut persévérer, imaginer Sisyphe heureux, parce que si ce combat pacifique ne sera sans doute jamais gagné, ce qui est sûr, c'est que si on ne le mène pas, il sera tout à fait perdu, et il n'y aura pas que le changement climatique à préfigurer la fin du monde.

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