semaine 15

Quel bout au bout de quel tunnel?...

Edito par Jean Rebuffat

Jeudi, la boum. Vendredi, l'abîme. Car des inconscients voulaient remettre ça. Une plaisanterie du genre alerte à la bombe... Le Covid rend nerveux! Photo © Jean-Frédéric Hanssens

On connaît la célèbre maxime due à Jacques Chirac: les promesses n'engagent que ceux qui y croient. Il en avait une autre: les emmerdes, ça vole en escadrille. Les deux s'appliquent parfaitement aux circonstances actuelles, entre confinements à géométrie variable, vaccinations par à-coups et désintégration des dogmes économiques en vigueur avant 2020 contrant le désespoir bien compréhensible des restaurateurs et des artistes, sans compter les petits commerçants et tous les secteurs encombrés par le virus que l'on sait. Où est la rigueur? Quelle orthodoxie budgétaire? L'argent qui manquait aux politiques sociales est apparu en même temps que le Sars-Cov2. Même les États-Unis sont repartis dans une politique néo-keynésienne de grande ampleur. Mais passons, ce débat et celui du lendemain qui chantera plus ou moins ne sont rien, aujourd'hui, comparés à l'impatience immédiate qui ne tient pas seulement à la durée de la crise actuelle mais aussi à la promesse sans cesse reportée des libertés retrouvées.

Jamais plus qu'à présent, les lieux communs et les expressions toutes faites n'ont autant fleuri. Après avoir tiré la sonnette d'alarme dont la stridence n'a pas suffi à nous empêcher de franchir les unes après les autres les barres symboliques d'autant de morts (la barre étant placée à une hauteur différente selon l'endroit, sa taille et sa population), nous allons enfin apercevoir le bout du tunnel...

Ne vaudrait-il pas mieux, une fois pour toutes, arrêter ces paroles qui engagent en effet ceux qui y croient et dire que ce n'est ni le 8, ni le 26 avril, ni même le 1er mai, que tout allant mieux, on pourra autoriser ceci et cela? La date butoir arrive et il n'y a que le virus et ses variants qui les ignorent. La vérité n'est pas apaisante car elle est sombre: tout ce qu'on peut espérer, c'est sauver l'été et faire à nouveau le gros dos dès la rentrée en attendant l'immunité collective, qui ne devrait pas entrer en scène avant 2022, et encore! si les vaccins sont efficaces au moins durant un an, ce dont on n'est même pas sûr. À la place, on nous infantilise en nous promettant une terrasse début mai. Étonnons-nous, ensuite, des débordements spontanés qui se font toujours plus nombreux! On a perdu le sens des proportions. Nos libertés sont menacées, rendez-les nous! Mais sommes-nous au Myanmar?

Jusque dans les entreprises, même publiques, on s'impatiente, on triche un peu. Le télétravail était obligatoire l'an dernier; il est hautement conseillé aujourd'hui. Résultat: petits et grands chefs s'accordent pour se moquer de ces injonctions polies – la réalité est qu'il veulent contrôler leurs équipes, et là, bizarrement, personne ne hurle à l'ingérence ni n'agite le spectre des libertés en péril. Et pourtant, tout le monde s'accorde là dessus, le télétravail est excellent pour la planète et pour les êtres humains qui nombreux la peuplent, tout en étant désastreux pour les épidémies – si M. Dupont ou Mme Durand décident de somnoler au travail, s'ils y sont physiquement, ne glanderont-ils pas tout autant?

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