semaine 48

Encore (et encore)

Edito par Jean Rebuffat, le 16 octobre 2020

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Prenons l'exemple de Bruxelles où le plaisir fragile de partager un repas en tête à tête après un cinéma est à nouveau brisé et rêvons d'un monde idéal... Photo © Jean-Frédéric Hanssens

(Mis à jour le 23 octobre) En fait, ce sont des demi-mesures. En réalité, un peu partout en Europe, c'est un demi-confinement qui s'installe pour contenir l'épidémie renaissante... Qu'on appelle ça d'un nom antipathique, couvre-feu, ou d'un euphémisme, la réalité est là: un peu partout en Europe, une nouvelle fois, la liberté de circuler, de se réunir, de voyager, de partager un verre ou un repas, se trouve restreinte pour une durée d'un mois voire jusqu'au début décembre. On devine que socialement et humainement, il est tout bonnement impensable de ne pas pouvoir desserrer d'un cran les restrictions durant la fin de l'année et ses fêtes traditionnelles.

Dans un monde idéal, il n'y aurait aucune mesure à prendre: tout un chacun se limiterait spontanément dans son propre intérêt et dans celui des autres tant les mesures à prendre sont claires et évidentes. Mais nous ne vivons pas dans un monde idéal et des conflits naissent, intimes ou sociaux, entre cette lutte inévitable entre le désir de vivre et le devoir de ne pas être, directement ou indirectement, la cause de la mort d'autrui.

On voit bien aussi que si l'Europe en tant qu'institutions (j'entends par là des satellites plus larges que l'UE; n'oublions pas que des pays non UE font partie de la zone Schengen, par exemple) a enfin réussi une très relative harmonisation des décisions, celles-ci n'en restent pas moins l'apanage non concerté des états. Et ce n'est pas facile: la preuve, en Belgique, il a fallu longuement négocier entre pouvoirs régionaux et niveau fédéral; à vingt-sept ou plus, on devine l'imbroglio. En réalité, les gouvernants naviguent à vue dans une mer déchaînée et ne regardent pas plus loin que leur proue. Il en résulte une sorte de mouvement brownien qui désoriente le plus réceptif des citoyens.

Pourtant tout le monde savait dès le départ qu'un rebond, qu'on le désigne ainsi ou qu'on préfère dire la seconde vague, naîtrait immanquablement de la reprise tant souhaitée d'une vie presque normale et creuserait un peu plus une crise économique et sociale qui pourtant porte en elle une lueur d'espoir, celui d'une prise de conscience de l'impossibilité de poursuivre cette cavalerie insensée qui représente une menace autrement plus grave pour l'humanité que les vicissitudes de ce Covid-19 qui remplit les hôpitaux mais vide les maisons de repos de ses habitants, ciblant le 3ème âge comme pour compliquer le débat éthique à plaisir. Ce n'est plus tant le dilemme fin du mois/fin du monde qui nous agite; c'est plutôt fin du soi/fin du monde qui s'impose. Entre la chimère d'une immunité collective et la course au vaccin libérateur, ce fichu virus, on n'a pas fini de devoir vivre avec – ou de mourir avec lui.

PS du vendredi 23 octobre. La situation empire, les mesures aussi. Mais quelque chose d'assez remarquable, c'est que les gouvernements, peut-être échaudés par les contestations que les mesures fortes font naître, en tout cas à la longue, font appel bien plus largement au libre arbitre de chacun. Entre hautement déconseillé et interdit, il y a une nuance où la liberté individuelle existe, même si, bien sûr, elle est très encadrée. Si l'on craint que la deuxième vague soit finalement aussi délétère que la première, on n'agit pas tout à fait de la même façon. Les frontières ne se ferment plus et à chacun, en somme, de déterminer le degré de risque qu'il veut courir - et par là même, en espérant qu'il ne perde pas ça de vue, qu'il accepte de faire courir aux autres.

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