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Le vrai filet de sauvetage

Edito par Jean Rebuffat, le 27 novembre 2020

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Mise en abyme vaut mieux qu'abîme... L'intérêt collectif est encore la meilleure garantie des intérêts particuliers. Photo © Jean-Frédéric Hanssens

Le second confinement, qui en fait n'en est pas vraiment un partout, se voit allégé dans la plupart des pays européens sous la double pression des impératifs économiques et de la perspective des fêtes de fin d'année. Il faut bien distinguer les deux causes encore que par certains aspects, elles s'entremêlent car ces fêtes sont un moteur commercial évident et parce que bien entendu personne ne peut reprocher aux commerçants, durement frappés, de mettre en avant leurs intérêts personnels.

En réalité, il y a un point de convergence inattendu entre cette crise sanitaire et celle des gilets jaunes ou plus généralement la grogne populiste ou climatosceptique: c'est le choc entre des nécessités collectives et des intérêts particuliers, qu'il s'agisse d'individus ou d'entreprises (même très grandes) – c'est comme le conflit entre fin du mois et fin du monde. L'être humain, par nature peut-être, pense qu'il vit dans un monde stable, qu'il s'agisse du sol, de ses habitudes, etc., et que l'avenir est autant prévisible que l'heure de la marée ou le retour de la comète de Haley, ceci en tenant compte que si quelque chose change pourtant, c'est fatalement dans le sens d'un progrès, plus de confort surtout. La concurrence entre égoïsme et altruisme nécessite des arbitrages constants et repose toujours sur des présupposés idéologiques. Dans une société démocratique, ces arbitrages sont fatalement discutables et a fortiori dans une société laïque, où nulle transcendance n'est invoquée.

Les conservateurs et les nostalgiques d'un passé mythique amplifient cet aspect de l'immobilité souhaitée sauf si elle les avantage. C'est une attitude intenable car l'humanité s'engage souvent dans des voies prometteuses qui finissent en catastrophe. En bref on ne voit d'abord que les avantages et on ne perçoit que très ou même trop tard les inconvénients ou les menaces. La ville et l'auto en sont un bel exemple. Les demi-tours sont douloureux et lents. La pression, ensuite, se fait pour sauver la branche, au nom de l'emploi quand on s'en soucie ou au nom des lois de l'économie quand on ne veut même pas évoquer le côté social. C'est vrai même pour des industries dont le côté moral (je ne parle pas de leurs agissements éthiques) est problématique, comme la fabrication des armes. Mais faut-il aider systématiquement les chantiers navals qui produisent des monstres des mers ou des constructeurs d'avions qui seront probablement moins utilisés dans un avenir peut-être proche? L'emploi, là, sert de prétexte cynique à des patrons qui n'hésitent pas, bénéficiaires, à licencier ou à délocaliser pour complaire à leurs actionnaires en chantant le couplet de la productivité et du coût salarial...

Comment pourtant ne pas comprendre que sans la redistribution par l'impôt, sans la sécurité sociale et sans pouvoir public capable de gérer tout cela, toute l'Europe sortirait d'un système pour verser dans un néo-trumpisme dont même les États-Unis ne veulent plus? Et comment ne pas s'apercevoir que même dans une logique ultralibérale, ce serait courir à la catastrophe économique à brève échéance? L'intérêt collectif est aussi le meilleur filet de sauvetage des intérêts particuliers.

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